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Marchons ensemble !

Textes de référence : Esaïe 2 (1-5) et Matthieu 5 (13-16)

UNE FOI RATTACHEE AUX AUTRES

Vous les descendants de Jacob, en route ! Marchons ensemble dans la lumière du Seigneur !

Chers amis, j’ai été interpellé tout dernièrement par cet appel du prophète Esaïe. Marchons ensemble ! C’est que, dans la tradition juive, il n’y a pas de foi solitaire. Aux yeux des anciens d’Israël, on ne peut pas croire, tout seul, dans son coin.

Dans l’Ancien Testament, quand on parle de la foi, on parle de la foi du peuple. Et quand on raconte l’histoire de la foi, on raconte l’interminable voyage dans le désert d’un peuple. Et c’est un peuple qui est élu ; pas des individus particuliers. De même que c’est un peuple qui est appelé à transformer le monde ; et non des gens particuliers (dans tous les cas plus après l’épisode de Noé).

Dans la mentalité biblique, le salut n’est jamais personnel. On n’est guéri, sauvé, remis en route qu’avec les autres ; pour les autres...

Quel contraste avec ce qu’est devenu notre foi chrétienne, fortement individualisée ! C’est au Moyen Age que l’on commence à se centrer très fortement sur le salut dont chacun doit se montrer digne, par ses actes et par son comportement. Et aujourd’hui, dans notre protestantisme vaudois, ne s’occupe-t-on pas souvent d’une spiritualité très personnelle ? L’important, c’est que je sois bien et en harmonie avec Dieu, pourrait-on dire... D’ailleurs, de manière générale, dans notre société post-moderne, la foi semble relever plutôt de l’intime que l’on ne questionne pas trop, comme l’on ne pose pas de trop questions aux autres à propos de leur compte en banque ou de leur salaire.

Eh bien, je suis un croyant d’aujourd’hui. Et je crois, pour une bonne part, comme les gens d’aujourd’hui. J’ai l’habitude de prier dans mon coin, de me centrer sur une foi que je voudrais très sincère et, dès lors, forcément très intime. Et je crois à l’importance d’assumer, par ma propre personne, le message du Christ aujourd’hui, et d’apporter l’amour de Dieu aux autres par mon action.

Mais la parole d’Esaïe me travaille. Marchons ensemble... Ma foi ne serait-elle pas un peu autiste ? Ne tournerait-t-elle pas un peu en rond sur elle-même ? Ma foi est-elle réellement rattachée à celle des autres, avec lesquels je vis ? Ou ne fait-elle que croiser la foi des autres sans véritablement faire corps avec elle ?

BESOIN D’UN EFFET

En tout cas, une certitude se fait de plus en plus précise, en moi, ces derniers temps : c’est qu’à long terme, il n’est pas bon de vivre en circuit fermé - y compris dans le domaine de la vie croyante. Notre foi, notre spiritualité, notre amour doivent être comme du levain dans la pâte du monde. Notre foi, notre spiritualité, notre amour doivent apporter à ce monde un plus, permettre une vie meilleure, une vie plus forte. Ne serait-ce que, parce que le Christ, dans chaque épisode de l’Evangile, nous appelle à sortir de nous-mêmes, à aller au-devant des autres et à contribuer très concrètement à l’avancement du Royaume ici-bas.

D’ailleurs, aujourd’hui - et c’est intéressant - dans la pensée occidentale, on a de moins en moins tendance à compartimenter les sphères de la vie ; on s’efforce plutôt de relier les choses les unes aux autres et de les penser en systèmes, où tout interagit sur tout. Ainsi, je crois, que, à l’image des systèmes modernes mais également à la suite d’Esaïe, le temps est venu de nous reposer la question « comment notre foi interagit-elle avec le reste du monde dans lequel nous vivons ».

APPRENDRE A BENIR

Chers frères et sœurs, n’ayez pas peur ; en évoquant une foi qui doit interagir avec le reste du monde, je ne suis pas en train de vous dire que nous devons, à la manière de certaines sectes, partir convertir les autres, unis que nous serions dans une seule et même idéologie homogène que devrions leur faire gober. Je ne suis pas non plus en train de nous inciter à nous faire les apôtres d’une saine morale au sein d’une société qui serait complètement dévoyée. Non, je ne crois pas qu’une idéologie renouvelée ou qu’une morale réaffirmée seraient ce que notre foi en Dieu aurait de meilleur à apporter au monde.

Non, je crois qu’ouvrir notre foi au monde, la faire interagir avec le monde, est d’un tout autre ordre. Je crois qu’intégrer sa foi, aujourd’hui, très simplement mais très concrètement au monde, consiste d’abord à bénir. Bénir, dire du bien, encourager, révéler ce qu’il y a de bon et de beau dans cette existence et dans les personnes de ceux et celles que nous rencontrons.

Des paroles et des gestes qui bénissent... N’est pas ce qui manque le plus à l’homme d’aujourd’hui ? Précipité dans un monde toujours plus complexe, où la lutte pour les places au soleil est de plus en plus cruelle, où les travailleurs doivent se reconvertir sans cesse, sans être sûrs cependant de garder leur emploi... l’homme moderne manque de paroles qui lui rappellent sa valeur et sa dignité.

Et si beaucoup de jeunes sont déboussolés et bien des adultes plus âgés déprimés, n’est-ce pas à force de n’entendre résonner à leurs oreilles que des messages d’exigence ; d’exigence et encore d’exigence ; et de découragement aussi, de chômage, d’absence d’avenir... et non pas des messages d’amour dont ils auraient tant besoin pour se relever ou se reprendre en mains.

Bénir... Bénir, c’est le propre de la foi. Il n’y a que la foi qui puisse continuer à bénir aujourd’hui ... Une foi qui continue à percevoir la valeur des enfants de Dieu, même lorsque ceux-ci perdent pied. Une foi qui continue à percevoir l’amour que Dieu continue à porter à chacun, même lorsque l’amour-propre a disparu. Une foi qui sache espérer encore et toujours que l’humanité vaincra sur l’argent et le pouvoir, comme le Christ l’a espéré, alors qu’il était lui-même plongé au cœur de la vie humaine.

Se faire bénissante, c’est certainement la manière la plus forte et la plus adéquate dont la foi peut apporter aujourd’hui sa contribution à la vie du monde et de ses habitants.

À L’IMAGE DU SEL

Vous êtes le sel de la terre, dit Jésus à ses contemporains. Soyez le sel de ce monde. Soyez comme du sel pour ceux qui vous entourent.

Le sel, c’est une très belle image pour parler de la bénédiction... Au premier abord, le sel, c’est bien sûr ce qui donne du goût aux aliments. Mais, à y voir de plus près et de manière plus subtile, le sel, c’est plutôt ce qui révèle le goût qui est propre aux aliments. Le sel, c’est ce qui met en évidence, ce qui met en valeur, ce qui libère les saveurs particulières que les aliments renfermaient déjà préalablement.

Bénir à l’image du sel, c’est bel et bien révéler à l’autre la richesse de sa personne, la saveur la dignité inaltérable de son être... et lui donner l’occasion ainsi de se remettre en marche, et de vivre en conséquence de la saveur qui lui a été donnée.

MARCHONS ENSEMBLE

Vous les descendants de Jacob, en route ! Marchons ensemble dans la lumière du Seigneur !

L’appel d’Esaïe retentit encore et toujours dans ma tête. Marchons ensemble ! Et cet appel me donne envie de faire sortir ma foi de l’intimité dans laquelle elle se cache pour la mêler à la vie du monde. Pour la rendre active et créatrice, source d’un changement ressenti à plus large échelle que ma petite personne.

Alors, j’ai envie de me faire bénissant, attentif à quiconque croise le chemin de ma vie. Et de le faire bénéficier du regard positif que me donne ma foi. Mais j’ai envie également que l’Eglise soit le lieu où je puisse développer ce regard, cette capacité de bénir... où nous puissions tous, nous aider réciproquement à développer ce regard, le regard d’amour et d’encouragement que le Christ lui-même a posé sur les hommes et les femmes de son temps.

Car collaborer à la transformation du monde ne peut être l’affaire d’individus séparés, repliés chacun dans sa petite vie intérieure. C’est l’affaire d’une communauté, à l’image du peuple d’Israël... Une communauté de croyants qui, même s’ils ne vivent pas ensemble tous les jours, même s’ils ne croient pas forcément tous exactement de la même manière, se sentent au moins solidaires les uns des autres, en communion les uns avec les autres, en pensée les uns avec les autres sur un chemin semblable de bénédiction du monde.

Travaillons, dans nos cultes, nos rencontres et nos activités d’Eglise... ainsi que partout où c’est possible ; dans nos communautés familiales ou associatives... travaillons à cette solidarité-là. La solidarité des hommes et des femmes de bonne volonté qui rappellent à l’humanité sa dignité.

Amen


Nicolas Besson, 16 octobre 2005

 

 

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