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Révéler la présence du divin


Veillée de Noël, 24 décembre 2005
Prédication portant sur Matthieu 2, 1-12



DES ETRANGERS CURIEUX

D’où sont-ils venus exactement ? Pour être tout à fait honnête : je n’en sais rien. Les historiens ont passablement travaillé sur ces trois personnages haut en couleur que l’on voit débarquer dans notre histoire de Noël, au début de l’Évangile de Matthieu ; mais on n’en est pas arrivé à une conclusion unanime et définitive. Ils sont venus de l’Est, nous dit le texte. Certainement de l’Irak actuel. De l’ancienne Babylonie où les mages étaient nombreux... Moitié astrologues, moitié guérisseurs... À mi-chemin entre des chercheurs, des prêtres et des notables de région. En tout cas - et c’est le plus important ! - c’étaient des savants. Curieux de découvrir, curieux de comprendre. Des hommes en perpétuelle recherche.

Je les imagine sur leurs chameaux dans les petites ruelles de la ville de Jérusalem, enveloppés dans leurs turbans colorés et leurs draperies luxueuses. Ils devaient détonner, dans la cohue de la petite cité campagnarde des collines de Palestine. Oui, Jérusalem, c’était la capitale d’un petit pays de paysans, avec ses habitudes locales, sa culture bien à elle et un Dieu un peu particulier. Et nos trois étrangers n’y connaissaient rien à tout ça ! Mais ils ont eu une sorte de pressentiment. La conjonction entre l’apparition d’un astre d’une grande luminosité, leur connaissance de la tradition (qui apparente ce genre d’étoiles à la naissance d’un roi important) et... leur feeling... Ou, peut-être, plutôt une sorte de soif qui les a poussés en avant.

Alors, à peine arrivés dans la ville sainte, ils essaient de se renseigner... Et on leur confirme bien l’existence d’une prophétie qui mentionne qu’un roi qui doit naître, à quelques pas de Jérusalem, dans le petit village de Bethléem. Nous connaissons tous leur arrivée, ensuite, à l’étable, devant l’enfant couché dans la crèche.

Chers amis, le génie des mages, c’est d’avoir su reconnaître la présence du divin au cœur du monde. C’est-à-dire : d’avoir compris à quel point il est important, dans toute existence humaine, de se faire attentif à la vie qui naît au milieu de nous, à la tendresse que peut susciter en nous cette vie toute nouvelle... D’être attentif à la vie qui se réveille plus belle et plus forte en nous au contact d’un tout petit tout fragile et tout plein de promesses.

Oui, les mages ont su reconnaître où se jouait, ce soir-là, un élan divin au cœur de l’humanité. Un élan de tendresse, d’amour et de plénitude tellement fort qu’il porte les hommes au-delà d’eux-mêmes, vers un enthousiasme infini, proche de celui des anges.

Contrairement à l’élite savante, religieuse et politique de Jérusalem, qui connaissait pourtant la prophétie, mais qui n’a rien vu venir (et qui n’a pas pris la peine de faire le déplacement de quelque 5 kilomètres seulement séparant Jérusalem de Bethléem), les mages ont reconnu là où rayonnait un peu de la présence de Dieu au cœur de l’humanité.

RECONNAÎTRE LE DIVIN

Reconnaître la présence du divin dans ce monde... Identifier ce qui se joue de plus humain au cœur de l’humain que nous sommes et des humains que nous côtoyons... Identifier les élans tellement profondément humains qu’ils relèvent presque de la lumière divine...

Reconnaître la présence du divin dans ce monde, c’est une tâche essentielle ! Car le divin en l’homme reste inactif, si personne ne le réveille, si personne ne s’y fait attentif, si personne ne le stimule. Or le monde n’est qu’un grand fouillis vide de sens, sans une humanité vivant de la lumière déposée en chacun de ses membres.

Nous le faisons volontiers avec nos enfants : discerner ce qu’il y a de plus beau et de plus précieux en eux, les encourager à en prendre soin et à le développer. Et nos enfants ont, de leur côté, cette capacité d’éveiller en nous notre fibre sensible, notre fibre humaine, quasi divine... Mais nous avons tous, de manière bien plus générale, besoin d’occasions où nous pouvons reprendre contact avec notre part divine ; la laisser vivre et respirer en nous.

Et nous avons besoin, par-dessus tout, qu’on reconnaisse la lumière qui est en nous. Sans reconnaissance de la part de ceux et celles qui nous entourent, nos talents et notre génie propres se meurent tout simplement. Nous avons tous besoin d’un amour qui bénisse, selon l’antique expression. C’est-à-dire, d’un amour qui nous autorise à être et vivre pleinement ce que nous sommes au plus intime de nous-mêmes.

À vrai dire, reconnaître la présence du divin qui se tient au cœur de notre humanité, c’est une tâche difficile et d’une grande exigence !

Tout d’abord, parce que le divin affleure toujours dans ce qui est petit, dans ce qui est discret, dans ce qui est apparemment insignifiant, noyé dans la vie ordinaire. Nous avons tellement plus de facilité à nous arrêter et à prendre en considération les choses plus massives, plus médiatiques, plus rutilantes. On n’investit que rarement dans ce qui ne paie pas de mine ; on a de la peine à y voir l’essentiel qui pourrait transformer nos existences.

L’enfant qui naît, le petit geste de solidarité, la présence amicale et persévérante de l’autre à nos côtés, son effort pour rendre possible une réconciliation... ça paraît tellement banal, tellement simple... Et pourtant, c’est dans tout cela que se joue l’essentiel, que s’exprime l’humanité de l’humain, que se fait présent le divin en ce bas monde.

Ensuite, c’est une tâche difficile et d’une grande exigence, parce qu’il y a toujours de la résistance à laisser éclore le divin. Il est des Hérode - en nous et autour de nous - qui ont l’art de tout étouffer ! De mener une guerre immédiate et implacable contre tout ce qui pourrait advenir de bon, de tendre et d’enthousiaste parmi les hommes et les femmes de ce monde. Par aveuglement, peut-être ? Par peur d’être menacés dans leur pouvoir ou dans leur fortune ?... Par peur d’être déstabilisés ? Par fragilité de leur vie intérieure, dans tous les cas !

Si l’histoire des mages a bien une consonance romantique et porte en elle quelque chose de très doux, ce n’est pourtant pas une histoire naïve. Elle nous rappelle, de manière tranchante, la difficulté que éprouvons à nous faire attentifs à ce qui fait vivre réellement les êtres humains que nous sommes.

Et à considérer certains aspects de nos vies ainsi que le monde dans lequel nous vivons, il me semble que le rappel de ce soir par l’histoire des mages n’est pas de trop.

DES CADEAUX DE RECONNAISSANCE

C’est avec des cadeaux, qu’ils sont venus ; avec les ancêtres de nos fameux cadeaux de Noël. De l’or (que l’on offre d’ordinaire aux rois), de l’encens (que l’on remet habituellement aux prêtres) et de la myrrhe (le parfum des prophètes). Oui, ils apportent des cadeaux qui expriment chacun un aspect de l’importance que revêt ce petit enfant à leurs yeux.

Pour eux, cet enfant est roi ; ce qui signifie que c’est une innocence telle que la sienne qui devrait régir le monde. Pour eux, cet enfant est prêtre ; une manière de dire que toute religion devrait s’inspirer de la tendresse qu’il suscite. Pour eux, cet enfant est prophète ; ce qui exprime qu’à leurs yeux, on ne pourra construire un avenir de qualité qu’en se basant sur l’élan d’amour qui a soufflé autour de cette crèche, ce soir-là. Trois beaux cadeaux pour dire combien cet enfant les a touchés, tout le bien qu’il leur a fait par sa lumineuse présence, tout ce qu’il a éveillé en eux.

D’ailleurs, s’ils devaient simplement servir à ça, les cadeaux que nous nous offrons les uns aux autres ä Noël : souligner notre reconnaissance pour ce que la présence de l’autre nous apporte ?! Pour la lumière inimitable dont il est porteur. Pour l’étincelle divine particulière qui est la sienne et qui nous le rend si précieux à fréquenter ?!

Ce qui compte, en matière de cadeaux, c’est donc qu’ils soient personnalisés, en lien avec le génie propre de ceux que nous aimons. Mais bien plus important encore que le choix de l’objet offert, c’est certainement le regard qui l’accompagne ; la considération qui s’exprime dans le geste de l’offrande.

Au quotidien, le simple regard suffit d’ailleurs très certainement. Notre considération témoignée à l’autre sans chichis mais capable de lui rappeler sa valeur, voire de réveiller en lui sa part divine oubliée.

Oui, chers amis, si - une fois Noël fini - nous passions plus de temps à nous dire des choses gentilles ? Si nous nous faisions plus attentifs, au quotidien, à ce qui ne demande qu’à être accueilli et confirmé de beau et de précieux en l’autre ?

REVELATEURS OU ETOUFFEURS ?

D’où sont-ils venus exactement ? Nous n’en savons rien. Étrangers, ils ont débarqué à Jérusalem, où ils ne connaissaient personne, où ils ne connaissaient rien. Mais ils ont perçu où s’éveillait le divin dans le monde. Où s’était levé un vent de tendresse et d’amour au cœur de l’humanité. Et ils ont porté leur hommage au petit dont la vie allait marquer l’âme des humains par-delà les siècles.

D’ailleurs, depuis leur visite à Bethléem, la question n’est plus tant de savoir si nous sommes des autochtones ou des étrangers. Si nous sommes des initiés ou des ignorants. Si nous sommes des croyants ou des non-croyants. Des bons ou des mauvais. La question qui se pose à nous est désormais toute autre...

Sommes-nous des êtres curieux ? Des êtres toujours en chemin ? Des êtres capables de scruter la réalité qui nous entoure pour y percevoir la tendresse à l’œuvre, le divin qui affleure, Dieu qui se fait discrètement présent ? Et sommes-nous capables de tout lâcher pour nous y réchauffer et y renouer avec notre fibre humaine ?

Oui, ressemblons-nous aux mages ou sommes des Hérode indécrottables ? Obsédés par notre sphère d’influence, notre renommée et nos affaires, incapables de voir autre chose que ce qui brille, étouffant tout ce qui pourrait advenir de plus subtil et de plus doux autour de nous et en nous ?

Sommes-nous des révélateurs ou des étouffeurs du divin ? Notre réponse à cette question n’est pas sans importance pour la vie et l’avenir de notre monde.

Nous sommes nés pour rendre manifeste - écrit Nelson Mandela... Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est au-dedans de nous. Elle est en chacun. En laissant briller la lumière qui nous a été confiée et en nous faisant attentifs à celle des autres, nous changerons considérablement la vie sur cette terre. Nous la rendrons infiniment plus belle et plus forte. Plus humaine et plus divine à la fois.

Amen


Nicolas Besson, 24 décembre 2005

 

 

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