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Témoins vivant pour le Christ
Question centrale : Ma vie (mes intérêts, mes soucis, mes besoins, mon activité) est-elle centrée sur moi ou sur Dieu et les autres ?
Introduction
Au lendemain de Pâques, où sommes-nous ? qui sommes-nous ?
1. Sommes-nous les mêmes croyants qu’à vendredi saint ? Nous célébrons Pâques avec des concerts tous plus beaux les uns que les autres, avec l’appui de belles prédications, cette année, même avec l’enseignement d’un docteur en théologie. Mais qu’est-ce que cela change ?
2. Sommes-nous restés des témoins statiques au pied de la croix, prisonniers d’une vision « humaine » du Christ ? Malgré Pâques et la prédication paulinienne, le doute nous paralyse-t-il encore ?
3. Avons-nous personnellement intégré le message de la mort-résurrection du Christ ? Est-ce que nous vivons pleinement pour le « Christ mort et ressuscité pour nous » ?
Voilà quelques questions pour ce matin et la semaine qui commence...
1/ Au pied de la croix
Je vous invite à revenir à vendredi saint. Là, au pied de la croix sont rassemblés toutes sortes de personnes représentatives de visions très différentes de Jésus.
Le 1er groupe : les chefs religieux juifs.
Pour eux, Jésus est certes un grand connaisseur des textes, mais il interprète la loi avec une trop grande liberté. Il est un blasphémateur, car il se dit être le messie, le Fils de Dieu.
Le 2e groupe : des Juifs d’origine grecque.
Ce groupe représente le monde scientifique, intellectuel, philosophique, ésotérique de l’époque. Pour les Grecs, Jésus roi et sauveur des Juifs mourant sur une croix est une folie.
Le 3e groupe devant la croix étaient des Romains.
Il représente le pouvoir politique et le monde des affaires. Pour les Romains, Jésus est un contre pouvoir, ou au minimum un source d’instabilité politique, peut-être aussi une menace pour des affaires construites sur la corruption.
Le 4e groupe devant la croix est formé d’un grand nombre de femmes.
Nous nous imaginons ces femmes pleurant sur Jésus, lui qui a défendu la cause des petits, dont elles font partie. Pour elles, la croix est pure injustice et violence.
Le 5e groupe de personnes est composé des 2 malfaiteurs pendus des deux côtés de Jésus.
Ils représentent les condamnés, les misérables qui ont enfreint la loi par la violence. Ce groupe se divise en deux, car le regard des deux malfaiteurs sur Jésus n’est pas le même !
Le 6e groupe est composé des 11 disciples.
Juda n’est plus là. C’est un groupe d’hommes désemparés, désillusionnés, honteux parce qu’ils ont fui, ils sont perdus, car ils ont perdu leur maître.
Est-ce-que nous nous identifions à l’un de ces groupes de personnages ? Notre regard sur Jésus est-il celui d’un de ces témoins de Jésus agonisant sur la croix ?
Paul, dans la 2è lettre aux Corinthiens utilise une formule étonnante :
« 16 Aussi, désormais, ne connaissons-nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. »
« Connaître le Christ de la manière humaine ». Je crois que les regards décrits précédemment sont précisément des regards « humains » porté sur un homme, Jésus de Nazareth. Des regards que beaucoup de nos contemporains portent encore sur Jésus : icône du pacifisme, de l’amour incarné, de la tolérance, un philosophe, un prophète, un révolutionnaire... Ces regards « humains » sont issus du champ de référence de ces personnes. Les religieux juifs ont vu Jésus comme blasphémateur en fonction de leurs références : la loi de Moïse, leurs critères messianiques,... Les soldats romains se moquent d’un roi si misérable et si impuissant, car pour eux la royauté c’est la gloire de Rome et la puissance est celle de leur glaive. Les femmes et les disciples perdus et affligés le sont parce que pour eux Jésus mort c’est la fin d’un espoir d’une vie nouvelle faite de justice et d’amour.
Nos contemporains qui aiment Jésus comme pacifiste, se rassurent en plaçant Jésus dans une de leur catégorie. Ca évite de réfléchir trop loin, dans le domaine trop irrationnel de la mort et de la résurrection. Mais aussi comme nous le verrons, dans un domaine trop personnel, trop intime. Les regards que portent toutes ces personnes sont limités et prisonniers de leurs références culturelles, intellectuelles, émotionnelles.
2/ Au lendemain de Pâques
Mais nous aujourd’hui, comment voyons-nous Jésus ? Voyons-nous encore Jésus de Nazareth ? Ou voyons-nous aussi Le Christ mort et ressuscité ?
« Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. » Pour vivre cette conversion du regard, il faut ruminer les deux versets précédents.
« 14 L’amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu’un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. »
Un seul, le Christ, est mort pour tous. Lui seul pouvait mourir ainsi à la place de tous, à la place de chacun, de chacune d’entre nous. Ceci, quel que soit le regard que nous portons sur ce Jésus crucifié.
• Lui seul, car il était l’envoyé de Dieu, le Fils bien aimé du Père, donc le seul qui de par sa nature divine pouvait être relevé des morts ! Lui seul pouvait triompher de la mort et nous délivrer de son oppression et nous donner l’espérance de la vie après la mort. Jésus en tant que Fils de Dieu nous délivre de l’oppression de la mort. La mort, c’est le mal extérieur à nous-mêmes, le mal subi, dont nous sommes victimes, qui nous détruit de toutes sortes de manières.
• Lui seul, car il était cet homme sans faute, irréprochable. Lui seul pouvait prétendre endosser la responsabilité et la culpabilité de notre péché. Et il l’a fait à notre place. En tant que juste condamné et assumant sa condamnation, Christ nous délivre de l’oppression du péché. Le péché, c’est le mal qui vient de nous, dont nous sommes acteurs/responsables, qui nous détruit nous et les autres. Voilà la double libération, la double délivrance de la croix : de l’oppression de la mort et du péché.
Quand l’Esprit nous donne de comprendre ceci et donc de reconnaître Jésus comme le Christ, le Fils de Dieu, mort et ressuscité, alors notre regard change, nous ne le voyons plus de manière humaine. Le verset suivant nous montre que ce n’est pas seulement notre regard qui change, mais c’est toute notre personne et notre vie qui sont bouleversés !
« ...afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. »
Nous devenons non seulement des « témoins du Christ vivant », mais des « témoins vivant pour Christ » ! J’aimerais vous laisser deux illustrations
a/ Le tableau de la croix et de celui de la résurrection
Le tableau de la croix est statique, personne ne bouge, tout semble figé par l’ombre de la mort, du mal et de l’injustice triomphante. Le tableau de la résurrection est dynamique, on courre dans tous les sens, on se parle, le Christ vient et part, il se laisse toucher, on mange, l’excitation est palpable, il y a de l’euphorie. Puis les choses se calment et s’ordonnent avec l’envoi en mission. Le mouvement de la foi chrétienne est alors définitivement lancé. Comme le mouvement d’une horloge que l’artisan achève.
b/ Le strapontin
Si la foi chrétienne devait être comparée à un théâtre, le chrétien serait assis sur un strapontin et non enfoncé dans un fauteuil confortable. Le strapontin est un petit siège en bout de rangée qui se referme tout seul. Il n’est pas confortable, on ne veut pas y rester longtemps ; en se levant, il nous donne une taloche aux fesses et se referme, ne nous laissant pas le choix de nous rassoir. Oui, au lendemain de Pâques nous sommes les « témoins du Christ vivant », DONC des « témoins vivant pour Christ » ! C’est synonyme !
3/ Vivant pour le Christ
J’aimerais ici faire un pas de plus, très pratique. « ...afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. » Nous sommes des témoins vivant pas pour nous-mêmes, mais pour le Christ. Il y a un parallèle entre le Christ et nous. Christ est mort et ressuscité pour nous, pour que nous ayons la vie en abondance, une vie en communion avec le Père. De même, nous sommes appelés à mourir à nous-mêmes, à une vie centrée sur nous, pour vivre pour le Christ. Il y a là une clé essentielle pour vérifier si nous sommes passés du statut de témoins passifs, prisonniers d’une vision humaine de Jésus mourant sur la croix, « vie ancienne », au statut de témoins vivants, « vie nouvelle ».
Conclusion : un test
Voilà quelques questions, un peu caricaturales, pour se poser cette question centrale : Ma vie (mes intérêts, mes soucis, mes besoins, mon activité) est-elle centrée sur moi ou sur Dieu et les autres ? Le test que vous avez reçu devrait vous aider à approfondir cette question. Essayez de vous situer entre les deux pôles proposés dans chaque catégorie. Nous devons apprendre à nous observer, pour reconnaître en nous les effets de la vie du Ressuscité. Le Christ ressuscité vit-il en moi ? Cela est-il perceptible ? Sinon, où est le problème ? Qu’est-ce qui fait obstacle à cette nouvelle vie ?
1/ Mes pensées : Qui/quoi est au cœur de mes préoccupations quotidiennes ?
2/ Mes sentiments : Par quels sentiments suis-je habituellement habités ?
3/ Mon attitude : Quelle est mon attitude envers les autres ?
4/ Mes ressources : A qui/à quoi mon temps, mes dons, mon argent sont-ils consacrés ?



| màj 4 juillet 2010 |