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Le besoin d’être visité
La crise de Saul sur le chemin de Damas, Actes 9,1-9
Intro
Aujourd’hui et dimanche prochain, je vous invite à explorer le récit de la conversion de Paul. Je le ferai en rapport au thème de la visite. 1er volet : le besoin d’être visité 2ème volet : l’appel à visiter (dimanche 17.08) Ce thème de la visite me tient à cœur, parce qu’il est au cœur de mon ministère. J’y tiens beaucoup, même si j’ai conscience de le vivre avec beaucoup d’insuffisance. Ce thème de la visite est aussi pour moi un lieu de souffrance. Je sens beaucoup d’attentes, de non-dits et de reproches à ce sujet. Je n’entrerai pas dans une justification de la visite pastorale, de la manière dont je pratique la visite. J’aimerais vous inviter à réfléchir bien en amont, à notre besoin à chacun d’être visités. En ce sens, je parlerai surtout de la visite du Christ ou de l’Esprit. Dimanche prochain, j’aborderai l’autre versant de la question, du point de vue du visiteur. Je parlerai alors de la visite fraternelle, cet appel qui nous concerne tous.
Je parlerai d’abord de la crise de Paul, de nos crises à nous, puis de notre besoin d’être visité.
1/ La crise de Saul
Paul s’appelait Saul avant sa conversion. Il faisait partie de cette élite religieuse formée par les Pharisiens. Jeune, zélé, il est d’un tempérament entier et déterminé. Un fonceur... Il a un projet clair : éradiquer cette secte chrétienne qui menace l’orthodoxie juive. Il est aussi du côté de la puissance et de la force. Il reçoit des autorités juives les recommandations qui lui donnent le pouvoir d’arrêter et d’emprisonner les chrétiens. Saul est apparemment libre, convaincu et fort. En réalité, il est emprisonné et aveuglé par ses convictions. C’est l’expérience de la crise, symbolisée par l’aveuglement, qui va l’amener à la liberté et à la vérité. Sur le chemin de Damas Saul est : • fonceur et déterminé, • Debout et puissant • Il voit mais il est sourd à la voix de Dieu • Meneur d’hommes • En pleine santé Quand la lumière vint du ciel et l’enveloppa, Saul se trouva : • Déboussolé • À terre et faible • Aveugle, mais à l’écoute de Dieu • Mené par les autres • Il ne mange ni ne boit pendant 3 jours
L’expérience de Saul est la caricature de la crise.
2/ Quelle sont nos crises ?
Pour Saul, c’est une crise existentielle, de foi et de vocation. Et nous, quelles crises connaissons-nous, ou avons-nous connues récemment ? De quelle nature ? Il est important, dans un premier temps, d’identifier la nature de la crise. Pour cela, le facteur déclencheur est souvent révélateur. Quel est ce facteur, cet événement déclencheur ? Un ennui de santé, un problème de relation conjugal ou familial, une affaire professionnelle, de justice, de voisinage, un cas de conscience, un choix difficile, une parole ou un geste malheureux... Souvent la crise inclus des remises en questions de nature différente qui s’entremêlent. Pour le croyant, la crise inclut en général une crise de foi, une remise en cause spirituelle semblable à la question de Saul : « Qui es-tu Seigneur ? » ou « Où es-tu Seigneur ? » ou « Pourquoi Seigneur ? ». C’est au cœur de la crise, que le croyant se remet en question et renoue un dialogue vrai avec Dieu. C’est la première conséquence salutaire de la crise. Elle nous montre combien, au cœur de nos vies, quand tout va bien, nous sommes aveugles et sourds. Nous avons le « nez dans le guidon », comme on dit... L’ironie de la conversion de Saul, c’est qu’au moment où il est aveuglé par la lumière, il comprend son aveuglement moral et spirituel. Mieux, il perd sa surdité spirituelle. Il devient capable d’entendre la voix du Christ ! C’est souvent au cœur de la crise que nous découvrons notre aveuglement et notre surdité spirituelle. En ce sens, la crise est souvent le lieu de la grâce. J’utilise ce mot avec prudence, parce que je n’ignore pas la souffrance qui entoure toute crise. Une souffrance souvent injustifiée. Ceux qui parmi nous sont malades, victimes d’un événement qui leur échappe, dont il ne porte pas la responsabilité pourraient en témoigner...
3/ « Qui es-tu Seigneur ? »
Néanmoins, je crois que toute crise, celle où nous portons une part de responsabilité, comme celle dont nous sommes victimes, est le lieu où nous pouvons nous poser cette question : « Qui es-tu Seigneur ? » (question paradoxale...) L’effet de ce questionnement pour Saul est fondamental. Il s’interroge sur l’identité de sa foi, de son « Seigneur », son « Patron ». Qui commande dans la vie de Saul ? Son patron est-il le Dieu des prophètes, des ancêtres, la tradition pharisienne, la loi, son orgueil, son ambition ?... Avec cette question, bien des faux « Seigneur » sont dévoilés. C’est la première conséquence de son questionnement.
Puis, il est rendu capable d’entendre la voix du Christ : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Je penses qu’à ce moment Saul ne peut qu’entendre cette voix. Cette révélation aura besoin de 3 jours de jeun, 3 jours de mort à lui-même pour qu’elle devienne réalité pour lui. C’est durant ces trois jours que Saul comprendra l’identité réelle de son « Seigneur », de son « patron ». C’est durant ce temps de crise, de brouillard que la lumière se fait et que le dialogue renait pleinement avec Dieu. La lumière de l’Esprit montre à Saul son égarement, combien ses convictions étaient mal fondées et mal orientées et combien il se trompait sur l’identité de son patron. La lumière de L’Esprit lui révèle ses erreurs et l’identité de son maître. Plus tard, c’est ce même Esprit qui réorientera la vocation de Paul et le conduira dans son engagement. C’est beau de voir comment l’Esprit opère en lui, au travers de tous ses sens : 1. Il lui délie la langue pour poser la bonne question. 2. Il le rend capable d’écouter la voix de Dieu. 3. Puis, il pourra voir clairement et marcher en conséquence.
4/ Le besoin d’être visité
L’expérience de Saul nous montre combien nous avons besoin d’être régulièrement « visités » par l’Esprit, par Dieu lui-même. Même si nous ne sommes pas appelés à vivre des expériences aussi radicales chaque semaine. (Les ophtalmologues de la région seraient débordés...)
Est-il possible d’imaginer l’évolution de l’Eglise du premier siècle sans cette conversion de Paul ?
Aujourd’hui, je peux aussi m’interroger :
Est-ce que je saisis pleinement les occasions qui se présente, en particulier les crises, pour entendre et voir clairement le projet de Dieu dans ma vie, ma place dans l’Eglise ?
Si Dieu travaille en particulier au cœur de nos crises, alors quelles conséquences visibles ?
Que faisons-nous des crises que nous traversons : sont-elles le lieu où nous apprenons à mieux entendre et mieux voir Dieu ?
Ou sont-elles le lieu où nous entretenons un chant de complainte ?
Dans ce chant de complainte, il y a souvent cette voix perverse qui dit : qui se soucie de moi ? qui viendra me visiter ? qu’est-ce-que le pasteur attend pour venir ?
Cette voix est perverse parce qu’elle me replie sur moi-même et fait perdurer la crise. C’est la voix de Caliméro, le petit poussin toujours malheureux.
Oui, nous avons besoin d’être visités, mais d’abord par Dieu lui-même !
Le pasteur, les parents, les amis seront toujours des aides bien secondaires.
Dans notre récit, l’essentiel se joue entre Saul et Dieu. Les compagnons de Saul le conduiront simplement jusqu’à Damas où Ananias interviendra comme simple porte parole de Dieu.
Nous verrons aussi la semaine prochaine que la visite d’Ananias ne sera opérante, efficace que parce que Saul a vécu un face à face de trois jours avec Dieu.
Dieu nous veut responsables de nos vies et de notre foi. Etre responsable de sa vie de sa foi, c’est poser les bonnes questions à la bonne personne : « Qui es-tu Seigneur ? », « Où es-tu Seigneur ? », « Pourquoi Seigneur ? ».
C’est aussi faire la bonne prière à la bonne personne :
« Seigneur, au cœur de la crise que je connais, viens me visiter, me faire entendre ta voix, me faire voir ta route pour moi ! »
« Demandez et vous recevrez ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira la porte. »
Amen !



| màj 4 juillet 2010 |