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Un trésor spirituel dans des vases d’argile
Nous sommes des vases d’argile : reconnaître et accepter nos fragilités
Nous sommes des vases d’argile ! Ce constat, je le fais et vous le faites certainement chaque jour. Nous sommes des êtres vulnérables, fragiles, exposés à la souffrance, la maladie, la mort, le péché, les agressions... Comptons autour de nous les personnes malades, handicapées, en détresse matérielle, relationnelle ou morale ! Et nous sommes en Suisse, où nous bénéficions de tous les remèdes que la médecine puisse offrir.
Quand Paul parle de vases d’argile, on peut entendre trois types de fragilité :
1/ nos fragilités physiques. Paul souffrait d’une maladie incurable qu’il appelait « une écharde dans sa chaire ». (ch 12)
2/ nos fragilités spirituelles ou morales. Paul ne cesse de dénoncer le péché qui menace les croyants et l’Eglise de l’intérieur.
3/ les agressions extérieures. Les premiers Chrétiens vivent dans un monde hostile à l’Evangile et sont harcelés à cause de leur foi.
Paul utilise des images qui évoquent le combat des gladiateurs quand il dit : « Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non rejoints ; terrassés, mais non achevés ;... »
Je ne m’attarderai pas longtemps sur le constat de nos diverses formes de fragilité. Je pense que vous y êtes déjà bien sensibles et que pour plusieurs, c’est une réalité quotidienne.
Peut-être qu’avec des adolescents au seuil de la vie, ou des adultes en pleine activité devrait-on s’arrêter plus longtemps pour poser ce diagnostique.
Je me souviens, lors d’un stage d’aumônerie au CHUV, d’un patient particulièrement agité. Cet homme d’affaire était contraint à rester couché pour un problème de dos. Il avait reconstitué autour de lui, dans sa chambre d’hôpital, son bureau de travail : ordinateur, téléphone, fax... Il ne manquait que la secrétaire ! Il me disait son impossibilité à s’arrêter de travailler... Son mal de dos était déjà un symptôme de son hyperactivité et un signe de ses limites qu’il ne voulait pas admettre.
Les médecins, les psychologues le disent : il n’y a pas de guérison possible sans reconnaissance de son mal. Ou dit autrement : la reconnaissance de son mal est le premier pas de la guérison. Dans la foi aussi, il n’y a pas de guérison ou de croissance possible sans une juste reconnaissance de ses limites et de ses fragilités devant Dieu.
Pourquoi nos fragilités ?
Vous savez qu’en bonne théologie chrétienne la question de l’origine du mal, de la souffrance et du péché est surplombée par un grand point d’interrogation. Pourquoi sommes-nous des êtres vulnérables, exposés à la souffrance ?
J’aimerais commencer par écarter deux interprétations bien répandues.
Dieu nous punit. Les événements douloureux qui nous arrivent seraient la juste conséquence d’une attitude qui déplait à Dieu.
Longtemps, l’église a exploité cette vision de Dieu, pour mieux tenir le bâton et elle est encore bien ancrée dans notre subconscient.
Non Dieu ne nous punit pas par le moyen de la souffrance ! Voyez les propos de Jésus au sujet de l’aveugle né. Jésus dénonce la croyance que la cécité de ce jeune homme est liée à une faute de ses parents. Voyez le combat de Job qui refuse une repentance injustifiée...
Dieu permet la souffrance pour notre croissance/éducation spirituelle.
Cette explication est plus fréquente et plus subtile. Elle sous-tend que tout ce qui nous arrive doit trouver une raison spirituelle.
Comprenons que cette vision peut être très pesante, troublante.
Je risque d’entrer dans une introspection sans fin. Et si je ne trouve pas de raison, je risque d’en inventer une. Ou pire, quelqu’un d’autre pourra me la donner.
Il est différent de dire : au travers de cette événement douloureux ma foi a été consolidée, j’ai appris ceci ou cela,... Que de dire : Dieu a envoyé (ou permis, c’est presque semblable) tel problème pour que je comprennes ceci.
Non, je ne crois pas que Dieu utilise quelque forme de souffrance, même pour notre bien !
Le mal, la souffrance, la mort font partie de notre réalité et nous en sommes victimes de part notre caractère d’être humain vulnérable et pécheurs.
Pour quoi (en vue de quoi) nos fragilités ?
Il ne faut pas se demander pourquoi m’arrive-t-il ceci ou cela ? Mais POUR QUOI ? En vue de quoi ? On se place alors en aval du problème, là ou nous devenons acteurs. La question devient : Qu’est-ce que je fais de ce qui m’arrive ?
Si je vous dis que nous sommes des vases d’argile pour que la gloire de Dieu se manifeste dans nos vies, qu’en dites vous ?
Vous pourriez répondre, ben voilà, nous sommes au cœur d’un fanatisme primaire, qui encourage le martyre !
Laissons Paul s’explique :
« Mais ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. »
Le trésor que nous portons, c’est le Christ, c’est l’Evangile. Nous portons ce trésor dans des vases d’argile pour que la puissance dont nous témoignons apparaisse clairement comme venant de Dieu.
Voilà une de ces antithèses dont Paul raffole : faiblesse et puissance. Au cœur de notre faiblesse humaine se manifeste la puissance de Dieu. Mais qu’il soit bien clair que cette puissance viennent de Dieu et pas de nous ! Paul est particulièrement sensible à ce grand principe repris par les réformateurs : « A Dieu seul la gloire ! » N’allons pas nous approprier cette puissance que Dieu manifeste dans nos vies, dans la vie de l’Eglise. Quand Dieu guérit, délivre, corrige, réconcilie, exhausse, encourage, bénit,... quand Dieu agit de la sorte, même au travers de ses serviteurs les plus zélés, c’est toujours Lui qui agit, c’est toujours sa puissance qui se manifeste, c’est toujours par grâce qu’il agit et enfin, c’est toujours pour sa gloire.
Paul utilise une autre antithèse pour dire la même idée : mort et vie. « Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. »
Ces paroles sont fortes ! Par notre corps, par toute notre personne nous touchons à la mort ; plus encore, nous participons à la mort du Christ. De même, notre corps et notre personne est le lieu où Dieu manifeste la vie de Jésus. Plus simplement, on peut dire que nous sommes entraînés sur un même chemin de mort et de vie, un chemin où la mort, la souffrance révèlent la vie de Dieu, vie de résurrection !
La question devient très concrète quand on se demande qu’est-ce que je fais de mes fragilités, de cette mort qui m’habite déjà où qui me bouscule de l’extérieur ?
Est-ce que j’adopte l’attitude de l’escargot qui se renferme sur lui-même, dans un pessimisme noir : « ça n’arrive qu’à moi... Comme si j’en avais pas déjà assez... Si Dieu était vraiment bon... »
Est-ce que j’adopte l’attitude de la cigale qui continue à chanter contre vent et marrée et qui relativise : « Non, non, ça va, ce n’est rien... et puis il y a pire, il y en a qui souffrent bien plus que moi, à quoi ça sert de faire tout une histoire de ce problème... »
Je crois que l’attitude du chrétien doit être faite, dans un premier temps, d’une juste reconnaissance de sa fragilité et de la souffrance qu’elle engendre. Ensuite, je pense qu’il doit entrer dans un combat de foi combat de foi et de d’intercession, un combat qui appelle l’intervention de Dieu. Parce que c’est alors que Dieu peut agir et manifester sa vie et sa gloire ! Il nous veut humble partenaire de lutte.
Je m’arrête ici pour ne pas trop en dire. Car dimanche prochain, je prolongerai ce thème de manière très concrète avec les témoignages anonymes des personnes qui voudront bien répondre à la simple question formulée sur ce papier :
Comment voyez-vous la vie de Jésus se manifester dans vos vies ? Quels signes de sa vie reconnaissez-vous ?
Mon intention est donner des pistes d’encouragement pratique, tirées de vos expériences.
Retenons pour aujourd’hui :
Nos fragilités, la souffrance, la mort, ne sont pas punition de Dieu ou message voilé pour notre éduction chrétienne.
Nos fragilités pour quoi, en vue de quoi ? Voilà la bonne question ! Pour que la vie du Christ soit manifestée concrètement dans nos existences, dans notre humanité, pour que notre foi soit nourrie et fortifiée, pour que d’autres découvre que la foi c’est du solide, que le « Bon Dieu » est vraiment bon. Enfin, pour que tout ça nous amène à glorifier Dieu, à reconnaître sa grandeur !
Amen !
Olivier Bader, 7 août 2005
Sauf mention contraire, la prédication de cette page est placée sous contrat Creative Commons 2.5 BY-NC-SA.
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| màj 8 mai 2012


