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Le bonheur : souviens-toi !
Culte du dimanche 19 août 2007, texte : Deutéronome 8, 7-20
Textes (TOB) Deutéronome 8,7-20
7 Le SEIGNEUR ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources, d’eaux souterraines jaillissant dans la plaine et la montagne, 8 un pays de blé et d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d’huile d’olive et de miel, 9 un pays où tu mangeras du pain sans être rationné, où rien ne te manquera, un pays dont les pierres contiennent du fer et dont les montagnes sont des mines de cuivre. 10 Tu mangeras à satiété et tu béniras le SEIGNEUR ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné. 11 Garde-toi bien d’oublier le SEIGNEUR ton Dieu en ne gardant pas ses commandements, ses coutumes et ses lois que je te donne aujourd’hui. 12 Si tu manges à satiété, si tu te construis de belles maisons pour y habiter, 13 si tu as beaucoup de gros et de petit bétail, beaucoup d’argent et d’or, beaucoup de biens de toute sorte, 14 ne va pas devenir orgueilleux et oublier le SEIGNEUR ton Dieu. C’est lui qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ; 15 c’est lui qui t’a fait marcher dans ce désert grand et terrible peuplé de serpents brûlants et de scorpions, terre de soif où l’on ne trouve pas d’eau ; c’est lui qui pour toi a fait jaillir l’eau du rocher de granit ; 16 c’est lui qui, dans le désert, t’a donné à manger la manne que tes pères ne connaissaient pas, afin de te mettre dans la pauvreté et de t’éprouver pour rendre heureux ton avenir. 17 Ne va pas te dire : « C’est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité », 18 mais souviens-toi que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui t’aura donné la force d’arriver à la prospérité, pour confirmer son alliance jurée à tes pères, comme il le fait aujourd’hui. 19 Et si jamais tu en viens à oublier le SEIGNEUR ton Dieu, si tu suis d’autres dieux, si tu les sers et te prosternes devant eux, je l’atteste contre vous aujourd’hui : vous disparaîtrez totalement ; 20 comme les nations que le SEIGNEUR a fait disparaître devant vous, ainsi vous disparaîtrez, pour n’avoir pas écouté la voix du SEIGNEUR votre Dieu.
Introduction au message : Saviez-vous que nous sommes les plus heureux du monde ? Que les Suisses sont classés au top des statistiques du bonheur ?
Personnellement, je retenais que la Suisse était bien classé de part son taux de suicides...
Par une lecture, j’ai découvert que l’économie s’intéressait au bonheur des individus et que nous avions un professeur à l’Uni de ZU, Bruno Frey, spécialiste de l’économie du bonheur. L’économie s’intéresse à une question traditionnellement réservée à la philosophie.
Bien sûr, ces recherches ont aussi des finalités commerciales, mais la démarche est intéressante.
Ces professeurs de l’économie du bonheur tentent, avec modestie, en reconnaissant les limites de leurs outils, de mesurer le bonheur des individus et d’en tirer des statistiques nationales.
Pour mesurer le bonheur, 4 facteurs sont traditionnellement retenus :
1/ Les propriétés personnelles /traits de caractères (génétique : ressources personnelles pour envisager la vie)
2/ Les facteurs socio-démographiques (les relations familiales, professionnelles,...)
3/ Les facteurs économiques (richesse / pauvreté)
4/ les facteurs institutionnels : qualité des services et de organes politiques (la démocratie, capacité à pouvoir se prononcer)
En passant, il est intéressant de noter que le facteur de la foi, de la croyance est relevé par ces études. Les personnes croyantes apparaissent plus heureuses que les autres, parce qu’elles ont un sens à leur existence et c’est un facteur important...
Ces spécialistes viennent d’ajouter un nouvel indice de mesure qui montre toute la relativité du sujet. On peut aussi mesurer le bonheur d’un pays ou d’un individu selon le regard qu’il porte sur les autres, par comparaison.
Selon cet indice, sur 95 pays, la Suisse se positionne en deuxième place après le Danemark. Donc quand les Suisses se comparent à leurs voisins, ils ne les envient pas, ils sont satisfaits de leur situation...
Intéressant ! Maintenant, qu’en dit la bible ? Selon quels indices peut-on mesurer le bonheur ? Quel regard la bible porte-t-elle sur la prospérité ? La vision du Deutéronome apporte quelques pistes de réponses...
La semaine prochaine, j’aimerais revenir sur ce même thème, en posant la question du mouton noir. Peut-être que moi votre attention a été attirée par les affiches de l’initiative de l’UDC. Après une première réaction négative, je m’interroge sincèrement : Le bonheur et la sécurité d’un pays peut-il, doit-il passer par l’exclusion de ses membres les plus dérangeants ?
1/ Le bonheur selon le Deutéronome
Quels sont les indices du bonheur dans le Deutéronome ?
a) La pratique fidèle de la loi
« 11 Garde-toi bien d’oublier le SEIGNEUR ton Dieu en ne gardant pas ses commandements, ses coutumes et ses lois que je te donne aujourd’hui. » Cet appel à garder les commandements est constant dans le Deutéronome et toute la Bible !
Au chapitre 6, il est très explicite : 1 Voici le commandement, les lois et les coutumes que le SEIGNEUR votre Dieu a ordonné de vous apprendre à mettre en pratique dans le pays où vous allez passer pour en prendre possession, ... 3 Tu écouteras, Israël, et tu veilleras à les mettre en pratique : ainsi tu seras heureux, et vous deviendrez très nombreux, comme te l’a promis le SEIGNEUR, le Dieu de tes pères, dans un pays ruisselant de lait et de miel. L’avenir, la prospérité, le bonheur d’Israël dépend de sa fidélité à Dieu et celle-ci passe par la pratique fidèle et exclusive des commandements donnés par Dieu à Moïse. Voilà le premier indice ! Notre capacité à écouter et à mettre en œuvre le projet de vie qui régit les relations entre Dieu et nous et entre nous et les autres !
b) La prospérité
La prospérité matérielle est ici abondamment décrite et valorisée : Après le désert, la terre promise contraste en richesses et en abondances : 7 Le SEIGNEUR ton Dieu te fait entrer dans un bon pays, un pays de torrents, de sources, d’eaux souterraines jaillissant dans la plaine et la montagne, 8 un pays de blé et d’orge, de vignes, de figuiers et de grenadiers, un pays d’huile d’olive et de miel,...
Cette abondance matérielle est reconnue comme un facteur de bonheur positif : 10 Tu mangeras à satiété et tu béniras le SEIGNEUR ton Dieu pour le bon pays qu’il t’aura donné.
Cette prospérité est d’abord un don de Dieu : c’est toujours Dieu qui donne. De même que Dieu à pourvu dans le désert, de même c’est lui qui donne Canaan. Cette prospérité est aussi l’occasion d’une louange : elle conduit le croyant à bénir Dieu.
c) La reconnaissance de l’action de Dieu
Mais attention, cette même prospérité peut devenir source de malheur si elle n’est pas expressément rattachée à Dieu !
14 ne va pas devenir orgueilleux et oublier le SEIGNEUR ton Dieu.
17 Ne va pas te dire : « C’est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité »,
Ces deux avertissements résonnent clairement au milieu de ce texte, ils en sont la charpente.
Le premier est fondé sur le passé :
14 ne va pas devenir orgueilleux et oublier le SEIGNEUR ton Dieu. C’est lui qui t’a fait sortir du pays d’Egypte, de la maison de servitude ; 15 c’est lui qui t’a fait marcher dans ce désert grand et terrible peuplé de serpents brûlants et de scorpions, terre de soif où l’on ne trouve pas d’eau ; c’est lui qui pour toi a fait jaillir l’eau du rocher de granit ; 16 c’est lui qui, dans le désert, t’a donné à manger la manne que tes pères ne connaissaient pas, afin de te mettre dans la pauvreté et de t’éprouver pour rendre heureux ton avenir.
Le second est tourné vers l’avenir :
17 Ne va pas te dire : « C’est à la force du poignet que je suis arrivé à cette prospérité », 18 mais souviens-toi que c’est le SEIGNEUR ton Dieu qui t’aura donné la force d’arriver à la prospérité, pour confirmer son alliance jurée à tes pères, comme il le fait aujourd’hui.
On comprend que le piège est de s’approprier cette prospérité. C’est l’orgueil, c’est l’humain rebelle dressé dans son autosatisfaction. Je suis l’auteur de ma prospérité et de mon bonheur ! Comment parlons-nous à nos enfants et petits enfants : « Tu vois fiston, si je suis arrivé là, c’est à la sueur de mon front ! Le travail, j’te dis ! » « Ce chalet, c’est moi qui l’ai construit : de la première dalle, jusqu’à la dernière tuile que tu vois là-haut ! » La conséquence de cet orgueil est l’absence de Dieu, la séparation, comme Adam et Eve, exclu du Jardin d’Eden.
Le chapitre 8 se termine avec cette menace :
19 Et si jamais tu en viens à oublier le SEIGNEUR ton Dieu, si tu suis d’autres dieux, si tu les sers et te prosternes devant eux, je l’atteste contre vous aujourd’hui : vous disparaîtrez totalement.
La disparition, l’anéantissement est la conséquence de l’oubli de Dieu. Ecarter Dieu de sa mémoire, de sa conscience de soi, de sa réalité quotidienne, ne plus lui adresser notre reconnaissance, c’est se séparer de Lui et s’égarer, se perdre... jusqu’à disparaître.
Le bonheur est donc moins lié à la prospérité qu’à la reconnaissance de son origine : Dieu. Je suis heureux non pas parce que je suis riche, mais parce que je reconnais que tout vient de Dieu et qu’il a le pouvoir de me combler. L’enjeu est dans le lien de confiance qui nous unit à Dieu. La différence est grande ! Dans cette approche, nous pouvons vivre heureux également dans le dénuement, dans le désert ! Car dans le dénuement aussi nous savons que Dieu pourvoit !
2/ Faire mémoire
Comment activer les indices du bonheur et éviter l’orgueil ?
J’aimerais souligner l’importance de faire mémoire.
L’appel à ne pas oublier revient 14 fois dans le Dt et l’appel à se souvenir revient 12 fois. « N’oublie pas ! Souviens-toi ! Reconnais !... » Que nous avons la mémoire courte ! Combien les tracas quotidiens étouffent la confiance...
Le boulot de Dieu n’est franchement pas facile ! Comme à des enfants, il ne cesse de nous rappeler ce qu’il a fait pour nous et ses promesses...
Et Jésus a fait de même : Aux disciples qui s’inquiètent parce qu’ils ont oublié de prendre du pain, Jésus leur rappelle qu’ils viennent d’être témoins de deux multiplications de pains ! On sent même une pointe d’agacement dans les questions de Jésus : « Pourquoi discutez-vous parce que vous n’avez pas de pain ? Ne comprenez-vous pas encore ? Ne saisissez-vous pas ? Avez-vous l’esprit bouché ? Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles, n’entendez-vous pas ? Ne vous rappelez-vous pas ... »
Certains parmi vous font des exercices, des jeux pour entretenir une mémoire active ! Pour entretenir notre foi et notre confiance en Dieu, nous devrions faire de même... Nous rappeler ce que Dieu a fait pour nous, les réponses à nos prières, les cadeaux, les signes d’encouragement,... Relisons notre histoire avec un regard neuf, souvenons-nous de nos traversées de désert...
Dans le passé, mais aussi dans notre quotidien... Qu’ai-je à raconter des bénédictions de Dieu aujourd’hui ? Quels sont les derniers signes que je puis rapporter autour de moi ? Pas pour en tirer une autre forme d’orgueil, en disant, « Voyez comme je suis spirituel ! Voyez ma foi ! » Non précisément pour rendre honneur à Dieu... Alors, tout change, l’éclairage est différent, le témoignage est vrai et le discours est plus humble : « Tu vois fiston, si je suis arrivé là, c’est à la sueur de mon front ! Et c’est Dieu qui m’a donné sans cesse la force et la volonté pour le faire. » « Ce chalet, c’est moi qui l’ai construit : de la première dalle, jusqu’à la dernière tuile que tu vois là-haut ! Mais attention, grâce à la bonne santé et les moyens pratiques et financiers que Dieu ma donné. »
Prescription pour des exercices pratiques pour garder la mémoire des bienfaits de Dieu :
la louange : ces chants qui nous aident à dire merci, à cultiver un esprit de reconnaissance. A l’Eglise, chez soi en écoutant des CD,...
la prière communautaire ou individuelle, occasion pour énumérer les bontés de Dieu...
une discipline de chaque instant, pour refuser les pensées ou les conversations qui nous enferment dans la spirale du pessimisme et de la lamentation.
Apprenons aussi à dire merci, aux autres, à Dieu, aussi souvent que possible.
Conclusion :
Pour le croyant, l’indice de bonheur est moins ce que nous possédons, notre prospérité que notre capacité à en reconnaître la source, l’origine. Notre bonheur, notre joie, notre paix sont étroitement liés à la reconnaissance des bontés de Dieu. L’orgueil tue cette reconnaissance, écarte Dieu de notre perception de la vie et du bonheur. Ce même bonheur se vide de sa substance, à court terme, nous sommes condamnés à la disparition...
Quelques questions pour aller plus loin :
Quelle perception ai-je de mon bonheur ?
Est-ce que j’y reconnais l’empreinte de Dieu ?
Si oui, quels événements de mon histoire en témoignent-ils ?
Est-ce que j’en fais un sujet de reconnaissance partagée (témoignage) pour mon entourage ?
Quels sont les signes récents de l’action de Dieu dans ma vie ?
Quels moyens/outils peuvent-ils m’aider à cultiver un esprit de reconnaissance ?



| màj 4 juillet 2010 |