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PREDICATION : Esaïe 30/18 à 26 (MM)

Morges et St Saphorin le 11 septembre 2011

2 Corinthiens 4/6 à 12 ; Jean 4/6 à 15

PREDICATION : Esaïe 30/18 à 26

Bien-aimés de Dieu, Au milieu d’un passage dans lequel l’annonce des bienfaits et des bénédictions de Dieu se suivent en cascade, au milieu de nombreuses mentions de l’abondance, de la sécurité en sa présence, et de la guérison, on trouve ces mots mystérieux et terribles : « ...le jour du grand massacre, quand s’écrouleront toutes les tours... » Beaucoup de gens se souviennent exactement là où ils étaient et ce qu’ils faisaient au moment des attentats, il y a 10 ans, contre les tours du World Trade Center aux Etats-Unis. Aujourd’hui, c’est donc le triste anniversaire d’une journée qui a ébranlé les Etats-Unis et le monde. C’est aussi une occasion de nous arrêter pour faire mémoire de tous ceux et celles qui sont décédés, de même que de ceux et celles qui d’une façon ou d’une autre ont porté secours, aidé, réconforté, reconstruit, le jour même, et à long terme. D’aucuns se sont déjà posé la question, dès la seconde guerre mondiale finie, en découvrant les horreurs commises à Auschwitz : quand de tels malheurs collectifs surviennent, où donc est Dieu ? Comment continuer à croire et à l’invoquer dans des moments pareils  ? Que devient notre monde après une telle expérience de mal absolu ? Et comment désormais nous situer avec la conviction que l’être humain peut être autre chose qu’un loup pour son semblable, c’est-à-dire qu’il peut être porteur de compassion, d’esprit de service et d’espérance ? Toutes ces questions, dans le contexte particulier de son histoire d’alors, le peuple d’Israël se les pose au moment où Esaïe mentionne des actes de guerre et de violence qui ont marqué les esprits. Toutes ces questions sont déjà là, lors du siège de la ville, quand l’on voit venir la défaite, quand le désespoir le dispute à la colère, « ...le jour du grand massacre, quand s’écrouleront toutes les tours... » La mémoire d’Israël est marquée par un Exil à Babylone d’un demi- siècle. Des générations entières n’ont pas connu la vie au pays, seulement les probables bidonvilles de cette immense métropole étrangère, dans laquelle, esclaves, ils ont perdu tous leurs droits. Le droit de contribuer librement à la prospérité de leur propre pays. Le droit de participer aux décisions dans leur propre communauté. Le droit d’élever leurs enfants dans le respect de leurs propres coutumes y compris les points de repère essentiels de leur foi. Leur droit de bâtir, d’entretenir et de se rendre dans ce lieu de culte central, le Temple de Jérusalem, par ailleurs aussi étendard d’une nation indépendante. Dans leur esprit et dans leur coeur la nostalgie d’un monde qui n’est plus, d’un contexte de vie qui a disparu. Dans leur esprit et dans leur coeur ce sentiment d’abandon et de perte de sens. Dans leur esprit et dans leur coeur regrets, remords et frustrations. Au milieu de tout cela il s’agit de survivre, d’avancer et si possible de se redresser. Relayée par le prophète, la réponse de Dieu est donnée dans une parole, dans quelques paroles destinées à assurer le peuple de sa présence, à réconforter, à resituer les croyants dans cette réalité nouvelle, à laquelle il s’agit de s’adapter, dans la foi. Relayée par le prophète, c’est en effet juste une parole qui leur est adressée. Par cette parole, Dieu prend le risque de ne pas être entendu, écouté, tant est encore vif ce souvenir de ce symbole matériel central de la foi représenté par le Temple de Jérusalem. Une parole, c’est vraiment fragile. Une parole, ça n’a pas le poids des pierres, la visibilité grandiose des cérémonies, la couleur des habits des célébrants, les odeurs des offrandes et des parfums sacrés. Relayée par le prophète, la réponse de Dieu est donnée dans cette parole, qui insiste sur quatre grandes affirmations : premièrement tendresse et grâce, deuxièmement ouverture du coeur des humains rendus capables d’écouter, troisièmement fertilité et abondance, quatrièmement lumière et guérison. Ces affirmations résonnent comme un programme, comme les étapes d’un cheminement spirituel personnel que chaque croyant est invité à suivre, de même que chaque communauté d’ailleurs. Ces étapes nous les suivons en effet les uns vis-à-vis des autres, les uns à côté des autres, mais aussi en interaction les uns avec les autres. Et je suis en train de comprendre ceci : en fait, par ces étapes d’un cheminement spirituel, personnel et communautaire, c’est ainsi que Dieu se rend présent. Il ne fait pas de révélation exceptionnelle, explosive, bouleversante. Il ne règle pas tout par une impressionnante et définitive démonstration de puissance. Il ne se confine pas dans les murs d’un bâtiment particulier. Ce que je comprends de la première étape, c’est que nous avons besoin d’abord de recevoir, sans condition, tendresse, compassion, miséricorde. Nous avons besoin d’être reçus et acceptés tels que nous sommes, avec l’entier de qui nous sommes, avec ce que nous gardons secret entre honte et culpabilité, avec les colères et les rancoeurs, avec les souvenirs pénibles de rencontres ratées et de paroles cruelles, avec tout cela, que nous avons pu subir, mais aussi dont nous sommes les auteurs. C’est la prise de conscience du « vase d’argile », les événements qui nous touchent, les sentiments, les intentions, qui nous traversent et dont souvent nous ne savons pas que faire, la fragilité de notre condition humaine. Avant de pouvoir écouter, nous sommes appelés à nous faire grâce les uns aux autres, à nous « prendre en pitié ». Cette première étape c’est la compassion, pour soi-même, les uns vis-à-vis des autres, les uns pour les autres. Quant à la deuxième étape, elle est marquée par la libération de la capacité de voir et d’entendre, ce discernement de ce qui est vrai et bon pour nous. La mention des idoles que le peuple rejette désormais illustre ce discernement retrouvé. En fait, par ce compagnonnage avec Dieu qui est ce cheminement commun les uns avec les autres, la vérité s’impose. Tout ce qui est factice, superficiel, par exemple le clinquant et les faux-semblants des pages « people » des magazines, apparaît dans tout son vide, sa pauvreté et son incapacité à donner un quelconque morceau de sens à notre vie. Lorsque nous nous sentons accueillis, aimés et respectés, non seulement la parole est libérée, mais le coeur distingue les choix à faire, les choix qui mènent à la vie, à l’épanouissement, à l’assurance d’être à sa place. Car la volonté de Dieu n’est pas de nous tracer ou de nous imposer un chemin défini d’avance dans ses moindres détails, mais de soutenir notre découverte, en nous-mêmes, de notre propre chemin. La troisième étape, c’est la joie offerte et à recevoir simplement, la joie de l’abondance. Les images du pain et de la pluie évoquent pour moi ces sentiments de plénitude lorsque l’on passe de bons moments en joyeuse compagnie, les moments d’amitié partagée où l’on se sent compris, cette plénitude aussi lorsque j’accueille paisiblement l’émerveillement d’être aimé sans conditions. Ces moments où il n’y a pas besoin de « faire » quelque chose pour être quelqu’un. L’Evangile nous le raconte avec d’autres mots, lorsque Jésus partage un moment de sa vie avec la femme samaritaine. Un échange non seulement de quelques mots amicaux, mais cette illustration de la volonté de Dieu pour nous : que nous puissions être, avec toute notre histoire, sans être jugés ou nous juger nous-mêmes pour ce qui a pu se passer, que nous puissions rester debout, marcher avec confiance et nous épanouir. La quatrième étape enfin, c’est celle qui montre les effets de l’action de Dieu, toujours les uns par les autres, sur notre corps. La mise en équilibre de notre être par tout ce processus ne peut pas l’ignorer. Ce que Dieu veut, c’est que nous devenions des êtres humains complets, pas seulement spirituellement forts, pas seulement heureux dans notre coeur, dans notre vie intérieure, mais que nos corps aussi reçoivent ce repos et ce renouvellement dont il est question ici. Je pense concrètement aux soins du corps que nous pouvons nous prodiguer les uns aux autres, selon nos dons et nos charismes. Bien sûr je pense aux soins médicaux, mais je pense aussi à cette main amicale posée sur l’épaule, je pense à ceux d’entre nous qui ont des connaissances en alimentation équilibrée, qui font des massages, ou même qui trouvent pour leurs semblables la coiffure qui leur convient (et comme vous le voyez en ce qui me concerne, ce n’est même pas trop difficile...) Ainsi vient le « jour du Seigneur » dont parle Esaïe. Un jour que l’on a sans doute trop souvent vu comme un jour terrible de colère et de jugement. Mais qu’il faut plutôt recevoir comme un jour où il se réjouit avec nous de notre amour mutuel et où nous pouvons vivre, dans la lumière, comme ses enfants bien-aimés. Amen. DEO GRATIAS