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la conversion (MM)
Message celeb oec 15 janv 2012 Michel Muller, pasteur
Célébration oecuménique 15 janvier 2012 Temple de Morges
Thème : la conversion
Bref message (M. Muller)
Chers frères et soeurs, bien-aimés de Dieu,
La consigne pour le témoignage était : se convertir à Dieu, à Jésus-Christ, qu’est-ce que cela signifie pour moi dans mon vécu, dans le cadre de ma communauté ? Les témoignages entendus montrent bien cette compréhension diversifiée, ce vécu multiforme, de la conversion au sein de nos communautés chrétiennes dans ce même environnement géographique, social, culturel, dans lequel nous vivons
les uns et les autres.
Quelquefois l’expérience de cette conversion dit que « l’on est tombé dans la marmite quand on était petit » ou qu’une sorte de révélation nous est « tombée dessus ». Ce sont des manières diverses de la vivre, cette conversion : ou bien un certain nombre de rencontres,de discussions, d’événements, d’engagements, de lectures, mènent à une compréhension et une conscience de plus en plus profondes du message du Christ et à une adhésion spirituelle de plus en plus marquée et affirmée publiquement.
L’Evangile de ce matin montre de telles expériences lorsque Jean le Baptiste témoignant à ses deux disciples, ou André témoignant à Simon Pierre, ou Philippe témoignant à Nathanaël, grâce à d’autres hommes et à leurs paroles, ces hommes rencontrent le Christ.
Ou bien l’on se souvient d’un jour particulier, distingué comme le moment où une sorte de renversement s’est fait, où l’on a réalisé l’appel du Christ adressé en personne, et aussi ce besoin d’être réconcilié avec le Christ, avec soi-même, avec les autres, et où s’est vécue une forte expérience spirituelle en reconnaissant son autorité
sur son existence.
L’Evangile de ce matin montre aussi une telle expérience lorsque Jésus s’adresse directement à Philippe. Et Philippe le suit sans plus attendre.
Dans le récit est enfin mentionné un disciple qui reste dans l’ombre d’André : il n’est pas nommé, on ne sait pas s’il témoigne et aucun autre détail n’est donné. Comme s’il fallait aussi admettre qu’il existe des convertis, des personnes qui ont rencontré le Christ et le suivent, mais qui demeurent dans une certaine discrétion. Comme
s’il fallait aussi admettre que notre vocation et notre responsabilité sont de vivre ensemble avec cette richesse de nos rencontres décisives du Christ, de les partager et de les mettre au centre de notre commun témoignage. Et non de chercher des critères et des conditions pour juger d’une « vraie » conversion.
Dans cet extrait de l’Evangile de Jean, on peut distinguer aussi une communauté qui se forme au gré des différentes rencontres individuelles avec le Christ, puis émerger la conscience de former un groupe, dont le coeur est cette rencontre et le but le partage de cette rencontre. Des personnes rencontrent le Christ et changent de vie, et ensemble, à cause de cet appel et de cette rencontre, elles
reçoivent aussi une identité en tant que groupe.
Juste après que Jean le Baptiste ait désigné Jésus comme celui qui baptiserait du Saint Esprit et ait affirmé que Jésus était le Fils de Dieu, prend place ce récit de la rencontre des premiers disciples avec le Christ.
Diversité des disciples qui fait penser à la nôtre, du point de vue de nos origines culturelles, mais aussi de la proximité plus ou moins grande avec l’institution religieuse : des plus proches de la culture grecque comme Philippe, des plus proches des milieux fondamentalistes
juifs comme Nathanaël. D’emblée, dès la naissance de ce
groupe que l’on pourrait qualifier de pré-église, de préfiguration de la communauté que l’on appellera plus tard chrétienne, cette diversité est reconnue. Elle l’est également dans les façons différentes que ses premiers membres utilisent pour désigner ou interpeller Jésus
: Agneau de Dieu, Rabbi (Maître), Messie (Christ), Jésus fils de Joseph, Fils de Dieu, Roi d’Israël. Et ces façons différentes de l’appeler disent aussi différentes manières de vivre la relation avec lui.
Ces appellations traduisent avec des mots, pour les autres, pour l’entourage, ce que le coeur ressent : l’amour, la révérence, la confiance, la conviction qu’il est source de connaissance spirituelle, mais aussi autorité sur ma vie, sur mon pays, sur l’univers. Quand on y pense, c’est la même chose quand nous prions : si j’appelle Dieu Seigneur, à ce moment-là je suis dans une attitude de respect,
prêt à lui remettre mon existence ; si j’appelle Dieu Père, à ce moment-là je ressens plutôt la confiance et la tendresse qui me font du bien.
Ainsi une communauté est formée. On le verra, autour de ses différents membres, plus tard se formeront diverses communautés, qui mettront l’accent sur des éléments divers de leur cheminement avec le Christ. Au cours de l’histoire, et en très raccourci, différentes communautés vont ainsi naître, s’affirmer, se transformer, parfois s’opposer, et nous en sommes les héritiers. Au sein de la Plateforme
des Eglises et communautés chrétiennes de Morges et environs, nous faisons l’expérience de cette diversité et au fil des années sommes arrivés à rendre un témoignage ensemble en de nombreuses occasions, comme lors du stand tenu aux nocturnes juste avant Noël. Rendre ce témoignage ensemble, comment cela peut-il se faire ? Eh bien j’affirme que nous vivons là ce que nous pourrions qualifier de conversion des Eglises.
Comme pour les individus, cette conversion est pour les communautés un mouvement de recentrement sur soi puis de dilatation, comme le mouvement de la respiration ou les battements du coeur.
Et les communautés se convertissent en allant à la rencontre les unes des autres. Sans ce mouvement, elles risquent de voir la mort de la foi ou de développer un prosélytisme fermé et revendicateur.
Le document de préparation de cette semaine de prière, sous
l’égide de l’organisation oecuménique « Unité chrétienne » parle ainsi de ce mouvement : « (...) cette transformation concerne également certaines formes de vie ecclésiale dont nous sommes familiers.
C’est en priant et en oeuvrant pour la pleine unité visible de l’Église que nous serons nous-mêmes - ainsi que les traditions auxquelles nous appartenons - changés, transformés et rendus semblables au Christ. »
Lorsque des communautés vivent ainsi dans cet « esprit de conversion », elles reconnaissent que le Christ s’incarne aussi dans les autres communautés et elles sont alors en mesure d’agir ensemble, conscientes de leur identité propre, mais ouvertes à un témoignage clair et fort dans le monde.
Et ce monde en a rudement besoin. Je me permets de citer à ce propos la présentation d’un livre récent de Catherine Chalier, philosophe, intitulé « Le désir de conversion ». « Désir de conversion au coeur d’un siècle qui a saccagé l’espoir par de terribles meurtrissures et proclamé la mort de Dieu, désir habité pourtant par l’intime conviction que le Bien précède le Mal, que Dieu précède le désespoir,
et qu’un chemin est possible vers la source lovée au plus profond de soi, alors que « la scène de l’histoire est vide » et la nature indifférente au sort des hommes. »
Apparaît ensuite dans ce bref commentaire du livre cette question centrale : « Comment Dieu se laisse-t-il chercher, sans évidences dans une création muette dont il s’est retiré, sans signes de sa présence dans une histoire sauvage, sans autre guide que la communauté des croyants, juive ou chrétienne ? Comment, sinon par ces paroles de l’Ecriture qui, pour éveiller ce point d’intériorité où l’on
trouve furtivement en soi-même la source d’une vie éternelle, « doivent avoir été portées par un peuple croyant de génération en génération » comme par une nuée de témoins. »
Amen
DEO GRATIAS
©2004-2012 Paroisse réformée de Morges - Echichens
| màj 8 mai 2012


