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Nous ne sommes pas encore dans le Royaume !
Nous ne sommes pas encore dans le Royaume ! C’est une évidence !
Il n’y a qu’à regarder autour de soi.
Pas besoin de dessins. Marée noire de mauvaises nouvelles. A la radio. Dans le journal. La malice des temps, comme on disait autrefois.
La crise financière. Les annonces de licenciements, jours après jours.
Les discours prophétiques de toute sorte qui soulignent les dangers qui menacent notre planète et notre espèce humaine.
Des films catastrophes.
Même l’Eglise n’échappe pas à ce climat. Elle se découvre en marge de notre société. On la sent fragile, parfois désabusée, découragée.
Sans compter les aléas de la vie. Ici la maladie d’un être cher. Là le décès d’un proche.
Décidément, nous ne sommes pas encore dans le Royaume !
Et d’ailleurs ... le Royaume, le Royaume ... on en cause ! Mais ... qu’est-ce que vous entendez par là ?
C’est du patois de Canaan, diront certains ! Une promesse pour des lendemains qui chantent, diront d’autres.
Ou encore une utopie. Un ailleurs forcément meilleur parce que céleste et divin.
Pour Jésus, le Royaume de Dieu surgit simplement là où Dieu règne.
Ni demain ou après-demain. Ni ailleurs. Le Royaume de Dieu est partout là où Dieu règne.
Et s’il y a un lieu, un espace sur cette terre où Dieu est appelé à régner c’est bien en moi. En chacun et chacune d’entre nous. Là où Dieu règne ! Là est son Royaume !
Accepter que Dieu règne dans ma vie. Jésus en parle à ses disciples. Il ne les ménage pas.
Et nous non plus !
« En vérité, je vous le déclare, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume ». Dieu nous appellerait-il à une foi infantile ? J’en doute. Non, Jésus souligne, combien il est difficile à des adultes, comme les disciples et comme vous et moi, d’accepter que Dieu règne dans notre vie. La proposition chrétienne ainsi forumlée semble contraire à tout ce que l’on a appris. A tout ce que l’on nous a appris. La responsabilité ! L’autonomie ! Ne rien devoir à personne.
Rien d’étonnant à ce que nous cherchions à maîtriser notre vie. La planifier. Prévoir, anticiper ce qui pourrait nous arriver. Ne rien lâcher.
Alors lorsque l’Evangile nous invite à accepter que Dieu règne dans notre vie ... ça résiste en nous !
J’en parle en connaissance de cause !
Ma vie entre mes mains ... ça oui ! Mais entre les mains d’une autre, fut-il le tout Autre ... franchement ... ?
J’aime maîtriser ma vie. Et, je n’aime pas ces moments où je sens que je ne maîtrise plus rien. Cette sensation, je l’ai vécue à plusieurs reprises au cours du projet d’échange choral que nous avons mis sur pied avec le Bénin. Lorsque les demandes de recherches de fonds se révélaient systématiquement négatives, mettant en danger la faisabilité du projet. Ou lorsque l’ambassade de Suisse à Accra a notifié qu’elle s’apprêtait à refuser en bloc les visas des chanteurs de la Grande Chorale de Godomey à peine deux semaines avant leur arrivée. Et même après que ceux-ci aient été accordé, nous avons encore plus pris conscience que malgré tout ce que nous avions mis sur pied, nous ne pouvions pas empêcher un béninois de disparaître dans la clandestinité.
Je n’aime pas ces moments où je ne maîtrise plus rien. Au Bénin, ces moments sont monnaies courantes. Un bus qui tombe en panne. Des heures d’attente. Les coupures d’eau et d’électricité.
Et ce n’est encore là qu’un petit échantillon de ce que les béninois doivent endurer quotidiennement parfois pour survivre.
Le Bénin ce n’est pas le Royaume non plus. Seulement l’un des pays les plus pauvre de la planète. Et pourtant ce qui nous a tous frappé au contact des béninois, c’est leur qualité d’accueil. Leur foi joyeuse. Leur espérance.
Quand on pense à la somme des problèmes que doit affronter ce pays. Quand on pense à la précarité au quotidien. On ne peut qu’être frappé, touché par cette foi et cette joie.
Tenez ! Il y a toujours deux offrandes dans le culte.
Rien que ça ... je n’ose pas imaginer nos réactions si l’on introduisait deux offrandes dans le culte.
La seconde offrande - donc - s’appelle « action de grâce ».
Par le don, le fidèle exprime à Dieu sa gratitude pour un accident sans gravité. Une guérison. Un mariage, une naissance. Un travail.
Pour cette offrande, les fidèles se lèvent, défilent, traversent l’Eglise en dansant et en chantant jusqu’à la corbeille dans laquelle ils déposent leur obole.
Les paroissiens se suivent dans leurs boubous colorés. Sourires, fierté, dignité.
Joie de donner alors que la vie est fragile et les ressources précaires.
Le contraste avec l’occident est frappant.
Ici nous avons tout ! Mais paradoxalement nous sommes des familiers de l’insatisfaction. Des coutumiers de l’inquiétude. Des habitués de l’amertume.
Le Bénin ce n’est pas le Royaume. Seulement l’un des pays les plus pauvre de la planète.
Mais les personnes que nous avons côtoyé sont riches d’une joie qui souvent nous manque, ici.
Bien sûr ici nous avons la gaîté des fêtes. Et l’ivresse de la consommation.
Mais cette joie ne s’achète pas. Elle se reçoit, tel un don. Elle vient d’ailleurs.
Cette joie témoigne d’une foi profonde ! La foi d’hommes et de femmes qui se savent entre les mains de Dieu. Et qui croient profondément que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu.
Cette joie est-elle le signe de ceux et celles qui sont entrés dans le Royaume ? A dire vrai je ne sais pas mais ça pourrait bien y ressembler.
Comment ne pas aspirer à cette foi. Comment ne pas désirer cette joie !
En côtoyant mes amis béninois. En les voyant vivre leur foi, je mesure encore tout le chemin que j’ai à parcourir pour que Dieu règne dans ma vie.
DM-échange et mission et l’EPER ont eu raison d’intituler leur campagne d’automne :
« Ensemble pour grandir »
La mission change. Elle se fait échange.
C’est indéniable. J’ai besoin de l’autre pour grandir dans la foi.
Certes l’Eglise protestante méthodiste du Bénin a toujours besoin de notre Eglise pour grandir, mais il faut ajouter et souligner que le besoin est réciproque.
Alors si un jour vous avez l’occasion d’aller en Afrique avec votre paroisse, votre région, pour y rencontrer d’autres chrétiens, n’hésitez pas !
Il est une chose avec laquelle vous rentrerez à coup sûr. Je veux parler d’une soif. Celle d’une foi joyeuse et confiante. Une soif. C’est à la fois peu et beaucoup. Amen
©2004-2012 Paroisse réformée de Morges - Echichens
| màj 25 janvier 2012


