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Le malentendu du dimanche de Pâques

Il y a qqc d’affolant dans le récit d’Emmaüs. Ces deux hommes qui peuvent cheminer à côté de Jésus, et qui n’ont pas la moindre idée de son identité.

Ces deux hommes qui peuvent l’écouter dans ses explications et ses conseils, qui peuvent le supplier de rester avec eux à l’auberge, et qui n’ont pas la moindre idée de son identité.

Comme dans un film, on voudrait pouvoir crier au héros : Attention derrière toi ! Et ici : regardez, c’est Jésus ! Mais, nos deux héros restent sourds et aveugles.

Et pourquoi ces deux disciples ne sont pas comme les tous autres ! Comme Marie et ses compagnes, comme Pierre et Jean, comme tous ceux qui ont immédiatement compris et cru ?

Excusez-moi. J’ai employé des mots inadéquats. J’ai dit que tous ces autres avaient « immédiatement compris et cru ». Sur quoi est-ce que je me base pour poser affirmation pareille ?

Ne suis-je pas en train de toucher du doigt, ce qu’on pourrait appeler le malentendu du dimanche de Pâques ?

Il n’y a pas que les disciples d’Emmaüs qui sont en route, Mais ils sont aussi sur la route, les chrétiens de ce dimanche de Pâques, et nous les 1ers. En route, non plus seulement comme autrefois, entre Jérusalem et Emmaüs, mais entre des questions ... et des réponses qui tardent à venir, En route entre des doutes ...et une foi qui tarde à s’affermir,

en route entre un deuil ..et une consolation qui tarde à apporter son apaisement.

Ils sont en route les chrétiens de ce dimanche de Pâques (et nous en faisons partie), et ils se comparent à ceux de l’Evangile, en ayant l’impression que tout a été assez mal réparti :

Du côté de l’Evangile, il y a tous les privilèges, toutes les chances, toutes les facilités à croire, et du côté de notre temps, il y a le problème de la distance, de ne plus pouvoir toucher, croiser ou entendre Jésus ressuscité pour nous aider à croire. Il y a comme un déséquilibre entre les chrétiens de l’an 30, et les chrétiens de l’an 2009.

C’est ce que j’appelle le malentendu du dimanche de Pâques !

Ecoutons, la 1ère nouvelle que les 4 Evangiles s’accordent à dire :

Les disciples du lendemain de la Pâques n’ont rien de héros, et nous nous trompons atrocement lorsque nous nous imaginons que leur foi est née sans peine et sans lutte.

Il suffit de reprendre les nom qui nous viennent à l’esprit : Marie. Nous donne-t-elle l’image d’une foi lumineuse ? Voyons ! le dimanche, elle pleure toutes les larmes de ses yeux, et lorsqu’elle se trouve en face du Christ , elle le prend pour le jardinier.

Pierre. Donne-t-il l’exemple d’un croyant solide ? Voyons ! Il court au tombeau vide, et revient « tout surpris », ce n’est pas tout à fait glorieux.

Et enfin les disciples, est-ce qu’ils y croient tout de suite à l’annonce de ces nouvelles ? Voyons ! En une phrase tout est dit : « ils leur font l’objet d’une rêverie ! ».

C’est bien là que réside ce malentendu du dimanche de Pâques : Personne n’y croit, instantanément, et simplement parce que cela a eu lieu.

Et à qqes jours du tombeau trouvé vide, l’Eglise du 1er siècle et l’Eglise du XXIe siècle sont véritablement côte à côte. Tels deux disciples d’Emmaüs conjuguant leur foi à l’imparfait et disant : « et nous, nous espérions qu’il était celui qui devait libérer Israël. »

Ainsi, c’est dans ce climat où rien n’est facile à croire, qui est le même au Ier et au XXIe siècle, que retenti la célèbre phrase qui éclaire tout le chapitre : « Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent ».

Cette phrase n’est pas la propriété des disciples d’Emmaus, mais, pour notre joie et pour notre espérance, cette phrase est la propriété de tous les croyants, du Ier jusqu’au XXIe siècle en tout cas.

Elle contient la clé du mystère de Pâques : « Alors leur yeux s’ouvrirent ». Et pour tous, sans exception, il y ce mot petit en grec( à peine deux lettres : delta -epsilon), mais grand en mouvement, qu’on traduit par « alors », qui indique juste le déclic. Le déclic qui permet de croire à la résurrection.

Le déclic de Marie : le tombeau vide ne suffit pas à sécher ses larmes. Mais il suffira que le soi-disant jardinier appelle Marie par son nom, pour que ses yeux s’ouvrent.

Le déclic de Pierre. Il lui faudra le temps de retourner à son ancien métier, il lui faudra une nuit de pêche infructueuse, il lui faudra le triple et célèbre « m’aimes-tu ? » pour que ses yeux s’ouvrent et qu’il connaissent Pâques, des semaines après le 1er matin de la Résurrection.

Et pour Paul, son déclic devra attendre des mois, jusqu’à ce que Pâques éclate dans sa vie, sur le chemin de Damas. Ses yeux étaient aveugles, et ils se sont ouverts.

Le Christ est auprès de Marie avant qu’elle ne le reconnaisse. Il est face à Pierre avant qu’il ne croie. Il s’occupe de Paul avant qu’il ne s’en doute. Il chemine avec les disciples d’Emmaüs avant que leurs yeux s’ouvrent. Pâques n’est pas donné devant le tombeau, mais plus tard, dans la vie quotidienne.

Et pour nous aussi, ce n’est pas forcément en nous tournant vers l’événement d’il y a 2000 ans que nos yeux s’ouvrirons, et en nous forçant à croire à cette résurrection complètement incroyable.

...LENT mais Pâques est peut-être donné en fermant les yeux pour laisser se dérouler le film d’une vie très actuelle.

-  Marie, est une femme qui découvre son Seigneur à travers ses larmes, pq telle était sa vie, sur le moment.

-  Pierre, est un homme qui découvre son Seigneur à l’intérieur de son métier, pq c’est ce qu’il faisait d’habitude.

-  Thomas, découvre son Seigneur à travers son doute, car il se posait toujours des questions.

-  et Paul découvre son Seigneur à travers les persécutions qu’il organise. C’est terrible, mais c’est là sa vie courant dans laquelle le Christ est venu le rencontrer.

Et pour nous, il faudrait que nous puissions également voir dans nos vie ce qu’elles ont de parfaitement humain, de parfaitement commun et banal, et les regardions telles quelles, sans rien y changer, sans rien camoufler, telle qu’elle font pleurer, travailler, ou persécuter.

Et qu’alors ces questions, très simplement viennent frapper à notre porte :

Comment se fait-il qu’à cause d’un être au monde, mon mari, ma femme, mon enfant, comment se fait-il que j’aie cette volonté d’être meilleur, ce désir de ne gâcher aucune minute qui m’est donnée à côté d’eux ? Quelqu’un marcherait-il donc mystérieusement au milieu de nous ?

Comment se fait il que ce travail que j’ai parfois envoie de laisser tomber, comment se fait-il qu’inlassablement je le recommence pour refaire ce qui est défait, pour corriger ce qui est manqué ? Quelqu’un marcherait-il donc mystérieusement au côté de mes efforts ?

Comment se fait-il que cette épreuve... dont j’ai dit mille fois qu’elle était insupportable, comment se fait-il que je la supporte bel et bien, jour après jour, et qu’elle ne parvienne pas à me terrasser ? Quelqu’un marcherait-il donc mystérieusement à mes côtés, dans ma solitude ?

Comment se fait-il que rien de tout ce que je peux avoir déjà vécu n’ait réussi à m’arrêter, que j’aie toujours envie d’aller de l’avant, de chercher, d’être curieux, de vivre ? Comment se fait-il miracle parmi les miracles, qu’à certaines heures privilégiées et rares, la mort même puisse m’apparaître comme déjà vaincue, comme déjà engloutie ? Quelqu’un marcherait-il donc mystérieusement à mes côtés ? Alors leurs yeux s’ouvrirent.

Deux hommes cheminent côte à côte, comme toute à l’heure. Le sens de leur marche, toutefois a changé. C’est maintenant d’Emmaüs à Jérusalem qu’ils s’en vont, vers les autres, vers la vie qui continue. Et pourtant ils sont devenus d’autres hommes, leurs yeux se sont ouverts.

Alléluia


Textes : Ezéchiel 34.11-16 1 Pierre 2.4-10 Luc 24.13-32

Prédication du 12.04.2009/Jour de Pâques

Pasteur : Didier Heller