paroissedemorges.ch

Morges | Echichens
Accueil >Spiritualité >Quelques prédications >Pâques : quel contraste !
Connexion pdf email

Pâques : quel contraste !

Quel contraste avec vendredi ! Vendredi, c’était la grosse foule rassemblée devant le palais du gouverneur Pilate, c’était le brouhaha des début d’une révolution, c’était l’excitation où l’on hurle parce que l’on entend hurler à côté de soi : Barrabas.

Et puis ce matin de dimanche, ce ne sont que trois femmes qui sortent de la ville à l’aube. Quel contraste : d’un côté la foule, de l’autre trois femmes, d’un côté la force, de l’autre la faiblesse, d’un côté la victoire, de l’autre la défaite, d’un côté on a déjà recommencé à vivre, de l’autre on se souvient avec douleur.

Trois femmes pour aller embaumer Jésus de Nazareth. Peut-être faut-il commencer par les suivre. Peut-être faut-il commencer par avoir l’humilité de reconnaître qu’elles sont d’une étonnante image de l’Eglise d’aujourd’hui. Car s’il était possible de lire à l’intérieur de chacun de nous, nous nous surprendrions souvent à chercher nous aussi ce Christ crucifié et mort.

Souvent nous ne voyons pas d’autres solution que d’aller vers cette tombe, comme les trois femmes.

Combien sont-ils qui vivent leur foi en compagnie d’un mort ? Ils ont mis le Christ en terre alors qu’ils sortaient de leur enfance. Jusque là, dans l’enfance, Jésus avait pourtant été vivant, aussi vivant qu’eux-mêmes. Ils lui parlaient. Ils l’écoutaient.

Puis un jour, comme ca, tout d’un coup, à l’adolescence ou à l’age adulte, ils ont versé les aromates de leur chagrin dans cette tombe et ne peuvent plus désormais n’aller que vers un souvenir. D’autres encore ont mis le Christ en terre en vue de leur vieillesse ou de la maladie. Les bonnes années, ils entendent les vivre sans lui. Ne leur suffit-il pas de l’embaumer régulièrement pour s’assurer de sa présence quand on en aura vraiment besoin ?

Que de momies dans nos bahuts !

Si seulement nous pouvions entendre retentir la parole de Pâques : "Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici."

ici, c’est le lieu où on l’avait mis, où on croyait pouvoir le retrouver.

Mais non, il est ressuscité ! Venez et regardez : vous cherchez la joie et la foi de votre enfance ? Elle sont vides ces tombes, aussi vide que celle de Jésus-Christ. Car la foi ne supporte pas d’être embaumée. Au contraire, elle est sortie de ses aromates, a traversé les siècles, et elle est venue battre au même rythme qu’une vie que nous connaissons bien, puisque c’est celle du travail et celle de la famille, celle de l’argent et celle de la politique.

C’est là que nous la trouverons, là, parce qu’il y a justement une obéissance à retrouver. là, parce qu’il y a justement une fraternité à recréer, là, parce qu’il y a justement des souffrance à soulager.

Là en un mot, parce que c’est là qu’est la vie.

Pâques a vidé toutes les tombes ! Pas plus vingt siècles d’histoire que les trois femmes ne parviendront jamais à l’embaumer. Il échappe à tous les parfums de mort, car il est vivant.

Et puis, il y a un effroyable malentendu : Certains ont parfois peur qu’être croyant, c’est vivre en retard sur son temps, ou c’est être condamné à vivre bloqué dans des souvenirs et dans la poussière.

Alors que c’est tout faux. Bien sûr, c’est peut-être l’image que nous les croyants ou nous l’église, donnons à ceux qui ne nous connaissent pas vraiment. Mais attention, ne rendons pas JC responsable de notre image ! Lui a tout fait pour qu’il n’y ait pas de retard, pour que Dieu soit à la page : Il a envoyé un émissaire avec ce message : "Allez dire à ses disciples qu’il vous précède en Galilée !"

Dès la résurrection, il est à l’heure du monde. Il a peur que ses disciples traînent autour du tombeau, autour de Jérusalem, et voilà que déjà, Jésus les précède au loin.

Voilà Pâques : Il est ressuscité veut dire qu’il marche, qu’il est devant, et qu’on ne le trouvera qu’en allant partout où il aura décidé d’aller, lui ! aujourd’hui où est-ce que Jésus-Christ nous précède ? Pâques n’est évidemment pas qu’un culte, mais c’est chercher des réponses à cette question.

Où est-ce qu’il précède son Eglise ? vers quelles formes de ministères, vers quelles structures d’Eglise, avec combien de ministres, et pour quels paroissiens, quelles sont les forces laïques, quel chemin d’oecuménisme, quel attitude face aux étrangers rejetés ?

Chaque réponse qui vient sur le bout de la langue mérite d’être traduite tout de suite en intercession ou en engagement personnel !

Où est ce que Jésus-Christ nous précède sur cette terre ?, vers quelles formes de vie communes ? vers quelle répartition des richesses ? vers quels chemin de paix ?

Là de nouveau, il ne faut pas trop donner de conseils, mais suivre Jésus-Christ là où il nous précède, et traduire en acte toutes les bonnes idées.

Où est-ce que Jésus-Christ conduit les peuples de la terre ?, vers quelle qualité d’enrichissement mutuel ? par quels chemins vers l’amour ?

C’est encore un Pâques bien pale lorsqu’on prend des airs indignés, qu’on a un excellent avis sur ce que d’autres peuvent faire.

Et enfin, où est ce qu’il nous précède individuellement ?, vers quel service au sein de notre ville et au sein de la paroisse, quel service sommes nous prêts à rendre dans la paroisse, non pour parce qu’on trouve le pasteur sympa, où parce qu’il y a déjà des copines, mais parce que le Christ nous appelle à son service. Quel témoignage de notre foi pouvons-nous faire ? Nulle part nous sommes parfaits, mais partout nous pouvons donner apporter notre humanité et nos deux mains. Qui sommes-nous pour refuser de nous engager alors que les mains du Christ, ce sont les notre ? Il compte sur nous.

Nous cherchons dans le passé Jésus crucifié ? Nous devrions regarder vers l’avenir, celui qui nous précède et nous appelle.

Joyeuses Pâques, Christ n’est pas en retard, il n’appartient pas au passé. Christ est dans son temps. Il est ressuscité. Alléluia.


Prédication D Heller Pâques 2008