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Prier, c’est dire sa confiance en Dieu.

Prédication du dimanche 28 octobre 2007, Claire Hurni

Ecclésiaste 7, 15-17 et 10 - Luc 18, 9.14, - 2 Corinthiens 12, 7-10

La parabole que Jésus raconte nous montre deux hommes, tous les deux en prière.

Situation de départ

Deux hommes très différents. Chacun prie avec ce qu’il est et Jésus nous raconte un instant de la vie chacun - dans ce qu’il expérimente au plus près de ce qu’il est alors. - Il nous provoque à la réflexion, autour de ce thème clairement annoncé de ceux qui se croient justes aux yeux de Dieu et qui méprisent les autres. Pour comprendre cette parabole, il faut la resituer dans ce que les auditeurs de Jésus entendaient. Qui sont donc ces deux protagonistes ? Le pharisien c’est un membre d’un courant théologique qui vise à réaliser dans la vie quotidienne les exigences de vie des prêtres en service au Temple. Ce sont des hommes pieux, qui cherchent à être proches de Dieu en accomplissant la loi avec sincérité. Ils veulent suivre la loi de Moïse de manière scrupuleuse, en y ajoutant encore d’autres lois plus contraignantes avec comme idéal de se démarquer des hommes pécheurs. Le pharisien de notre parabole jeûne 2 x par semaine, il donne la dîme de tous ses revenus. Matthieu nous présente les pharisiens souvent comme des hommes hypocrites, en opposition à Jésus auquel ils reprochent de ne pas suivre leurs règles mais qui ne le font pas eux-mêmes. La position de Luc n’est pas la même. Ici le pharisien est un homme de foi. Rappelons nous aussi que respecter les commandements c’est vivre dans son quotidien la présence de Dieu, sa sagesse et sa justice. Le collecteur d’impôts, quant à lui, c’est un collaborateur des Romains. C’est quelqu’un qui a acheté le droit de prélever les taxes, des droits de péage imposés par les occupants romains. Bien évidemment, pour ses concitoyens c’est, un homme méprisé, rejeté, qui vit en marge, assimilé aux prostituées et tenu à l’écart par les autorités juives.

Voilà donc les deux hommes dont Jésus nous parle. Des hommes très différents, dont la situation elle-même semble pouvoir dire leur mérite face à Dieu. Un bon - un modèle, celui qui a réussit et un méchant - un traître, quelqu’un qui craque. Vous l’avez bien entendu : la conclusion de Jésus est tout autre, et il retourne en son contraire ce qui paraissait évident. Il inverse les rôles. Où est le problème et où Jésus veut-il en venir ? Dieu serait-il injuste ? Ne tiendrait- il pas compte des efforts et des sacrifices consentis pour lui convenir ?

Où est le problème

Ecoutons le pharisien : Sa prière est une prière d’action de grâces. Et s’il tient sa tête levée et les mains tendues vers le ciel, il ne fait que suivre l’attitude qui convenait alors pour prier au Temple. Vous l’avez entendue mentionnée dans le Psaume : « En te priant, les mains levées, je veux réfléchir à ta volonté ». Il n’y a dans cette attitude rien de provoquant. Tout ce qu’il est, ce pharisien le reçoit comme un don de Dieu... « Je te remercie »...dit-il dans sa prière, « de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes. » « « Regarde comme je suis quelqu’un de bien » Dans sa prière du pharisien, il y a une bonne dose d’orgueil, de vanité et il ajoute : « Je suis qqn de bien, à cause de tous les efforts que je fais - le jeûne et la dîme que je paie. Je ne suis pas ni voleur, ni mauvais, ni adultère, et surtout je ne suis pas comme celui-là, ce collecteur d’impôts ». Il y a trois choses qui ne jouent pas : l. la comparaison (Je te remercie de ne pas être comme les autres hommes ) et le mépris, total, proche du meurtre (la parole qui tue). 2. le monologue : Il prie en lui-même, tourné vers lui-même dit le texte. Sa foi, sa vie, sa manière de la mener, c’est à lui seul qu’il la doit. Il se dit juste lui-même ayant Dieu à ses côtés. 3. l’absence de questionnement et de demande : Il se faire seul, tout seul « moi, j’ai tout compris, je sais, je n’ai rien à te demander, je n’ai pas de manque. » EN fait voilà quelqu’un qui n’est pas dans la réalité, mais dans l’illusion, celle de la perfection. Il se voit meilleur que les autres, sans manque, parfait, complet....par conséquent fermé sur lui-même. Le reproche sur lequel pointe Jésus, ce ne sont bien entendu, pas ses vertus, mais c’est sa problématique de fermeture à l’autre, à Dieu comme aux humains. C’est une problématique de mort, par peurs, je crois, par excès de perfectionnisme, par goût du jugement. Par fermeture sur soi. Il y a certes beaucoup de choses qui peuvent bloquer notre élan (sentiment de ne pas avoir été aimé et reconnus ; échecs ; épreuves...) mais il n’en reste pas moins que le véritable signe d’une vie non humaine, c’est la fermeture sur soi. L’Ecclésiaste déjà nous dit que d’être juste à l’excès nous amène à se détruire nous-mêmes...

La vraie justice est relationnelle La vraie justice est relationnelle. Regardons le collecteur d’impôts : il a la tête baissée, il reconnaît sa honte, son indignité. Il se frappe la poitrine, ce qui est signe de deuil. Ecoutons sa prière : « Ô Dieu aie pitié de moi, qui suis un pécheur. » Qu’est-ce qui joue pour lui - en sa faveur, puisque Jésus le dira en règle avec Dieu, alors qu’il ne propose même pas de réparer ses torts...qu’il ne fait rien, qu’il ne promet rien. Que dit-il ? « Je suis un misérable qui ait manqué à ce qui est le plus fondamental...et je le reconnais. Je suis ainsi. Et c’est ainsi que je viens te rencontrer, Dieu, que Je viens me jeter dans tes bras ». Voilà un homme qui se sait pêcheur, séparé de Dieu par ses péchés, qui lui cachent sa face et l’empêche d’écouter (Esaïe 59,1-2). Il est dégoûté de sa vie, de lui-même. Il sait qu’il ne s’en sortira pas tout seul. Il connaît bien sa réalité et il n’a pas de mots pour la dire autrement. Il compte sur Dieu et son seul espoir est lui. Un espoir dans une relation renouvelée. « Rends-moi la vie comme tu l’as promis... Je t’ai raconté ma vie, tu m’as répondu ! »

Dynamique de vie - dynamique de mort

Ce que Jésus reproche, ce n’est pas de chercher à obéir à la Loi, mais l’état d’esprit qui anime une telle démarche. Et Jésus voulait bien le faire comprendre en provoquant un changement de regard sur la situation sociale, enviée des uns - les Pharisiens - et méprisées des autres - les collecteurs d’impôts, en provoquant un bouleversement, une crise qui pousse é se resituer, quand bien même nous n’en avons pas envie. En y réfléchissant à la lumière de notre actualité suisse, j’y trouve une similitude singulière avec certaines positions politiques actuelles, qui pensent pouvoir retenir le changement, et qui affirme avec excès des preuves d’honnêteté, de sentiments patriotiques, et ses désirs d’exclure, parce que sachant ce qui est juste, pour « purifier » le pays de tous les étrangers louches ou délinquants. Cela me rend triste, parce que j’y retrouve quelque chose d’une rigueur excessive qui provoque le rejet et la fermeture. Et qui dit quelque chose d’un échec de ma capacité à porter de l’espérance. Qui provoque aussi mes peurs...et qui m’invite à juger.

Plutôt qu’une mentalité de justes et de purs, Jésus nous montre que le plus important aux yeux de Dieu, c’est une mentalité ouverte aux autres et à soi-même. Sommes-nous aujourd’hui réellement menacés par de gens hostiles - et qui sont-ils vraiment - ou ne sommes-nous pas plutôt incapables de savoir en faire des prochains, des compagnons, parce que, dans nos peurs, nous nous fermons sur nous-mêmes

« Aie pitié de moi, Seigneur et de mes peurs. »

Vers la vie

Paradoxalement, c’est de la situation désespérée du collecteur d’impôts que surgit la dynamique de vie. C’est homme est dans la réalité, il l’accepte. Oui, je suis tel que je suis. Je le reconnais mais je ne m’enferme pas sur moi-même. La confiance seule en Dieu lui suffit. Jésus propose une dynamique qui est celle de l’amour de Dieu, qui n’est pas un amour sur rétribution, un amour par petites doses en attendant mieux, ou en attendant que nous en devenions dignes. C’est une dynamique d’amour ouverte à l’amour mais aussi à l’obéissance à plus que moi...ce qui est bien peu à la mode dans notre univers d’individualistes. Notre tentation est de nous créer nous-mêmes, de juger les autres et nous prouver par nos actes, par nos raisonnements, par nos culpabilités aussi peut-être, que notre relation à Dieu est bien consistante. C’est une manière dont je serais tentée de dire qu’elle nous donner du concret, qu’elle nous donne l’illusion d’avoir prise face à quelque chose qui nous dépasse et nous trouble. Il me semble que même pour Paul, cela a été une tentation. Il est allé loin dans ses exigences face à Dieu - que lui soit retirer ce dont il souffre. Et bien, cela ne lui a pas été accordé. Et le chemin de foi qu’il a fait, donc de confiance est celui qui lui permet de dire, plus tard ce qu’il a rapporte avoir entendu : « Ma grâce te suffit. Ma puissance se manifeste précisément quand tu es faible. » Oui, la relation à Dieu est gratuite, ouverte, toujours ouverte où que nous en soyons sur le chemin de nos vies...dès que nous manifestons - même par un « rien » - un mouvement d’ouverture vers Lui et vers nos frères et sœurs humains.

Alors, noirs ou blancs ?

La Parole de Dieu est là pour nous révéler à nous-mêmes, en nous secouant certes. Elle ne nous lisse pas dans le sens du poil. La compréhension qu’elle nous donne de nous-mêmes nous permet d’accepter nos ténèbres et au-delà de la crise où nos découvertes peuvent nos emmener, de nous tourner vers quelque chose de nouveau, de ressuscité. Je crois que nous avons à nous reconnaître tels que nous sommes...et que cela nous oblige à dire aujourd’hui, à la lumière de cette parabole, que nous sommes faits à la fois de nos côtés pharisiens et de nos côtés collecteurs d’impôts. Prêts à juger, mais aussi parfois prêts à nous jeter dans les bras du Père. Nous sommes en nous-mêmes le lieu de cette dualité. A cause de nos peurs, de notre propension à la comparaison, aux jugements... Et les exemples sont tellement nombreux : « je ne suis pas comme...mon voisin qui est ...comme ces catholiques qui croient.....comme ces racistes qui disent. Non, Dieu merci, je ne suis pas comme cela. » Nous connaissons, je pense tous cela. Oui, cela, nous avons à le reconnaître, non pour entrer dans un nouveau jugement, non pour nous accabler mais pour nous dire tels que nous sommes en nous-mêmes. Voilà le lieu où doit se porter ma vigilance, à visiter et à revisiter, qui me demande de devenir plus authentique et lucide de ce que je suis, plus capable d’assumer les aspects problématiques de ma vie. Ou ma difficulté est d’avoir confiance et la certitude d’être aimée comme je suis. Sauvée, non par mes exploits, mais par l’amour de Dieu. Pour dire, reconnaître ma réalité et entrer - ou tenter d’entrer - dans une dynamique d’ouverture. C’est le lieu du combat spirituel où je mets ma vie devant Dieu, avec mes contradictions, mes angoisses, mes faiblesses et mes péchés. Pour vivre d’une manière plus obéissante : ce qui me guidera sera ce que le Christ m’a montré, d’ouverture et de confiance. Il est signe de tendresse pour les cœurs qui savent se tourner vers lui, pour ceux qui savent authentiquement lui dire leur vie et attendre de lui une réponse. (Psaume 119 C’est son ouverture et sa confiance qui lui ont fait assumer le risque d’y perdre sa vie dans l’injustice la plus totale. C’est là le paradoxe de la Croix, c’est là son interpellation vivifiante. Loin de nos notions de justice. Claire Hurni