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Responsabilité communautaire et mission
prédication de Nancy Carrasco, culte missionaire, 29 janvier 2006
Prédication portant sur Exode 34, 27-35, 2 Jean 1, 1-6 et Luc 12, 13-15.
Une tension ontologique
L’être humain que vous et moi sommes, vit en permanence la tension irrésoluble entre son esprit et son corps. Entre son apparte-nance au ciel dont lui vient le souffle de sa Vie...
et la terre dont il prend les forces pour le fonctionnement de sa vie fragile. O combien avons-nous besoin des « choses de la terre » ! Nos sens et nos besoins sont enracinés aux choses, aux odeurs, aux saveurs de la terre. Mais nous avons aussi besoin du ciel ! « Comme une biche brame en quête des sources d’eau fraîche, ainsi crie pour toi, Seigneur, mon âme », dit le psalmiste.
J’ai toujours été fasciné par ce relate biblique du visage rayonnant de Moïse qui à été à ce point marqué par la présence de Dieu et que fait que les Israélites se voilent la face de-vant cette lumière immense.
Un problème concret
J’aimerais revenir avec vous sur le texte de l’Evangile de Luc que nous venons d’entendre. Quelqu’un dans la foule de-mande à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». C’est une demande précise de quelqu’un qui voit en Jésus une possibilité de solution spirituelle à un problème terrestre.
Quelle est la question de fonds ? une propriété ? un trésor ? L’on ne sait pas mais l’on sait qu’un litige sé-pare deux frères. Jésus, maître spirituel, signe du Royaume, fils de Dieu, passe par là et est sollicité pour intervenir dans cette question difficile. En ce temps de conseillers, de médiateurs et de consul-tants, nous reconnaissons aisément les qualités de Jésus pour intervenir dans une négociation difficile !
La tentation de renvoyer notre responsabilité terrestre vers le ciel
Combien des fois nous pensons que si Dieu intervenait d’une fois pour toutes dans le monde, les choses iraient mieux : si Dieu touchait mon frère pour qu’il ne soit pas comme il est. Si Dieu touchait le cœur de ma mère ou de ma fille pour qu’elle change de point de vue. Si Dieu entrait dans le cœur des puissants et des mé-chants, si Dieu faisait preuve de toute-puissance pour que nos conflits et nos difficultés finissent !
Si il était plus actif pour aider les hommes et les femmes à dominer ces avidités, ces convoitises... Quelle envie de ciel dans cette tension entre ce dont nous avons besoin, ce que nous devons faire et ce que nous ne pouvons pas obtenir.
Pourtant, nous pouvons nous reposer sur la puissance spirituelle de Dieu
Il y a beaucoup des choses qui ne trouvent solution que dans la puissance et dans la grâce qui nous vient de Dieu et que sont des solutions purement divines et spirituelles :
Je suis sauvée par grâce, et cela ne me vient que de Dieu. Je ne peux rien faire pour être sauvé. Je ne peux que me confier et m’abandonner entre ses mains.
C’est mon Dieu qui soutient l’Univers. Je n’ai pas à me soucier de la manière comme Il règle les itiné-raires des étoiles : Je peux m’émerveiller en paix, savoir sereinement, profiter dans la gratitude et faire confiance à Dieu.
Je ne sais pas quand je veux mourir et quitter cette terre ni comment seront les choses après ma mort mais pour cela je peux recommander mon esprit et m’abandonner entre les mains de mon Dieu.
Mais dans ce cas concret, où il est question de mon frère ou de ma soeur ?
Comment faire dans ce cas raconté dans l’Evangile de Luc et qui illustre si bien notre vie quotidienne ? « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ». Comment faire avec mon frère ? Comment faire avec mes de-voirs face aux autres, avec toutes ces choses qui me reviennent, les relations avec mon conjoint, avec mes enfants, avec ma famille... les rela-tions avec les autres, mes chefs, mes collaborateurs, les re-lations avec ce monde décousu, mal ficelé, où la distribution est injuste, où la solidarité est précaire ? Comment faire en Palestine ? Comment faire au Mexique ? Comment faire en Suisse ? Comment faire là où je peux et (parce que je peux je dois) faire quelque chose ? Comment partager la terre, les responsa-bilités, les devoirs et les droits ?
« Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ».
La tentation de déléguer nos devoirs à Dieu nous habite souvent : nous ne pouvons rien faire ! Seigneur, fais à notre place, assume et change ce monde, Seigneur, interviens ! Je n’adresse plus la parole à mon frère parce que nous sommes brouillés, mais « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage ».
Une réponse qui me renvoie à mes responsabilités !
Le Seigneur donne une réponse et fidèle à la cohérence qu’il vit : Qui a fait de moi votre juge ou votre arbitre ? La réponse du Christ es presque sèche, D’où sortez-vous cette idée que Dieu est là pour faire ce qui vous revient ? Nous n’avons pas à demander à Dieu de faire ce que nous devons faire nous-mêmes. Par cohérence, par responsabilité et surtout parce que la grâce de Dieu nous rend aptes et capables pour que nous agissions de nous-mêmes, par nous-mêmes, en nous-mêmes. Capables de faire face à un dialogue difficile, capables de tenter des solutions qui ne vont pas de soi, capables de ne pas cacher notre difficulté derrière une spiritualité diffuse pour fuir le devoir ou la responsabilité aux quels je suis interpellée.
Jésus rappelle par ses paroles que le tout de la vie d’un être humain ne dé-pend pas que de la terre ni de ses biens, elle dépend surtout de Dieu et de sa grâce. Mais il rappelle aussi que notre relation aux autres dépend de nous : c’est à moi d’appeler ma sœur cet après-midi pour lui de-mander pardon. Dieu n’a pas à s’excuser à ma place.
C’est à nous de nous expliquer et de trouver une entente avec ceux qui nous ne compre-nons pas, c’est à nous de nous intéresser et d’agir pour ce monde quand nous avons la possibilité de nous engager, de participer, de partager notre héritage.
Dieu n’a pas à faire nos commissions à notre place, nous ne pouvons pas nous promener sur terre avec un visage d’illuminés, heureux d’avoir rencontré Dieu sur la montagne de notre conversion et de notre salut, pour après nous voiler la face devant l’évidence de la responsabilité et la vocation relationnelle que Dieu nous confie.
Pas des œuvres sans grâce, mais une grâce pour des oeuvres Si nous nous remettons entre les mains de Dieu c’est pour agir, pour faire. pour intervenir. Peut être pas toujours avec succès mais toujours dans la confiance que la grâce de Dieu est avec nous et avec les autres... parce que ce n’est pas dans notre seul agir que le miracle ou le signe de Dieu se manifestent mais dans la mise en commun de faire et d’agir.
C’est à nous que revient notre vie dans la présence de Dieu. Pour faire du pain c’est nous qui devons verser la farine, délayer la levure, l’eau et le sel. Nous devons pétrir la pâte et la laisser reposer dans un lieu tiède. Allumer le four, contrôler la température et mettre à cuire le pain du partage et de la relation avec les autres.
C’est lorsque ce pain cuit dans le four, parce que la grâce de la vie et la force de Dieu nous ont permis d’agir, que nous pouvons nous reposer et nous abandonner pour voir comment la grâce du Dieu qui soutient l’univers fait le miracle de la montée du pain du pardon et de la fraternité dans le four de la vie. Sans spiritualité évasive ou abusive, mais dans la joie d’une action concrète, que l’amour et la grâce de Dieu rendront « fait spirituel ». C’est la grâce de Dieu qui garantit la puissance de nos œuvres mais nous devons immanquablement prendre la responsabilité d’agir.
Comme l’apôtre Jean nous le confirme, « la grâce, la compas-sion et la paix de Dieu, le Père, et de Jésus-Christ, le Fils du Père, seront avec nous dans la vérité et l’amour ». C’est dans notre vérité existentielle au quotidien que la grâce se manifeste en nous comme une garantie de puissance pour vi-vre dans la vérité, selon le commandement que nous avons reçu du Père » : pas pour nous déplacer vers le ciel lointain, mais pour aller vers nos prochains ici sur terre et aujourd’hui.
Amen
Nancy Carrasco-Paredes, 29 janvier 2006
Sauf mention contraire, la prédication de cette page est placée sous contrat Creative Commons 2.5 BY-NC-SA.
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