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Zachée ou la guérison du désir

Prédication portant sur Romains 8 (18-25) & Luc 19 (1-10)

LE DON DU DESIR

Quels sont vos désirs ? Ceux qui vous viennent spontanément, ces temps-ci ? Ceux qui vous animent, du matin jusqu’au soir ; ceux qui vous habitent peut-être même dans vos rêves... Et parmi tous ces désirs, quel est votre désir le plus profond, le plus intense, le plus chargé de vie ?

C’est que, contrairement à ce que l’on croit parfois, la foi chrétienne valorise le désir. La Bible, dans son ancien comme dans son nouveau Testament, ne cesse d’évoquer et de méditer le désir de vie, le désir de plénitude, le désir de Dieu.

Et même si le protestantisme apparaît souvent, dans l’histoire réelle de ce monde, comme une spiritualité très réfléchie, parfois même un peu étouffante, voire castratrice, la Bible, de manière récurrente, nous présente pourtant le désir comme étant un don de Dieu, comme étant une marque de la présence de Dieu en nous, un effet de l’Esprit Saint qui nous travaille de l’intérieur.

J’aime cette évocation de Paul dans l’Epître aux Romains, que nous avons relue ensemble tout à l’heure ; évocation de la création qui attend avec impatience - avec un ardent désir, disent les anciennes traductions... la création qui attend, avec un ardent désir, la révélation des fils de Dieu... la libération de l’humanité de ce qui l’asservit, de ce qui la dénature, de ce qui, depuis des siècles, crucifie la vie du monde.

Oui, au centre de notre foi, il y a bien ce désir, cette soif, cette vive espérance que le monde change, que le monde guérisse de ce qui le pervertit et que nous-mêmes, nous ressuscitions à une vie nouvelle, plus forte, plus digne, davantage porteuse de justice et de communion.

LE DESIR DE ZACHEE

Zachée, ce petit homme bien connu de nous tous dès l’école du dimanche... Eh bien, Zachée est un homme de désir.

D’ailleurs certainement que, pendant de nombreuses années, il n’a été que désir, entièrement désir. Sa vie ne semble avoir été motivée que par l’unique désir de posséder, de s’enrichir, d’amasser encore et encore pour lui-même tout ce qu’il pouvait amasser. Quitte à collaborer avec l’oppresseur romain, quitte à en perdre tous ses amis, sa réputation, l’estime des autres et finalement - très certainement - l’estime de lui-même.

Avoir, avoir toujours plus, c’était devenu son obsession, son seul horizon de vie. Cruelle impulsion que celle qui pousse un homme à tout ignorer pour ne plus voir que les dollars, son confort et sa sécurité !

Mais, ce jour-là... Le jour où Jésus passe à Jéricho, il semble bien qu’il restait en lui la trace d’un autre désir. En était-il seulement conscient ? Savait-il exactement lequel ? Rien n’est moins sûr ! Mais Zachée désirait voir cet homme dont on disait tant de bien. Il désirait le voir, le voir absolument. Il voulait voir, sentir, toucher cette vie si incroyable dont cet homme semblait porteur. Toucher le miracle, recevoir quelque chose dont imperceptiblement il avait envie et besoin.

D’ailleurs, il faut être mû par un désir un peu fou pour accourir et grimper sur un arbre en pleine ville. Ce n’est pas, habituellement, la place des honnêtes gens, des gens qui d’ordinaire jouent la carte de la dignité, de la respectabilité et du pouvoir qui s’impose aux autres.

Alors, dans notre récit, Zachée étant assis sur sa branche... alors, vient ce regard... Jésus s’arrête, lève les yeux et le regarde. Regard profond, plein d’une douceur vigoureuse et pénétrante. Le face à face avec l’humain dans toute son intensité.

Et Zachée, tout instinctivement, retombe sur terre. En descendant de son arbre, il réatterrit également dans sa condition humaine. Et s’évanouit son désir tout-puissant de posséder, de se mettre à l’abri, de s’élever au-dessus du raisonnable. C’est comme soulagé de son obsession et d’une pression qui le rongeait, qu’il fait ses premiers pas sur le sol d’une nouvelle existence. Dégonflé son désir de posséder à tout prix, mais Zachée n’en reste pas moins fait de désir. À lire le texte avec précision, c’est aussi vite qu’il était accouru, qu’il descend de son perchoir et qu’il accueille le Christ à la maison. Tout heureux, tout assoiffé d’une vie nouvelle.

DES DESIRS A CONVERTIR

Chers frères et sœurs, l’histoire de Zachée me fait penser qu’il n’y a pas de mauvais désirs. Et d’ailleurs, à bien réfléchir à ma propre existence et celles que je côtoie, je ne crois pas qu’il y ait des mauvais désirs. Il n’y a que des désirs malades, tordus ou détournés.

Oui, je crois bel et bien que le désir émane foncièrement de ce que nous avons de meilleur en nous. De cette part lumineuse que Dieu nous a accordée, de cette étincelle de vie qu’il a placée en chacune et en chacun de nous.

Non, il n’y a pas de mauvais désirs, mais des accidents, des souffrances, des circonstances ou des éducations qui pervertissent notre désir. Des accidents qui transforment le désir d’aimer et d’être aimé, en haine et en désir de dominer ou d’humilier. Des souffrances qui transforment le désir de construire et de s’investir en désir de nuire et de détruire. Des circonstances douloureuses qui transforment le désir d’exister et d’avoir sa place, en désir de pouvoir, de domination et de possession.

Quelles ont été exactement l’histoire et l’expérience de Zachée ? Nous n’en savons rien. Ce qui est sûr cependant, c’est qu’un regard respectueux, un regard pleinement amical et humain, a suffi pour dégonfler son désir morbide qui le tenaillait du matin jusqu’au soir depuis tant d’années... et pour que ce désir si vivant et si fougueux puisse se réorienter sur quelque chose de plus positif, se transformer en une soif de vie, de vie en plénitude à laquelle, secrètement, il avait certainement toujours aspiré.

Quand mon désir est malade, quand il ne cesse de me harceler - et que je sais qu’il ne me mènera qu’à la ruine - alors je puis honnêtement me demander : quelle est la souffrance qui m’a mené à désirer de cette manière-là ? Quelles sont les circonstances tordues qui m’ont mené jusque-là ?

Et alors, j’ai besoin de soigner mon désir ; de le convertir. De guérir ma vie à sa racine, puisque le désir, en fait, c’est ce qui - sans que je m’en rende compte - oriente incidemment tous mes choix, toutes mes décisions, motive tous mes efforts... au quotidien comme au long terme... dans tous les registres de mon existence...

UN DISCERNEMENT A OPERER

Quels sont vos désirs ? Ceux qui vous viennent spontanément, ces temps-ci ? Ceux qui vous animent, du matin jusqu’au soir ; ceux qui vous habitent peut-être même dans vos rêves... Et parmi tous ces désirs, quel est votre désir le plus profond, le plus intense, le plus chargé de vie ?

Et, s’il s’agit bien - à la suite de Zachée - de guérir notre désir, là où il est malade, je ne crois pourtant pas aux efforts que nous pourrions faire pour le transformer, le changer. Le désir est bien plus puissant et coriace que notre petite volonté !

Non, je nous invite plutôt - sans rien changer à premier abord - à le regarder, à le comprendre, à discerner en lui de quoi il en retourne réellement. « Oui, qui es-tu mon désir ? Pourquoi prends-tu cette forme-là ? Qu’est-ce qui t’anime dans cette direction-là ? »

C’est l’attention que nous porterons à notre désir, le regard que nous porterons sur lui et sur nous-mêmes qui amènera le changement.

Comme Jésus a regardé Zachée et provoqué celui-ci à se regarder lui-même, à se reconsidérer d’une nouvelle manière et à discerner en lui-même sa vraie soif et ses vraies aspirations... Nous pouvons, dans la prière - assurés que Dieu nous aimera quoi que nous découvrions - nous reconsidérer d’une nouvelle façon, comprendre ce qui nous anime réellement en profondeur... retrouver en nous notre vrai désir et voir s’évanouir, du coup, les désirs tordus et déformés qui nous animent.

Chers amis, n’éteignons pas nos désirs, car c’est notre vie qui s’y exprime ! N’éteignons pas notre désir mais regardons-le en face, très concrètement, très honnêtement, très sereinement, sous le regard aimant de Dieu. Reconnaissons-y notre soif véritable qui s’y cache et démasquons les fausses routes qu’il est parfois tenté de prendre. Et, l’Esprit aidant, nous renaîtrons, petit à petit, à la suite de Zachée, notre frère, à une vie toute nouvelle, une vie réconciliée.

Amen


Nicolas Besson, mai 2004.

 

 

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