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Sur les traces du Christ
Culte 1er juillet
Textes
1 Rois 19,19-21
19 Il partit de là et trouva Elisée, fils de Shafath, qui labourait ; il avait à labourer douze arpents, et il en était au douzième. Elie passa près de lui et jeta son manteau sur lui. 20 Elisée abandonna les boeufs, courut après Elie et dit : « Permets que j’embrasse mon père et ma mère et je te suivrai. » Elie lui dit : « Va ! retourne ! Que t’ai-je donc fait ? » 21 Elisée s’en retourna sans le suivre, prit la paire de boeufs qu’il offrit en sacrifice ; avec l’attelage des boeufs, il fit cuire leur viande qu’il donna à manger aux siens. Puis il se leva, suivit Elie et fut à son service.
Gal 5,13-18
13 Vous, frères, c’est à la liberté que vous avez été appelés. Seulement, que cette liberté ne donne aucune prise à la chair ! Mais, par l’amour, mettez-vous au service les uns des autres. 14 Car la loi tout entière trouve son accomplissement en cette unique parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 15 Mais, si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde : vous allez vous détruire les uns les autres. 16 Ecoutez-moi : marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’obéirez plus aux désirs de votre propre nature. 17 Car la chair, en ses désirs, s’oppose à l’Esprit, et l’Esprit à la chair ; entre eux, c’est l’antagonisme ; aussi ne faites-vous pas ce que vous voulez. 18 Mais si vous êtes conduits par l’Esprit, vous n’êtes plus soumis à la loi.
Luc 9,57-62
57 Comme ils étaient en route, quelqu’un dit à Jésus en chemin : « Je te suivrai partout où tu iras. » 58 Jésus lui dit : « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » 59 Il dit à un autre : « Suis-moi. » Celui-ci répondit : « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » 60 Mais Jésus lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. » 61 Un autre encore lui dit : « Je vais te suivre, Seigneur ; mais d’abord permets-moi de faire mes adieux à ceux de ma maison. » 62 Jésus lui dit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »
Introduction au message :
Nous voilà au seuil de l’été, période durant laquelle, beaucoup d’entre nous sortent leurs souliers de marche pour parcourir monts et vallées de notre beaux pays, ou simplement pour s’attarder sur une terrasse ensoleillée. Pour d’autres, la marche représente des distances plus modestes : une promenade au bord du lac, les courses au centre ville, ou même quelques pas de l’appartement à l’arrêt de bus...
Jésus a été un grand marcheur, parce qu’il vivait à une époque où tout le monde marchait ! Il se déplaçait continuellement : on le voit tantôt en Galilée, tantôt à Jérusalem, tantôt en Samarie... Et avec lui, ses disciples, des sympathisants, des curieux... Jésus était un maître que l’on suivait, que l’on écoutait avec attention, avec passion, avec stupéfaction parfois,... La question de savoir comment suivre Jésus s’est donc imposée naturellement.
Avec quelques paroissiens qui se rassemblent le mercredi matin pour la prière de Taizé, nous nous sommes laissés interroger par les textes proposés par la liturgie de Taizé pour ce dimanche.
Parmi ces textes, il en est un qui pose des exigences extrêmement fortes ! Et nous nous sommes demandés : au fond, à ce prix-là, qui peut réellement suivre le Christ ?
Message
L’appel de Jésus à ses disciples
Les exigences de l’appel de Jésus à le suivre sont radicales, déconcertantes, violentes même ! • « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » Renoncement à un lieu de vie, de repos, de sécurité, de confort, de relations... • « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. » Renoncement à des responsabilités familiales à l’égard des défunts. • « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. » Renoncement à des responsabilités familiales à l’égard des vivants.
Il y a là une gradation des exigences qui semblent intolérables, incompréhensibles ! Faut-il donc devenir moine pour suivre le Christ ? Un Saint François d’Assise, une « mère Thérésa », un « Abbé Pierre » ? Si oui, suivre le Christ est réservé à une petite élite !
Deux clés pour comprendre :
1/ Les priorités du Royaume
Dans ce chapitre 9, nous apprenons que Jésus est en route vers Jérusalem, lieu de l’accomplissement de sa mission : « Or comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem. » Jésus marche avec détermination et pleinement conscient vers le lieu de sa condamnation et de son exécution. Jérusalem, c’est la croix, c’est aussi le lieu de la victoire, du salut, c’est le seuil du Royaume de Dieu !
Essayons de nous mettre un instant à la place du Christ en route vers Jérusalem, nous sentirons peut-être cette urgence, cette priorité, cette vision exclusive liée à sa mission. On pourra alors s’interroger : Qu’en est-il aujourd’hui, pour nous ? Où est l’urgence ? Qu’est-ce qui est prioritaire ? Savons-nous pourquoi nous suivons le Christ et où nous allons ?
L’enjeu pour l’Eglise et les croyants est de se poser continuellement ces questions.
Personnellement, je cherche à le faire en m’interrogant régulièrement : Qu’est-ce qui est prioritaire dans mon ministère ? Il y a un cadre et des obligations qui me sont imposées ; comment est-ce que j’habite ce cadre pour que les objectifs prioritaires soient atteints ? Pour que mon ministère soit selon la volonté de Dieu et pas selon mes envies personnelles ?
Nous désirons aussi à le vivre au sein du CP. Périodiquement, nous cherchons à discerner les priorités de notre vie paroissiale, dans le dialogue, l’examen des besoins et des visons des uns et des autres, dans la prière...
Chemin laborieux et difficile • tant nous sommes empêtrés dans nos habitudes, (« Nous avons toujours fait comme ça ! ») • tant nous sommes limités par nos visions étriquées de la mission de l’Eglise, (« L’Eglise c’est ça ! ») • tant nous sommes handicapés par nos petits dadas, nos envies personnelles de réaliser ceci ou cela, • tant nous sommes dispersés par des objectifs tous aussi importants les uns que les autres !
Au sujet de la dispersion :
Les uns voudraient que l’Eglise s’engage sur le terrain social, d’autres sur le terrain humanitaire, ou encore en politique, ou artistique, que l’Eglise fasse de l’écologie, plus de cultes, plus de visites, qu’on aille vers les nouveaux habitants, qu’on invite tel ou tel théologien... Belle dispersion ! Les ministres s’essoufflent et les forces laïques aussi ! Tout cela est bien et important, mais qu’est-ce qui est réellement essentiel aujourd’hui, dans notre contexte ?!
Mais quelles sont les priorités de l’Eglise, du Royaume ?
Notre église, l’EERV, a inscrit dans ses principes constitutifs ceci : « L’Eglise reçoit du Christ la mission de témoigner de l’Evangile en paroles et en actes, dans le Canton de Vaud, auprès de tous et sans discrimination. »
L’objectif central est de témoigner de l’Evangile. Cela ne nous avance pas beaucoup tant il y a de manières de le comprendre ! Pour moi, témoigner de l’Evangile, ou marcher à la suite du Christ, c’est confesser en paroles et en actes, au nom de qui nous marchons, par qui nous sommes mis en mouvement ! L’Eglise agit et s’active comme si notre attachement au Christ était évident pour nos contemporains ! Pas du tout ! Christ est méconnu et les raisons de le suivre encore plus ! La tâche centrale de l’Eglise aujourd’hui est de révéler le plus clairement possible le Christ. En particulier, le Christ marchant vers la croix, le Christ en croix et le Christ relevé de la croix !
Marcher à la suite du Christ c’est aussi dire pourquoi nous marchons, qu’est-ce qui nous anime, qu’est-ce qui s’est passé et se passe en nous quand nous rencontrons ce Christ mort et ressuscité !
Concrètement, une des missions centrales de l’Eglise est de former des croyants pleinement conscient de leur foi, de leur identité de croyant à la suite du Christ. Des croyants conscients et fiers de leur identité, prêts à en répondre de manière décomplexée. Alors oui, et alors seulement, il y aura des croyants dans tous les secteurs de la société, sur tous ces fronts si importants évoqués il y a un instant !
Alors effectivement, viendra la nécessité de faire des choix parfois douloureux : • parce qu’ils iront à l’encontre de nos habitudes, de nos sécurités, de notre confort, de notre repos. • parce que ces choix pourront même aller à l’encontre de nos responsabilités familiales envers nos proches, défunts ou vivants ! • parce qu’ils obligeront à renoncer à tel projet, à tel activité important, mais pas essentiel.
2/ Appelés selon l’Esprit
Le texte de Galate jette une lumière intéressante sur notre sujet. « Marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’obéirez plus aux désirs de votre propre nature. » Gal 5, 16
« Marchez sous l’impulsion de l’Esprit ! » Quel mot d’ordre extraordinaire ! Sous quelle impulsion marchons-nous ? Quel est le moteur de notre agir ? L’habitude ? Notre besoin de sécurité et de confort ? L’activisme ? L’ambition ? Notre besoin de reconnaissance ?
C’est comme à la montagne, il y en a qui grimpent pour battre un record personnel, d’autres pour pouvoir le raconter ensuite, certains sont motivés par le verre de blanc au sommet, d’autres aiment photographier les petites fleures,...
« Marchez sous l’impulsion de l’Esprit ! » Marchez selon l’inspiration, la motivation, la joie et les forces que donne l’Esprit ! Alors notre marche prend un pas assuré et un une valeur nouvelle.
« ... et vous n’obéirez plus aux désirs de votre propre nature. » Notre nature, c’est notre côté animal et instinctif. Nous avons profondément inscrit en nous un double réflexe : le confort et la sécurité. Tous deux tendent à la conservation de l’espèce humaine...
a) Le confort : Matériel : Construction d’un environnement douillet, où il fait bon vivre. Nos villas, nos appartements et surtout nos chalets ressemblent à ces nids douillets où l’on se réfugie volontiers ! On si sent tellement bien, qu’on y investit sans compter pour les équiper, les rénover ou les astiquer. Parfois, je crois entendre dans certaines expressions un ton presque religieux : « Ah, ce w-e nous montons au chalet ! » « Cette semaine, je suis tellement occupée, je vais faire les à fond ! »
Relationnel : Une autre manière de construire son confort, c’est de limiter ses relations à un cercle d’amis bien défini : les gens avec qui on se sent bien. Les autres, ceux qui amènent trop d’embêtements, de soucis, qu’il faut écouter longuement, on les évitera où on leur accordera juste le strict minimum. Le confort peut donc être matériel et relationnel, ou les deux à la fois : le confort extrême pour un Suisse, c’est de s’enfermer dans le carnotzet du chalet avec ses amis intimes !
Vous m’avez compris, le problème ce n’est pas d’avoir un chalet à la montagne (il faut que les Suisses habitent la montagne, sinon, ce sont les anglais qui nous piquerons tous les terrains !), le problème n’est pas non plus d’avoir un cercle d’amis intimes, le problème, c’est de se réfugier dans ces lieux-là, d’en faire des prisons !
Le problème du confort c’est qu’il tue nos élans, notre disponibilité pour aller vers les autres, pour s’entre aider, pour répondre présent lors d’une demande...
b) La sécurité : Nous avons chacun nos manières de nous rassurer et de nous protéger : nous avons nos banques et nos assurances. L’art de gérer ses biens et de s’assurer intelligemment est évidemment une forme de sagesse et de responsabilité ! Mais là aussi, le souci de sécurité peut tuer la confiance ! Sans lâcher prise, sans prendre de risque pas de confiance ! Pas de progrès dans la foi !
Pour protéger l’homme de lui-même et de son environnement Dieu lui a donné un sens inné du confort et de la sécurité. Maintenant, pour libérer l’homme de lui-même et de son environnement Dieu lui a donné le Saint Esprit !
« Marchez sous l’impulsion de l’Esprit et vous n’obéirez plus aux désirs de votre propre nature. »
Conclusion :
• « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. » • « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. » • « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le Royaume de Dieu. »
Pour comprendre ces exigences très fortes, pour s’engager pleinement à la suite du Christ, il faut donc
1/ Discerner les priorités du Royaume en se demandant toujours : comment puis-je être aujourd’hui un croyant à la suite du Christ ? Où est-ce que je vais ?
2/ Se laisser transformer et habiter par le St-Esprit qui nous libère de nos besoins de confort et de sécurité. Sous quelle impulsion est-ce que je marche ?
Chers amis, croyants à la suite du Christ, je vous souhaite une bonne marche, certainement pas confortable, mais bénie pour vous et pour ceux qui vous entourent !
Amen



| màj 4 juillet 2010 |