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Une nouvelle naissance
Prédication portant sur Psaumes 63 (2-8) & Jean 3 (1-10)
« Personne ne peut voir le Royaume de Dieu s’il ne naît de nouveau »
Dans l’Evangile de Jean, Jésus s’exprime souvent de manière énigmatique. Il faut « naître de nouveau ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Vous devinez certainement que cela va tourner autour de la question de croire en Dieu. On croit - parfois on ne croit pas en Dieu...mais qu’est ce que cela signifie vraiment ?
Croire, c’est tomber amoureux...
Croire, c’est tout autre chose qu’une adhésion intellectuelle à une certain nombre de vérités et de valeurs. « Je crois en Dieu », c’est pour moi comme tomber amoureux ; dans le même sens qu’une femme - ou un homme - peut dire à celui ou celle qu’il aime « Je crois en toi, je t’aime, je te fais confiance, je te donne ma confiance ; désormais tu es le centre de ma vie. Tu vis en moi et moi en toi. » Etre amoureux, c’est s’ouvrir à autre que soi, on ne tombe pas amoureux de soi-même...Le véritable amour, c’est celui qui, au contraire, élargit. Le véritable amour, on ne peut pas l’exiger, mais on peut s’y préparer, comme à un cadeau, ou à une fête qui vient d’ailleurs.
« Je crois en Dieu », cela n’est donc pas coller à tout un ensemble de valeurs. Si on est amoureux ou qu’on l’a été, je crois que l’on perçoit bien la différence. « Je crois en toi », cela ne veut pas dire : « je crois dans ce qu’on m’a dit sur toi, je crois à ton curriculum vitae ». Non, dire « je crois en toi », c’est expérimenter quelque chose, tout au fond de soi-même ; c’est dire que c’est là, dans ce que l’on ressens, dans ce que l’on est l’un pour l’autre, que l’on trouve sa raison de vivre et de se dépasser.
Croire, c’est une raison de vivre...
Dire « je crois en Dieu », c’est donc dire sa raison de vivre, à travers toute un expérience vécue, celle de tomber amoureux.
Du coup, si je suis amoureux, je vais essayer de mener ma vie d’une manière nouvelle. On ne peut pas imaginer que d’être amoureux, cela n’implique pas un changement... Je vais me risquer - et souvent sans même prendre le temps d’y réfléchir - je vais me risquer à abandonner mes petites habitudes, à quitter en quelque sorte mon périmètre de sécurité.
Croire, ce n’est pas un mode d’emploi...
Nicodème, quand il vient vers Jésus lui dit : « Je crois en toi », et il explique le pourquoi, on pourrait presque dire le mode d’emploi balisé qui lui permet d’affirmer qu’il croit en Jésus. Comme s’il lui disait : « Tu es un phénomène intéressant, moi je le vois bien c’est pourquoi j’aimerais faire un brin de causette avec toi. Explique moi les choses, pour si jamais cela pouvait m’être utile... »
Jésus lui répond : « Personne ne peut voir le Royaume de Dieu s’il ne naît de nouveau . »
Croire, c’est naître de nouveau...
Naître de nouveau, c’est littéralement s’ouvrir à une nouvelle vie. C’est faire l’expérience de rencontrer Dieu lui-même, comme une personne, et non comme un ensemble de choses, de doctrines auxquelles il faut adhérer.
C’est voir les choses différemment, comme quand on tombe amoureux. C’est se risquer à la rencontre, à la relation ; c’est commencer une histoire inconnue, avec des étapes à franchir, et tout un approfondissement qui va se vivre peu à peu à l’intérieur de soi. Et cela dit aussi : se risquer et oser quitter sa sécurité.
Oh, cela ne veut pas dire se lancer dans n’importe quoi...les petits enfants, nous aussi parfois, ont besoin de sécurité, pour construire leur vie...
Mais quand on est vraiment amoureux, on se risque...
Le risque, ici, c’est celui de commencer à voir le monde avec les yeux du Christ. Pas seulement quand cela m’arrange, quand cela ne contredit pas ma manière de voir. Voir le monde avec les yeux du Christ...Voir Dieu avec les yeux du Christ.
Pour certains, l’Evangile, c’est une certaine manière de définir la sagesse humaine, de lui donner en quelque sorte sa couleur...Mais l’Evangile lui va bien au-delà de la sagesse humaine.
Croire, c’est oser la vie nouvelle avec Dieu
La vraie foi, c’est dire à Jésus : « Je te fais confiance totalement...comme un amoureux prêt à entamer une vie nouvelle, et à essayer une autre manière de voir. »
Saint Augustin dit que l’homme est créé amoureux de Dieu. Dieu peut ainsi lui dire : « Tu me possèdes en toi sans le savoir et parce que tu ne le sais pas, tu me cherches au dehors. C’est donc au-dehors que je t’apparais. Mais, c’est ainsi je te fais revenir à toi-même, pour te faire trouver dans l’intime de ton être ce que tu cherches au-dehors. »
Dieu se met au niveau de l’homme. A l’extérieur, tout d’abord, dans les choses de la vie : c’est là qu’il attend pour que nous le découvrions. Pour une nouvelle naissance, imprévisible, personnelle, qui nous secoue jusqu’au tréfonds de notre être.
Nicodème visiblement n’en est pas là, puisqu’il demande « Comment cela peut-il se faire ? »
Jésus répond : « Personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu s’il ne naît pas d’eau et d’esprit....Le vent souffle où il veut... »
Croire, une expérience qui nous fait naître de nouveau
Il y a plusieurs vents qui peuvent provoquer une nouvelle naissance. Je veux dire par là qu’il a y a plusieurs manières de « tomber amoureux » de Dieu. Si on est seul, et qu’on cherche l’âme sœur , on ne peut rien faire qu’espérer et attendre. On ne peut rien faire, non pas tout à fait. On peut disposer son regard et son cœur de sorte à être attentif et ouvert à ce qui vient...comme à un vent qui souffle où il veut...et dont on cherche le frémissement.
Il a y plusieurs manières...
l. en premier, il y celle qui vient, de façon inattendue, dans un climat particulier : un voyage, une rencontre, la venue d’un enfant... la visite d’une église, ou devant un beau paysage...une musique, qui créent tout à coup une disponibilité intérieure singulière. (le numen selon Jung) Certains disent qu’alors le temps s’est comme arrêté, et qu’ils ont ressenti une énorme plénitude, avec la présence d’un Dieu tangible, tout proche, et en même temps, avec la possibilité de se découvrir soi-même tout autrement, en complète communion avec Lui. En complète communion mais aussi souvent dans un grand effroi. Ce qui est mystérieux et qui nous dépasse,fait souvent peur...
Pour ceux qui ont vécu cette expérience, c’est un évènement fondateur, qu’ils n’oublient jamais...et dont ils peuvent parler, des années plus tard, sans en avoir oublier le moindre détail.
2. En second viennent les nouvelles naissances qui se font dans un contexte difficile : dans les moments de crise, de maladie, de deuil. Il faut parfois passer par l’échec, aller jusqu’aux limites du désespoir et du désarroi. On est rejeté dans sa solitude...et il se fait, en soi, au milieu des certitudes ébranlées, un passage possible ...
On a pleinement conscience de sa fragilité. Et c’est là, oui c’est là, dans la douleur, que l’ ouverture est possible, avec une redécouverte des choses essentielles, comme l’amour de Dieu pour nous.
Au milieu du dépouillement et de la fracture, on réalise soudain que quelque chose demeure et résiste : il y a une tendresse qui nous accueille, là où on en est...une tendresse qui est passage vers une naissance nouvelle...
Une naissance nouvelle...une richesse nouvelle, puisque c’est de là aussi que nous pourrons rayonner : je pense que nous n’avons pas de paroles ou de gestes qui proposent un sens à la vie à moins d’avoir soi-même été touchés par l’abîme, par les doutes, les échecs ou les tentations.
3. En troisième et je ne prétends pas être exhaustive, il y aussi la prise de conscience progressive de ce que l’on vit : on est invité à faire un tri. Un tri parce que l’on se découvre insatisfait. C’est le moment où l’on se lasse de croire que nous allons trouver le bonheur en nous réalisant des besoins sans cesse nouveaux : plus d’argent, plus de connaissances, plus de sensations, de plaisirs, de voyages, plus de beauté, une jeunesse permanente...
La quête infinie touche alors à sa fin : quand on découvre qu’en fait nous sommes destinés à autre chose qu’à être les marionnettes de publicistes et des faiseurs d’idées.
C’est alors le temps d’un travail de décantation où nous pouvons découvrir ou redécouvrir qu’au-delà de nous-mêmes, quelque chose nous est offert, qui donne sens à notre vie. Quelque chose ou plutôt quelqu’un.
Saint Augustin a profité dans sa jeunesse de tous les plaisirs qu’on peut s’offrir. Il a mené un vie de vrai patachon. Il décrit ainsi le moment où il a découvert Dieu. Il dit : « Voici, tu étais au-dedans et moi au-dehors...Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi...Bien tard, je t’ai aimé...Voici que tu étais au-dedans,et moi en dehors et c’est là que je te cherchais...Tu as appelé, tu as crié, tu as brisé ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité : tu as embaumé, j’ai respiré et haletant, j’aspire à toi. J’ai goûté,et j’ai faim et j’ai soif : tu m’as touché, et je me suis enflammé pour ta paix. »
Saint Augustin ne parle-t-il pas en amoureux ?
Et en amoureux que Dieu a patiemment attendu...lui aussi amoureux, comme il attend chacun de nous.
Si croire, c’est être amoureux, c’est aussi être heureux...
Etre amoureux, vous êtes d’accord avec moi, c’est être heureux, heureux, non pas seul mais pleinement ouvert à la relation à l’autre.
Etes-vous heureux ?
C’est peut-être la seule question à nous poser quand nous regardons notre relation à Dieu...Etes-vous heureux ? Connaissez-vous ce bonheur particulier qu’Il donne ? oh, cela ne veut pas dire une contentement illimité, une incapacité à être peiné, le fait de vivre une présence constante.
Non, pour moi, cela a passé, et cela passera par ces moments de nuit obscure où l’on se sent vulnérable et déchiré, mais d’où je sens, et je sais pour l’avoir vécue, une renaissance possible qui a goût de joie. Une joie peut-être particulière, parce qu’elle vous laisse dépouillé, moins cuirassé et plus sensible. Sensible aux autres autour de soi. Avec, comme le dit ailleurs Saint Augustin un cœur comme une poche de cuir que l’on a travaillé pour l’assouplir et qui peut désormais contenir plus.
Plus, parce que le regard se forme petit à petit à suivre celui du Christ. Et le Christ ne fait pas de tri, il voit même ce que l’on voudrait ignorer, il dérange autant qu’il donne...
Nous sommes enfants de Dieu, créés à son image, destinés à l’amitié avec lui. Comme des amoureux.
Dieu vit en nous et nous en lui.
Dieu ne peut pas mourir. Dieu ne peut pas mourir en nous et nous en lui.
C’est la naissance nouvelle, la re-naissance, toujours possible, qui est partenaire de notre vie, même lorsque l’on est déjà un homme ou une femme âgée. Cela me permet de dire que la mort, ma mort, en devient à quelque part impossible et qu’aujourd’hui a déjà le goût de la Résurrection.
Le Psaume 63 exprime le désir très fort de lien à la vie, de renaissance en Dieu. « O mon Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche, j’ai soif de toi. Tout mon être soupire après toi, comme une terre aride...je suis attaché à toi de tout mon être. »
Lui être attaché et se laisser transformer. Quitter ses certitudes, et les dogmes, pour une nouvelle naissance qui ne se joue ni dans le faire, ni dans nos entêtements bornés.
Une naissance nouvelle, mystérieuse, illogique mais toujours offerte. J’ai confiance : Dieu est là, encore et toujours. A la porte de notre cœur, espérant que nous tombions amoureux...
Amen
Claire Hurni, 4 septembre 2005
Sauf mention contraire, la prédication de cette page est placée sous contrat Creative Commons 2.5 BY-NC-SA.
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| màj 8 mai 2012


