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Pentecôte

Textes bibliques :

Genèse 11.1-9 Jean 15.26-27 Actes 2.1-13

" Moulons des briques... Bâtissons-nous une cité, une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom ! "

Nous, nous et nous, première personne du pluriel. C’est le premier récit de la Bible qui parle en nous.

Avant, il y avait des je et de tu. Des je et des tu qui aimaient ou qui tuaient, des je et des tu, tous avec une histoire et une généalogie différente.

Chacun d’eux avant Babel, était différent et unique comme les pierres sèches avec lesquelles on construisait les murs : des pierres, des vraies ! des pierres carrée-bossue, des pierres naturelle, des grandes des petites, pas une qui ressemble à l’autre... Il fallait avoir l’œil pour choisir chacune en son temps, la mettre à sa place, tirer parti de ses creux et ses bosses, de ses pleins et ses failles.. et au final...toutes mises ensemble, elle forment un magnifique mur.

Les gens de Babel, eux, ont inventé les briques, plates, lisses, toutes semblables, en forme de carton à chaussure, que l’on peut empiler les unes sur les autres. Et avec les briques, aucune limite : on peut les empiler et cela monte jusqu’au ciel. La suite ? C’est facile à deviner. Une tour bien droite, une rue bien droite, une ville à rue bien parallèles, une ville où rues et avenues se ressemblent tellement qu’il faut leur donner des numéros.

Et les humains se sont mis à ressembler aux briques qu’ils fabriquaient : anonymes et normalisés, habitant une maison qui porte un no.

Dans la Bible, le récit de Babel n’est pas seulement le premier récit en nous, c’est aussi le premier récit anonyme : pas un seul personnage appelé par son nom. Des briqueteurs associés. Des sans nom.

Les briques sont normalisées, les ouvriers sont anonymes, le but et l’oeuvre compte davantage que la multitude des ouvriers, fondus dans la masse. ***

Notez qu’à époque, les gens de Babel ont des siècles d’avance : ils ont un projet et des objectifs clair : · 1. aller jusqu’au ciel · 2. se fabriquer un nom · 3. éviter la dispersion et maintenir la cohésion sociale. On croirait entendre les propos d’un chef, d’un dirigeant, voir même d’un dictateur.

Le but de la tour ? Non pas atteindre Dieu, mais se faire un nom et masquer l’angoisse de la peur "d’être dispersés sur la surface de la terre"... étonnante cette peur, peur de la solitude, de peur de se retrouver face à moi-même, et de se découvrir comme une pierre inutile.

Babel, c’est la fuite en haut ou en avant, l’obsession du faire pour échapper à l’être. *** Alors, Dieu intervient. Un Dieu qui a un nom, pas un numéro. La tour de Babel était une bonne idée, mais un mauvais projet. Il rassemblait les hommes, mais il court-circuitait le ciel et la terre, le nom et le numéro, par un projet trop lisse, trop parfait.

Au cours de l’histoire, tous ceux qui ont prétendu comme à Babel édifier la société parfaite ou le Royaume de Dieu sur terre, ceux-là y ont sacrifié les humains. Le communisme a essayé, les royautés auparavant, les croisades ont essayé, le temple solaire ou les sectes ont essayé. L’idée pouvait être bonne, mais le projet mauvais, car il sacrifiait la diversité et la valeur de l’être humain. *** Heureusement qu’aux yeux de Dieu, nous ne sommes pas des briques ; nous sommes des pierres. Vous n’êtes pas des " on ", vous êtes des " je " ....à qui la parole de Dieu s’adresse personnellement. Vous n’êtes pas à la quête d’un nom, vous avez reçu un nom, et au jour du baptême, vous avez été appelé par votre nom.

Dieu rappelle, nous rappelle à nous, êtres humains, que c’est trop tôt pour être au ciel, que nous devons accepter de vivre avec toutes nos couleurs différentes.

Ce n’est pas vers le haut qu’il faut fuir, mais vers l’abaissement qu’il faut marcher, pas à pas vers l’humilité. Le contraire de Babel, c’est le Christ qui a vécu comme un homme tout simple. Jésus nous invite à regarder vers le bas, à faire un pas vers soi-même, à regarder le visage de notre prochain.

Jésus est un empêcheur de planifier trop droit ou trop haut. Il veut nous faire comprendre que chaque échec est une chance d’humanité. Chaque échec est une occasion de relever la tête.

Le jardinier se casse le bras, il ne peut plus travailler mais il va enfin avoir le temps de regarder ses fleurs...

Ou alors, prenez la mort de Jésus : qui, le jour de vendredi-saint aurait parié un seul malheureux centime sur la suite de cette aventure ?

Il faut que Babel s’écroule pour que les hommes puissent se parler. Il faut que Babel tombe pour que Pentecôte arrive.

Pentecôte, c’est l’heure de la communication, C’est Dieu qui s’approche et qui instaure la communication.

Nous ne parlons pas la même langue ? Ce n’est pas grave tant que nous arrivons à communiquer, et tant que nous reconnaissons la valeur de l’être humain. Tant que nous savons nous tourner vers Dieu.

Alors, que Dieu soit appelé Dieu unique ou trinité, qu’il soit appelé Père, Fils, ou St Esprit, loin du débat des théologiens de renom,

Lorsque je prie, je communique avec mes mots, et je sais qu’il comprend.

Amen