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Oser des pas qui coûtent

Prédication portant sur I Co 12 (12-27) & Mat 5 (43-48)

Une attention particulière à la relation

Faire alliance avec Dieu... Nous sommes donc venus aujourd’hui faire alliance avec Dieu. Mais qu’est-ce que cela signifie exactement faire alliance avec Dieu ?

En fait, il faudrait dire, pour être plus juste, que c’est Dieu qui désire faire alliance avec nous. Qu’Il s’intéresse à chacune et à chacun de nous. Qu’Il nous aime irrésistiblement et qu’Il aimerait bien pouvoir se mêler un peu à notre vie. Y mettre un peu de son souffle, de sa chaleur, de son enthousiasme, de son espérance.

Dès lors, faire alliance avec Lui, c’est être d’accord de Lui laisser une place dans notre existence ; et, par-dessus tout, de Le laisser nous aimer ; d’avoir cette confiance très simple mais inébranlable que, quoi qu’il arrive, nous sommes aimés par Lui, que nous sommes dignes d’amour et que nous sommes susceptibles de voir brûler en nous une part de la lumière divine.

Oui, c’est ce que je suis appelé à réaliser ce matin - de toute ma pensée, de tout mon cœur, de tout mon corps : je suis aimé par Dieu, digne d’amour et susceptible de recueillir en moi une part de la lumière divine...

Mais du coup, l’autre qui est à mes côtés... les autres qui sont à mes côtés... tous les humains que Dieu aime d’un amour tout aussi grand que moi... sont également dignes d’amour. Faire alliance avec le Père, c’est donc aussi faire alliance, entrer en alliance avec tous ses enfants, les hommes et les femmes de ce monde.

C’est ce que le Christ répète inlassablement à tous ceux qu’il croise sur son chemin, sur toutes les pages de l’Évangile : Vous aimés de Dieu, vous êtes une seule et grande famille ; et vous devez vous lier d’amour avec chacune et avec chacun, quel qu’il soit.

Frères et sœurs, nous sommes comme une seule famille et nous sommes appelés à faire corps ; même avec ceux que nous n’aimons pas. Et il n’y a là rien de compliqué à comprendre. Mais lorsqu’il s’agit de passer à l’action... lorsqu’il s’agit non plus de parler d’amour de l’autre mais de l’aimer très concrètement, c’est alors que les choses deviennent plus compliquées ; c’est alors souvent que ça se gâte...

Or le culte de ce matin doit nous aider à passer à l’action, à nous engager très concrètement, la semaine qui vient et les semaines qui suivront ; le culte de ce matin doit nous aider à faire des progrès ; des progrès tout particulièrement dans l’amour dont sommes capables envers ceux et celles que nous rencontrerons. Des progrès... car on n’aime jamais assez...

Être attentif aux résistances

Faire des progrès, oui bien sûr, mais comment... ? Le premier pas est, je crois, d’accepter nous avons tous des résistances. On sait, et cela est vrai pour tous les être vivants, qu’il existe une distance conventionnelle qui règle la proximité entre deux individus. Les oiseaux en sont une bonne illustration et vous avez certainement pu observer des mouettes, alignées toutes à la même distance les unes des autres. Elles sont posées là, sans interaction particulière entre elles. S’il en vient une de plus, les autres se déplacent, instinctivement, pour recréer la distance qui convient entre elles. Si cela n’est pas possible, alors un oiseau s’envole ou il y des cris ou même quelques coups de becs. Entre nous, il y a des schémas similaires...

Faire des progrès, cela veut dire prendre conscience de cela : quelque chose de la distance que je met entre moi et l’autre doit changer... Quelque chose où je me risque à modifier les règles du jeu... Je vais avoir à faire un effort sur moi-même, pour vaincre la tension que cela me crée de me rapprocher de l’autre. Une tension, souvent inconsciente, mais qui existe bel et bien. Et qui devient parfois palpable.

Notre corps est un allié précieux pour nous dire où nous en sommes. Nos yeux qui se détournent, et qui évitent le regard d’autrui, notre cœur qui se met à battre plus fort, la bouche qui devient sèche, les mains moites ou crispées.

Et puis, nous nous construisons aussi toute une série d’excuses : la timidité, les habitudes qui veulent qu’on soit discret, la peur de paraître ridicule et d’être jugé...Alors souvent nous préférons rester coincés entre ce qui se fait et ne se fait pas. Coincés mais aussi à l’écart de l’élan de vie, à l’écart de ce qui nous permet de progresser, d’avancer...

Parfois, c’est encore un peu plus compliqué : nous nous sommes fermés à autrui, parce que la vie nous a déçu, parce que la vie nous a blessé ; peut-être aussi parce que nous souffrons de veilles rancunes et de pardons refusés.

Si nous cédons à nos résistances, nous n’allons rien construire, jamais rien changer... Il y a un choix à poser, celui d’entrer dans l’inconfort pour progresser. Cela n’est-il pas vrai pour tous les apprentissages de la vie ? Je me souviens de tous les efforts qu’il m’a fallu pour apprendre à nager et de toutes mes peurs . La pire, c’était d’avoir la tête sous l’eau, de ne plus pouvoir respirer...J’ai dû m’exercer, j’ai bu la tasse, j’ai pesté... et si finalement j’ai réussi,, c’est parce que j’avais affronté et dépassé ce qui résistait en moi...

Une alliance qui engage

Affronter nos résistances un peu plus loin que d’habitude... Accepter d’entrer un bout dans l’inconfort...

Nous avions songé, en discutant de la préparation de ce culte, à essayer de vous faire ressentir aujourd’hui très concrètement la résistance physique qui s’éveille en nous, lorsqu’on nous pousse à aller un peu plus loin que d’ordinaire, pour nous inciter à prendre au sérieux l’appel à aimer que nous adresse l’Évangile et pour nous stimuler à y donner suite. Mais nous y avons résolument renoncé. Tout d’abord, parce que nous provoquer ici les uns les autres par des exercices artificiels relève de la manipulation. Ensuite, parce que personne d’entre nous ne peut prétendre faire la leçon aux autres. Finalement, parce qu’affronter ses propres résistances ne peut être qu’une affaire volontaire, personnellement et mûrement décidée.

Et pourtant, nous aimerions bel et bien que la substance de ce culte ne se perde pas quelque part au fond de notre cerveau, mais qu’il donne lieu à un engagement réel de notre part ; un engagement de tout notre être, corps et âme. Oui, nous aimerions nous inciter les uns et les autres à plonger, à oser des pas qui nous coûtent un peu.

Peut-être que, pour certains d’entre nous, il s’agira simplement d’essayer de ressentir le regard d’amour que le Père pose sur nous et de se laisser réchauffer par cet amour. Pour d’autres, il s’agira peut-être d’essayer d’exprimer un plus, à ceux qu’ils aiment, l’amour qu’ils leur portent. Pour d’autres encore, il s’agira peut-être d’oser s’approcher de gens dont ils n’ont jamais osé s’approcher, de faire le premier pas pour briser la glace ou simplement pour créer un contact. Il y a peut-être encore des pardons à prononcer ou des petits gestes à faire. Ces grandes choses ou ces petits riens qu’il suffirait d’oser une fois pour que la vie s’en trouve comme ensoleillée.

Pour être le plus concret possible et pour que, dans notre paroisse, le Royaume progresse un peu, en cette fin d’année 2005, nous aimerions vous faire, par ailleurs, une suggestion toute simple. Une suggestion en lien avec notre vie communautaire, à l’image du corps que nous sommes appelés à former ensemble. Oui, nous avions envie de vous proposer, si vous le pouvez et si vous le voulez bien, de nous adresser des invitations les uns aux autres, ces prochains temps. Une invitation à aller boire une fois un café. Une invitation à venir souper à quelques uns à la maison. Une invitation à une ballade pour papoter. Rien de compliqué ; simplement une invitation à passer un moment ensemble pour tisser des liens, pour faire un peu mieux connaissance.

Et, si possible, une invitation qui ne serait pas adressée à ceux que je fréquente d’ordinaire dans cette paroisse, mais à ceux et celles que j’y croise mais que justement je n’ai jamais encore vraiment approché. Une invitation qui coûte quelques efforts pour faire le pas de la nouveauté.

Et ça se ferait de manière spontanée, sans organisation particulière de notre part... ça se ferait la semaine prochaine ou dans 2 mois, l’important serait que ça se passe... ça se ferait sans aucun esprit de compétition ou de culpabilité, mais selon les possibilités, et pour le simple plaisir de faire un pas de plus dans notre vie communautaire, d’étoffer nos liens.

Ca pourrait se faire d’ailleurs également avec telle personne qui habite dans notre voisinage ou que nous croisons régulièrement, sans qu’il participe particulièrement à la vie de notre paroisse.

Dans la confiance de l’amour de Dieu

Dans ces changements, nous ne sommes pas seuls à nous risquer, Dieu est à nos côtés, Dieu fait alliance avec nous. Et cela change tout, même si le chemin à faire peut paraître long et difficile. Il ne faut pas miser trop haut mais nous lancer dans le tout simple, le tout petit...Il y aura des crève-cœur, des pas en avant et des pas en arrière, mais cela fait partie des apprentissages de la vie... Soyons attentifs à se qui se joue en nous, cherchons à désamorcer nos résistances, et à quitter tout ce qui nous retient dans nos frilosités... Alors, nous ferons briller quelque chose en nous-mêmes, quelque chose de la lumière divine... Alors nous laisserons voir et sentir que nous sommes tous aimés de Dieu, unis dans une seule grande famille, où chacun peut poser sur ceux qu’il côtoie ce regard de profonde estime que Dieu pose sur chacun et chacune de nous.

Amen.


Nicolas Besson & Claire Hurni, 6 novembre 2005

 

 

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