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Les obstacles à l’amour du prochain (G. Kobi)
Lecture biblique 1 : Luc 10, 25 à 37 Lecture biblique 2 : Lévitique 19, 17 et 18
Prière
J’ai demandé la force
et tu m’as donné des difficultés
afin de me rendre fort.
J’ai demandé la sagesse
et tu m’as donné
des problèmes à résoudre.
J’ai demandé la prospérité
et tu m’as donné
une intelligence et un corps
pour travailler.
Je t’ai demandé du courage
et tu m’as donné
du danger à surmonter.
J’ai demandé de l’amour
et tu m’as donné
des personnes en difficulté à aider.
J’ai demandé des faveurs
et tu m’as donné des occasions favorables.
Je n’ai peut-être rien reçu
de ce que je demandais ;
mais j’ai reçu tout ce dont j’avais besoin
pour vivre et pour aimer.
Prédication
Une véritable course d’obstacles. 1. Quel est l’obstacle du premier passage, le plus connu ; présenté par Jésus avec sa parabole de l’inconnu blessé ? C’est, je crois, une difficulté qui se loge au coeur de nous-mêmes. Un 1er obstacle que l’interlocuteur de Jésus présente sous la forme d’une question polémique. "Aime ton prochain comme toi-même", bon d’accord. Mais qui est mon prochain ? qui ? Le prochain, ce n’est tout-de-même pas n’importe qui ? Sois plus précis, Jésus. Tu veux des précisions ? alors les voici !... Et c’est la " parabole de l’inconnu blessé ", laissé à moitié mort au bord de la route, baignant dans son sang. Plutôt qu’une réponse théorique qui n’engage à rien parce qu’elle reste dans la tête, Jésus, à son habitude, présente une situation concrète. Il met en scène, à la suite de cet anonyme blessé par des brigands de grands chemins, trois personnages. Deux religieux de Jérusalem - on pourrait tout aussi bien dire de Rome ou de Lausanne... - et un étranger de Samarie - Juifs et Samaritains se détestent. Les deux premiers, malgré - ou plutôt à cause - de leur pratique religieuse évidente, professionnelle : ils passent outre, ils se lavent les mains ; mains... qu’ils doivent absolument garder propres pour le service du culte qui les attend. Bon ! Dramatique pour le blessé, mais c’est comme ça. N’y voyez pas de jugement : pour Jésus c’est un froid constat. Et le Samaritain, voyageur connaissant les dangers de ces routes qu’ils fréquentent par métier, le Samaritain ne fait qu’une chose, qu’un geste dont tout le reste dépend. Au contraire des deux voyageurs précédents, il s’approche ; il se fait proche. Et tire sans hésiter toutes les conséquences pratiques de ce premier geste déterminant. Allant jusqu’à payer non seulement les frais, mais jusqu’à promettre de payer les éventuels surplus. Cette fois, le blessé est sauvé. Cette proximité, c’est pour lui ni plus ni moins le salut, la vie sauve.
Et alors Jésus de nous retourner subtilement la question qui est en nous ; parce qu’il est bel et bien en nous, le premier obstacle. Non plus : "aimer mon prochain, d’accord, mais qui ? tout-de-même pas n’importe qui ?..." Non ; mais la seule question qui compte devant un blessé : tu t’approches ? tu t’approches pas ? de qui es-tu toi le prochain ? toi qui poses la question : de qui te fais-tu proche ? Etant bien entendu, si nous respectons la parabole de Jésus, que le prochain qui nous attend sans le savoir, qui aura besoin de nous, de notre proximité à nous, c’est un illustre inconnu, c’est n’importe qui : un blessé au détour de notre chemin, au prochain contour, ici peut-être en sortant de cette église... Nous ne choisissons jamais le prochain. Il n’y a donc pas de réponse à la question : qui est mon prochain, parce que ce n’est pas le vrai problème, pour Jésus. Nous ne pouvons jamais choisir nous-mêmes le prochain qui nous convient. Mais par contre, c’est toujours nous qui choisissons de nous approcher, de nous faire le prochain de l’autre, d’être proche... ou de garder la distance, de nous éloigner... comme le prêtre et le lévite.
2. Le deuxième obstacle, que nous lisons dans le livre du Lévitique - le Lévitique fait partie des 5 premiers livres, 5 livres de base de l’Ancien Testament - le deuxième obstacle est nettement moins connu dans le texte ; et pourtant tout aussi essentiel dans la vie courante et la pratique exigeante de l’amour du prochain. Je dois avouer que c’est un couple et Marie Balmary qui m’ont obligé un jour à mettre le doigt dessus. Pour plus de clarté, je vous relis les versets 17 et 18 du chapitre 19 :
“ Tu n’haïras pas ton frère délibérément. Mais tu n’hésiteras pas à faire des reproches à ton compatriote pour ne pas commettre une faute envers lui. Renonce à la vengeance. Ne garde pas rancune envers les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur ton Dieu “.
Ici, l’obstacle ne se trouve plus dans la question de savoir qui est vraiment mon prochain, puisque le texte admet que cela va de soi. Le prochain ici est le plus proche : le conjoint, le compatriote, le membre du peuple de Dieu. Ce n’est donc pas l’inconnu de la parabole. Mais alors, dans cette relation de proximité quasi naturelle, affectueuse même, arrive un nouvel obstacle tout aussi courant et naturel : la nécessité du reproche. Parce que - vous le savez bien pour l’expérimenter chaque jour - la proximité va forcément aboutir à des frottements, à des malentendus, à des tensions, à des affrontements, voire à des affronts ; et finalement, un jour ou l’autre, à des blessures... Parce que la proximité va forcément aboutir à cela, qu’est-ce qui s’impose alors dans la pratique nécessaire, fondamentale de l’amour du prochain comme de soi-même ? La pratique du reproche. En d’autres termes, lorsque mon prochain, si proche, m’a blessé, m’a fait du mal, ne pas cèder à la haine qui détruit l’amour ; renoncer à la vengeance qui ne fait qu’ajouter le mal au mal - "Oeil pour oeil, dent pour dent"... nous n’aurons finalement que des aveugles et des muets sur la terre... Mais aussi, clairement sous-entendu, ne pas étouffer le problème, ne pas l’éviter, ne pas cacher le mal commis, ne pas se réfugier dans le silence qui nous rend complice du mal. Ne pas se taire... Mais pratiquer le reproche. Reprendre, corriger son frère, sa soeur, son conjoint, son ami, son enfant, son père, sa mère... Et vous comprendrez très bien la raison si je vous dis que dans le mot même, ce reproche nécessaire au maintien de la proximité dans l’amour quand le mal a été commis, dans ce mot il y a en fait "re-proche" : à-nouveau-proche ! Et si vous consultez votre dictionnaire étymologique, vous constaterez que je ne fais pas un jeu de mots. " Proche, prochain et proximité " viennent tous d’un mot latin du moyenâge : prope, près. Pratiquer le reproche - quand il est justifié - c’est garantir de rester proche, expression de l’amour du prochain comme le pratique concrètement le Samaritain de la parabole, plutôt que de prendre ses distances et finalement s’éloigner en silence, laissant ainsi le fossé se creuser de lui-même. Ne pas faire de reproche en subissant silencieusement le mal, en encaissant les coups sans rien dire, par peur du conflit, des ennuis, c’est s’éloigner, passer outre, donc peu à peu se séparer de l’autre qui nous a blessé. Le mal est fait, subi ; non réparé, il ne disparaît pas, vous le savez bien ; mais le mal fait son chemin à l’intérieur, au point de nous empoisonner la vie, les relations, et les meilleures ; et de nous conduire en fin de compte, à régler nos comptes, à rendre à la prochaine occasion le mal pour le mal, d’une manière ou d’une autre. En fait, pratiquer le reproche - le re-proche - dans l’amour du prochain, l’amour du "tout proche", c’est nommer le mal pour l’éliminer, l’empêcher de détruire la relation de proximité qui est en moi d’abord. Pratiquer le reproche, c’est choisir de rester proche, tout près..
3. Et c’est bien là alors que nous rencontrons le troisième obstacle à l’exercice élémentaire et quotidien de l’amour du prochain ; l’obstacle le plus redoutable sans doute. "Vous avez appris qu’on a dit : "Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi". Mais moi Jésus, je vous dis : "Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous font souffrir". Non seulement pratiquer à l’égard de son ennemi le reproche, mettre le doigt sur le mal subi ou commis, mais prier pour celui, pour celle dont nous sommes séparés par la haine. Exercer coûte que coûte la dernière proximité possible, la dernière approche à la portée de notre coeur : la prière pour l’ennemi, pour le haineux. Et non pas bénir son adversaire pour qu’il se convertisse - ce n’est pas en mon pouvoir ; mais pour que je reste, moi, décidément moi proche de lui, ancré dans l’amour du prochain. Car si je suis le chemin du Christ, je ne peux pas en sortir, de l’amour du prochain ; il se pratique coûte que coûte...
1. L’amour de l’inconnu blessé... que je vais rencontrer au hasard de ma route ; 2. l’amour du blessant... mon proche qui m’a fait du mal ; 3. l’amour de l’ennemi... de celui, de celle qui me hait et met ma vie en danger.
4. Dans les textes bibliques fondamentaux, l’amour du prochain n’est jamais enrobé de sucre ni emballé dans un papier de douceur ou d’illusion. Mais l’invitation solennelle à aimer notre prochain, quel qu’il soit, quoi qu’il fasse, comme nous-même, est chaque fois située dans un contexte de danger et de violence. Danger de mort pour l’inconnu sérieusement blessé, danger de séparation pour les conjoints, les membres d’une famille, danger de haine pour l’ennemi... Ces 3 passages bibliques qui s’unissent pour demander inconditionnellement l’amour du prochain comme de soi-même illustrent ainsi chacun un obstacle à cet amour, une fermeture possible, fermeture dans laquelle nous sommes si souvent, à commencer par la simple fermeture de l’indifférence.
Attention ! Ces textes sont là non pas, je crois, pour nous écraser, ou nous dissuader d’aimer vraiment ; mais pour nous appeler à franchir ces obstacles, grâce à Dieu.
"Je peux parler les langues des hommes et celles des anges. Mais si je n’aime pas les autres, je ne suis qu’une cloche qui résonne... Je peux avoir le don de parler au nom de Dieu, je peux comprendre tous les mystères et posséder toute la connaissance ; je peux avoir une foi assez grande pour déplacer les montagnes. Mais si je n’aime pas les autres, je ne suis rien".
1 Corinthiens chapitre 13, versets 1 à 3
Georges Kobi, pasteur 1400 Yverdon-les-Bains



| màj 4 juillet 2010 |