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« Père, pardonne-leur »
Le pardon est une affaire qui nous suivra toute notre vie, du jour de notre baptême jusqu’à notre résurrection.
Et si nous croyons bien qu’en dernier recours, Dieu peut nous pardonner, comme il a pardonné à Zachée, aux lépreux, ou au paralytique, en 1er lieu, c’est bien à nous, de nous démêler avec les blessures qu’on fait et les blessures qu’on reçoit.
Ceci dit, le pardon est un des actes chrétien les plus difficile à réaliser, autant le pardon à offrir, que le pardon à demander,
Car cela touche des blessures, souvent profondes.
Avant la dernière parole sur la croix, Jésus a dit au moins 2 choses sur le pardon : une parole intéressante, et une parole complètement folle.
La parole intéressante dit :
« Si ton frère se rend coupable à ton égard, va le trouver et montre-lui sa faute »
Le pardon ne tombe pas du ciel, nous ne pouvons pas facilement pardonner comme si nous étions des saints, et encore.
Le pardon ne tombe pas du ciel, ni pour l’autre, ni pour moi,
Il y a un chemin à faire, et souvent il nous faut du temps pour digérer.
Qd notre frère commet à notre égard une petite bêtise ou un grand crime, une blessure est créée, et on doit d’abord la voir, la ressentir, et la nommer.
Nommer sa blessure.
Puis si on veut éviter la réaction de l’ours comme je l’appelle.
C’est à dire : tu me mord, je te mord, la réaction réflexe de la vengeance si on veut amorcer un autre chemin,
la Bible nous dit : « va trouver ton frère, et montre-lui sa faute ».
Nous sommes humain, et notre pardon est difficile à sens unique. Par contre, si on a pu dire notre blessure, et la faire prendre conscience à l’autre, un pas de plus est réalisé.
Et si l’autre demande pardon, même si on ne peut pas revenir en arrière, il ne tient plus qu’à nous, d’accorder ou de refuser notre pardon.
Cela n’efface rien, cela n’enlève pas la blessure, mais cela apaise ce qui nous ronge de l’intérieur, l’injustice qui crie la vengeance.
Alors peut-être, nous donnerons un sens à cette blessure. Peut-être nous déciderons de couper la relation, en toute liberté, peut-être nous déciderons de recommencer la relation, et comme dit la Bible : « tu auras gagné ton frère ».
Mais si l’agresseur n’écoute pas, refuse de s’arrêter ou de revenir sur la blessure, et refuse de demander le pardon, La Bible dit qqc comme : Prend 1 ou 2 amis, reviens, Si cela ne joue pas dis-le à l’église, et si toujours rien ne se passe, considère le comme un collecteur d’impôt, laisse-le aller, tu peux t’en désintéresser.
Comme quoi le pardon est un chemin difficile, un chemin à faire à 2, sinon laisse le aller, tant pis, à défaut du repentir, le temps apaisera ta blessure, j’espère... Petite page de publicité, pour le péché ! A l’heure actuelle où on déclare que tout est permis, tout est bon, pourvu qu’on le sente, qu’on le sente bien, que cela nous apporte un plaisir immédiat, souvent égoïste, On devrait faire de la pub pour le péché ! On devrait retrouver la distinction entre le juste et le faux, entre le bien et le mal, et ce qui fait du mal à l’autre, la blessure... à nommer, à reconnaître, à se laisser pardonner.
Parce qu’on a longtemps abusé de la culpabilité, à tord c’est vrai, on a tendance aujourd’hui à prendre l’extrême inverse : vouloir effacer le péché de la théologie, de la société, de la vie : c’est peut être une erreur.
Le péché, pris positivement, est une prise de conscience qu’on a cassé qqc, cassé une relation.
Le Christ lui-même croit au péché : Il y a des choses qui tuent et des choses qui font vivre... au 2e degré, comme au 1er. Fin de la pub.
Nous avons aperçu une sorte de pédagogie du pardon, de cheminement, car le pardon ne tombe pas du ciel.
...et parfois le pardon à donner est plus facile que le pardon à demander, expérience faite...
Ca, c’était la parole intéressante, maintenant il y a la parole folle : « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent, afin que vous deveniez les fils de votre Père, ... car il fait se lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons. ... Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment...même les collecteurs d’impôts en font autant » Aimez vos ennemis.
C’est la + grand exigence chrétienne : le pardon, 1 fois, 7 fois, 77 fois, s’il se repent...et même : aimez vos ennemis (sans conditions ?!) Notre société parle de justice, ce n’est pas une vengeance, mais on paie le prix de nos bêtises à la société.
La Bible a cette parole folle : aimez vos ennemis.
Je pense à Jésus mort sur la croix, à Martin Luther King ou Gandhi assassinés comme martyrs.
Certains ont du aller au bûcher pour « proclamer » un message, et respecter leurs idées, d’autre pas du tout.
Pour être honnête, je ne me sens pas tous les jours la force d’aller à l’abattoir, pour cette parole. Mais je pense qu’on peut être chrétien de manière diverse, suivant son histoire ou son caractère ou ses forces.
Mais l’amour des ennemis nous concerne tous.
Bon d’abord, il faut peut-être dire qu’il ne s’agit pas d’être amoureux de son ennemi.
En grec il y a trois types d’amour :
L’amour eros, l’amour philia et l’amour agapé.
L’amour eros : c’est l’amour spontané, c’est le réflexe,
c’est une attirance naturelle ou à l’inverse un rejet viscéral, c’est ce qui vient des tripes !
L’amour philia : c’est le plaisir que l’autre soit content, la politesse, la galanterie, le plaisir des bonnes notes de son enfant à l’école, ou le plaisir de faire plaisir.
Et enfin l’amour agapé : c’est l’amour consciemment travaillé. Ce n’est pas qqn de naturel, qui vient comme ça, qui est spontané.
Mais c’est un amour consciemment travaillé.
Le lien ne se crée pas tout seul, il se travaille.
cela demande un effort, de la volonté.
Et le terme employé dans la Bible pour l’amour des ennemis, c’est ce dernier là :
Ce n’est pas l’amour amoureux, ou l’amour fusion,
mais c’est qqc qui est au-dessus, quelque chose comme l’empathie, ou l’amour gratuit :
j’aime tous les hommes parce qu’on est tous enfants de Dieu,
ou parce qu’on a tous le droit d’être aimé,
ou parce qu’on a tous le droit de faire des bêtises, qui suis-je pour juger ?
L’amour des ennemis, c’est cet amour qui n’a rien de naturel, mais qui est le résultat d’un choix :
Je choisi entre le chemin difficile du pardon et de l’amour, avec ses hauts et ses bas,
Ou le chemin de la vengeance, qui vise a faire du mal à l’autre, mais qui souvent aussi nous fait du mal à nous-mêmes, en nous rongeant de l’intérieur.
Et je dirai encore cette dernière chose :
On est pas toujours en état de pardonner à qqn
Ou de demander pardon.
Et parfois le temps de nommer...
Et de distinguer, car rien n’est tout blanc/ tout noir, chez nous ou chez l’autre, est essentiel.
Et surtout le temps de se respecter, respecter sa vitesse,
respecter sa blessure,
si elle est à vif, cela ne sert à rien de se forcer à pardonner, comme on se force à manger ses épinards.
Dans tout conflit, il y a souvent des torts partagés, des blessures réciproques, ce qui rend les choses compliquées, et même si on est le principal coupable il faut parfois laisser du temps pour apaiser notre esprit.
Dans ce cheminement chrétien que je compte parmi les plus difficiles, on peut choisir la route du pardon ou la route de la vengeance, mais on ne peut pas accélérer le processus, par respect pour nos forces et nos personnes.
AMEN.
Didier Heller, 16 avril 2006
Sauf mention contraire, la prédication de cette page est placée sous contrat Creative Commons 2.5 BY-NC-SA.
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| màj 8 mai 2012


