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Méditation sur Hérode

Après Noël, est-ce que le monde a vraiment changé ?

Hérode massacre tous les enfants de Béthléém de 0 à 2 ans. et on entend les cris de Rachel, Rachel femme de Joseph, qui symbolise toutes les femmes d’Israel, et qui a tellement de douleurs, qu’elle ne veut pas être consolée. Les cris de Rachel retentissent.

Voici un récit que tout le monde connaît, mais que personne n’aborde, car c’est le revers de la pièce, le revers de Noël, le revers des réjouissances, le revers l’astuce des mages qui ont déjoué le plan d’Hérode... eh bien non, pas tout à fait.

L’Evangile de Matthieu, qui d’habitude a une objectivité un peu sèche pour nous raconter les histoires, ici, face au massacre des enfants, ne peut s’empêcher de citer le plus passionné des prophète de l’AT pour accréditer ses émotions : il cite le prophète Jérémie, qui dit combien les femmes d’Israel avaient pleuré, lorsque le peuple a été déporté.

Et si on relit le récit de Matthieu, on voit que l’évangéliste ne cite pas ce passage comme une justification, mais simplement pour constater que c’est la même histoire, les mêmes douleurs, au temps de Jérémie et au temps du Christ. Il faut bien comprendre que les enfants d’Israël n’ont pas été assassinés simplement pour confirmer une parole de l’AT. Pas du tout, mais par ce récit, Matthieu fait la constatation que c’est le même monde après Noël qu’avant.

En plus, quand Matthieu raconte ce récit d’Hérode, alors que les autres évangélistes l’ont gentiment omis, Matthieu sait pertinemment qu’après Noël, les hommes vont encore souffrir et que les mères vont encore pleurer leurs enfants. Son récit ne vise pas à faire oublier les souffrances de ce monde, mais une 2e certitude surgit : c’est bien dans ce monde qu’a lieu Noël. Le salut n’a pas atterri dans un conte de fée, mais a pris place dans le vrai monde.

Ca c’est pour Matthieu, maintenant parlons de l’Eglise : L’Eglise a toujours été gênée par ce récit, alors elle a béatifiés ces enfants, les appelant les "saints innocents", comme pour compenser une culpabilité évidente, le fait que : ces enfants sont mort à la place du Christ, de ce Christ qui justement venait pour mourir à la place des hommes. C’est là toute l’ironie de l’histoire

L’Eglise d’alors a essayé de consoler Rachel en disant que ses enfants étaient devenu des anges, mais elle a oublié que Rachel ne voulait pas être consolées, et que rien ne la consolerait jamais !

Donc cette terrible histoire n’est pas une explication théologique qui nous permettrait de comprendre pourquoi, dans ce monde aimé de Dieu, il est possible que les mères soient privées de leur enfant, Ce n’est pas cela, mais je pense que c’est avant tout un constat. Le constat que le monde où Noël a lieu est le même monde qu’hier, avec les mêmes souffrances et les mêmes pleurs.

L’histoire des mages qui commence en beauté, qui pourrait laisser croire que le monde a changé, se terni vite. Et cela ne nous est pas trop difficile à comprendre, car on se souvient des lendemains de Noël, quand les dernières lumières sont éteintes, les derniers sapins ont séchés, et notre monde réapparaît tel qu’il a été .

Et nous voyons Hérode, avec ses exécuteurs. La cruauté existe encore dans notre monde, et Hérode la symbolise bien.

Hérode n’était pas un enfant de coeur, mais par habileté, avant ce 1er Noël, il avait réussi à s’attirer les bonnes grâces d’Israël. Comme un main de fer dans un gant de velours.

Mais à cause de cet enfant, qqc change, il perd toute son habileté, toute sa retenue, et se déchaîne. Comme si une lumière brillait dans les ténèbres, et que les ténèbres se débattaient.

Hérode se déchaîne pq il a compris que cet enfant, c’était sa perte, en tant que tyran. Il a compris qu’avec cet enfant, il allait perdre sa puissance sur la vie et sur le coeur des gens. C’est pourquoi il se déchaîne et montre qui il est vraiment : un homme cruel.

Et c’est bien pourquoi aujourd’hui aussi, tous les Hérode modernes, s’ils font bonne mine au moment de Noël, pourtant se déchaînent bien vite, au lendemain.

Ces Hérode modernes, ces forces, ces idolâtries qui nous tiennent d’une main de fer dans un gant de velours, avant et après Noël. Alors cette angoisse que j’avait chassée au temps de Noël est revenue déjà ...pire, cet argent qu’on avait osé dépenser un peu follement, nous a reconquis et nous a réimposé ses règles dures, et réalistes, ces haines qu’on avait délaissées ont retrouvé leur place, sournoisement, malgré qqes résolutions...

On a l’impression que le monde "après Noël" est exactement le même qu’avant, ou s’il a changé c’est en pire, comme Hérode qui avant Noël était un loup tranquille, mais après Noël, est le loup se déchaîne.

Et bien aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est là, la preuve du vrai changement de Noël, c’est la preuve que tous les Hérode sentent leur couronne chanceler. C’est la preuve qu’il a suffi d’un jour et d’un enfant pour qu’Hérode perde toute retenue. Et comme tous les fous de l’histoire, quand il se sent perdu, il tue de la manière la plus affreuse, comme pour emporter avec lui le plus de monde possible.

Ainsi le personnage d’Hérode montre
-  ce qui n’est pas changé à Noël,
-  et ce qui est changé.

Ce qui n’est pas changé : C’est le même monde, avec les mêmes roi et tyran, avec les mêmes assassinats et injustices.

Mais ce qui est changé, car il y a bien qqc qui est changé, sinon je serais bien pessimiste, j’aurai bien peu de foi, je serais bien païen si je pensais que Noël n’a rien changé !

Ce qui est changé, c’est que ce monde est aussi le monde où qqn est venu, qqn qui dans sa faiblesse même, menace fondamentalement toutes ces puissances et les rend folles.

Et c’est pourquoi Noël n’est pas un salut magique, qui change le monde du jour au lendemain, qui transforme Hérode en mouton. C’est un salut qui arrive, un salut de combat peut-être. Les tyran se déchaînent encore, mais l’espoir est venu que les choses vont changer, que le Royaume arrive, et que mes mains peuvent servir. C’est l’espérance.

On peut bien critiquer Dieu de n’avoir pas fait plus, mais regardons regardons la paille qui est dans notre oeil. Est-ce que moi j’ai changé après Noël ? Est-ce que moi, je suis meilleur qu’avant. Est-ce que mes résolutions j’arriverai à les tenir, est-ce que je suis plus ouvert, plus généreux ?

Là aussi : peut-être qu’on ne se refait pas entièrement d’un seul coup. Peut-être que la venue du Christ, m’a transformé et touché, mais qu’en partie, et pour le reste, j’ai encore gardé tous mes égarements et toutes mes faiblesses.

Alors où a-t-elle brillé, cette lumière de Noël ?

La lumière du Christ brille, et met en évidence qui je suis, avec mes grâces et mes péchés, et s’il est venu naître dans le monde tel qu’il est, il est aussi venu naître dans mon monde, ma personne, tel que je suis. Simple "pécheur-pardonné".

Que le Christ, par son pardon et sa grâce, par son amour que je n’ai en rien mérité, me permette de me sentir pécheur mais pardonné, qu’il me permette de sentir que mon monde intérieur n’est pas parfait, mais que sa lumière a voulu briller dans ce monde là. Alors je sens bien que les tensions sont toujours là, que mes Hérode se déchainent, mais je sens aussi qu’avec la présence du Christ, j’ai la confiance que sa lumière surpassera mes ténèbres.

Le monde après Noël n’a pas changé. Noël n’a servi à rien ? Il faut regarder mieux. Le Christ est venu dans mon monde, par la naissance d’un tout petit, comme dans la faiblesse, et c’est avec cette faiblesse, mais aussi cette humanité, que le monde est en train de changer.

AMEN


Prédication du 28 décembre à Morges et Echichens, Didier Heller