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Néhémie : de la prière à l’action

Dimanche 30 septembre 2007

Introduction à la lecture de Néhémie

Nous allons entendre la lecture du premier chapitre du livre de Néhémie. Livre peu lu. Nous sommes au 4ème s. avant J-C. Israël a subi plusieurs déportations successives et se trouve dispersé dans le M-O. Actuellement sous la domination perse, Israël connaît un peu de répit. Certains juifs ont eu l’autorisation de rentrer en Judée et avec le prêtre Esdras, la reconstruction du temple a commencé.

Néhémie est un juif, fonctionnaire à la cours du roi de Perse, avec la haute fonction d’échanson du roi. Le livre de Néhémie se présente comme un journal personnel, le récit d’une vaste entreprise qui a permis la reconstruction du temple.

Texte : Néhémie 1

a) Introduction

Parmi ses contemporains, Néhémie est un privilégié. Il travaille à la cours du roi, il a un emploi assuré et les privilèges qui vont avec. Je l’imagine installé dans un train de vie agréable, du moins, sécurisé. Voilà son frère qui débarque de Judée avec des nouvelles peu agréables à entendre ! « Les anciens exilés sont installés dans la province de Juda, mais se trouvent dans une grande misère et dans une situation humiliante. Quant à Jérusalem, ses murailles ont des brèches et ses portes ont été incendiées. »

« grande misère », « situation humiliante », « murailles en brèche », « portes incendiées »...

A la place de Néhémie, à l’écoute de ces paroles, comment auriez-vous réagit ? Qui d’entre vous aurait réagi comme Néhémie ? « Lorsque j’entendis ces nouvelles, je m’assis pour pleurer ; durant plusieurs jours je restai dans l’affliction, en jeûnant. Je me mis à prier le Dieu du ciel... »

Temps de discussion dans les bancs...

b) Trois réactions naturelles

Personnellement, je pense que Néhémie aurait pu réagir de trois autres manières :

1/ Hanani, quelles tragiques nouvelles m’annonces-tu là ! Ca alors ! La vie est injuste ! Notre misère se prolonge indéfiniment ! Quelle souffrance pour nos frères de Judée ! Ici aussi, la vie n’est pas toujours facile. On a tous nos problèmes... Et au fait, quelles nouvelles de la famille ? Tes enfants ? Ta femme ?...

C’est la méthode du « zapping » ou de la « banalisation » : après un temps d’émotion, de révolte en forme de mots, on compare avec ses propres soucis et on fini par changer de chaîne, ou on tourne le bouton du téléviseur.

Néhémie aurait aussi pu réagir ainsi : 2/ Hanani, quelles tragiques nouvelles m’annonces-tu là ! Mais que faites-vous donc, vous qui êtes là-bas ?! ça ne peut pas durer ainsi ! Il vous faut vous organiser ! Ne vous laissez pas marcher dessus ! Y a qu’à former un comité de travail. Il suffit de partager les tâches et de faire un bon plan... Allez Hanani, tu y arriveras, courage !

C’est la méthode « Y a qu’à » : le discours s’enracine profondément dans un fauteuil confortable. L’action est évidente, surtout, elle est confiée aux autres...

3/ On pourrait aussi imaginer Néhémie sombrer dans une profonde déprime en ruminant les nouvelles reçues.

Je pense honnêtement que chacun de nous réagit régulièrement de l’une ou l’autre de ces façons. C’est une manière de nous protéger de nouvelles douloureuses qui nous parviennent, parfois de loin, au travers des médias, parfois elles nous viennent de plus près, de notre entourage. Ces nouvelles nous agressent, nous touchent, nous dérangent. Il faut alors s’en protéger, parer à ces coups.

Que nous réagissions est déjà bon signe ! La révolte est la preuve que nous sommes vivants, encore sensibles à la souffrance et à l’injustice.

c) Discerner l’appel de Dieu

Maintenant comment savoir, si nous sommes appelés à aller au-delà des sentiments et des discours ? Comment savoir si nous devons passer à l’action ?

La réaction de Néhémie est exemplaire, elle ouvre une autre voie, elle inclut un autre interlocuteur essentiel : « Lorsque j’entendis ces nouvelles, je m’assis pour pleurer ; durant plusieurs jours je restai dans l’affliction, en jeûnant. Je me mis à prier le Dieu du ciel... »

L’affliction adressée à Dieu

Néhémie commence à laisser libre cours à ses sentiments, en l’occurrence la tristesse, il est affligé. Il prend le temps de l’affliction, plusieurs jours... Ce n’est pas dans nos habitudes. D’abord, on n’a pas le temps. Ensuite, c’est pas bien : « Allez, tu ne vas pas te laisser abattre ! La vie continue ! Regarde tes responsabilités t’attendent... »

Les larmes de Néhémie ne sont pas seulement des larmes de tristesse, mais aussi des larmes de repentance. En l’occurrence, Néhémie confesse des fautes collectives. L’humilité et la vérité sont le terrain où Dieu agit. On pourrait aussi dire que l’humilité et la vérité sont le terrain sur lequel nous pouvons agir selon la volonté de Dieu. Sans repentance, sans un regard vrai sur soi, sur la réalité, notre action reste souvent bien ambitieuse, voire orgueilleuse, ou alors très limitée ou encore, elle manque son but.

Pierre a versé des larmes d’amertume suite à son triple reniement. Et c’est sur ces larmes d’humilité et de vérité que Dieu a bâtit l’Eglise. C’est avec ce Pierre repenti que Dieu a travaillé !

*** Vous remarquez que l’affliction de Néhémie n’est pas un repli sur soi à la Caliméro ! Il s’adresse à Dieu, le Dieu du ciel ! Autrement dit, celui qui a les clés du discernement et le pouvoir de l’action.

Dans les discours banalisant ou les discours « Y a qu’à », on reste avec soi-même ou avec un vis-à-vis humain. Néhémie n’entre même pas dans le discours, il entre en prière. Il recherche le seul vis-à-vis capable de recevoir son affliction, le seul vis-à-vis capable d’ébaucher des remèdes...

La prière de Néhémie

Néhémie entre en prière... Une prière magnifique qui commence par une invocation, qui se poursuit par une confession des fautes de son peuple, qui s’appuie sur les promesses de Dieu et qui se termine par un cri au secours. Nous allons vivre cette prière tout à l’heure.

J’aimerais simplement commenter la fin de cette prière en forme de supplication : 11 Je t’en supplie, Seigneur, sois attentif à la prière que je t’adresse et que t’adressent aussi tes autres fidèles, qui trouvent leur joie à t’honorer.

Néhémie ne personnalise pas le problème. Il inclut dans son intercession ses frères et sœurs qui prient aussi. Il a conscience de l’enjeu collectif du problème. Il ne se lève pas comme un Zorro solitaire ! Même si c’est lui qui prendra un certain nombre d’initiatives, il le fera toujours en mettant les autres au travail et en partageant les responsabilités.

De la prière à l’action

Il termine sa prière ainsi : Fais réussir les démarches que je vais entreprendre et permets que le roi y réponde avec bienveillance.

On comprend que dans sa prière, Néhémie s’est senti interpellé pour intervenir personnellement.

Il aurait pu en être autrement. Néhémie aurait pu aussi recevoir une parole pour son frère. Je ne pense pas que l’intercession débouche nécessairement sur une action personnelle et directe de notre part. Par contre, je suis persuadé que l’intercession fait changer les choses. Parce que nous nous impliquons personnellement dans la prière, notre cœur est changé, notre regard sur la réalité est différent, nous devenons vecteur de changement.

Dans sa prière, Néhémie a préparé un plan d’action inspiré de Dieu, il demande maintenant et concrètement à Dieu les moyens pour le mettre en œuvre : permets que le roi y réponde avec bienveillance.

Nous verrons dans 15 jours comment Dieu a répondu, comment Dieu a permis la réalisation de ce vaste chantier, nous verrons aussi les obstacles que Néhémie a du surmonter.

d) Conclusion :

En conclusion, j’aimerais vous laissez une image et deux questions : Le fondement des murailles restaurées de Jérusalem sont les larmes de Néhémie, larmes présentées à Dieu en forme d’intercession.

-   Comment réagissons nous aux nouvelles douloureuses, bouleversantes que nous recevons de loin ou de près ? Est-ce que nous nous protégeons ? Ou est-ce que nous nous remettons en question ?

-   Quel est le fondement de notre action ? Y a-t-il place pour la repentance, le discernement et l’intercession ?

Amen

Interlude d’orgue