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La patience de Dieu

2 Pierre 3,1-15a

Intro avant les lectures :

J’ai médité ces dernières semaines les deux lettres de Pierre. J’ai été frappé par l’importance de la notion d’espérance. Tous les propos, les encouragements de Pierre sont traversés et soutenus par l’idée d’espérance. J’ai réalisé que dans ma vie, cette perspective tenait peu de place. Certainement parce que je vis dans un autre contexte. Les chrétiens du premier siècle vivaient dans un contexte très tendu et douloureux. La foi chrétienne était rejetée et attaquée tant par les milieux juifs que gréco-romains. Les chrétiens étaient considérés comme une secte sans intérêt avec des pratiques bizarres (la cène).

(extrait de témoignage antique ?)

Dans un contexte de rejet et de persécution, il est normal que le thème de l’espérance occupe une place importante. D’autre part, certains propos du Christ pouvaient laisser croire qu’il reviendrait bientôt, du vivant des apôtres. Pierre écrit ces lettres au moment où les apôtres décèdent les uns après les autres. Alors le doute s’installe et certains l’exploitent : le Christ reviendra-t-il comme il l’avait dit ?... Les deux raisons qui expliquent l’importance du thème de l’espérance sont donc : Le climat de persécution et la croyance que le Christ devait revenir bientôt.

Prédication : Pierre nous donne une clé pour comprendre et vivre l’espérance : la patience de Dieu. L’espérance, c’est vivre la patience de Dieu.

A/ L’espérance des croyants

a) Hier Les propos de Pierre s’adressent aux chrétiens dans leur actualité, mais il ne cesse de se référer soit au passé, soit au futur. J’aimerais mettre en évidence cette tension. Par le souvenir des choses passées, Pierre veut (lit.) éveiller une claire intelligence, une juste manière de penser. Pierre veut aider les chrétiens à faire face à ceux qui cherchent et chercheront à induire une fausse manière de penser. Ici, il s’agit du doute, un doute qui porte précisément sur l’inactivité de Dieu, son impuissance : Ils se moqueront de vous 4 et diront : « Il a promis de venir, n’est-ce pas ? Eh bien, où est-il ? Nos pères sont déjà morts, mais tout reste dans le même état que depuis la création du monde ! » Aujourd’hui aussi, nous l’entendons : Mais où est-il ? que fait-il ? Quand on voit ce que l’on voit et que... Alors Pierre se réfère au passé : 5 Ils oublient volontairement ceci : il y a longtemps, Dieu a créé le ciel et la terre par sa parole. La terre a été séparée de l’eau et formée par l’eau, ...

Ici Pierre rappelle l’œuvre créatrice de Dieu qui est, depuis toujours, une source d’inspiration pour la foi. Chaque printemps, chaque course en montagne, chaque ballade sur les quais de Morges, chaque émission télévisée sur la nature est source d’émerveillement, chaque naissance dans nos familles est occasion de reconnaissance de l’œuvre de Dieu... Mais après avoir créé le monde, Dieu ne s’est pas tu. Il a parlé par les prophètes et le Christ et les apôtres : 2 Je désire que vous vous souveniez des paroles prononcées autrefois par les saints prophètes et du commandement du Seigneur et Sauveur, transmis par vos apôtres. La parole créatrice et la parole humaine inspirée de Dieu sont les lieux où la foi de l’Eglise puise ses racines, sa force. Voilà pour le passé, l’histoire ancienne et récente du Dieu qui a parlé et agit. C’est sur le fondement de cette mémoire que les croyants doivent s’appuyer pour faire face au doute.

b) Demain Maintenant, quant à l’autre extrémité, à l’avènement du Christ, à la fin des temps, les prophéties du Christ demeurent valables et fermes. A trois reprise, Pierre rappelle les événements annoncés : 7 Quant au ciel et à la terre actuels, la même parole de Dieu les tient en réserve pour le feu qui les détruira. Ils sont gardés pour le jour du jugement et de la ruine des pécheurs. 10 Cependant, le jour du Seigneur viendra comme un voleur. En ce jour-là, le ciel disparaîtra avec un fracas effrayant, les corps célestes seront détruits par le feu, la terre avec tout ce qu’elle contient cessera d’exister. Ce sera le jour où le ciel sera détruit par le feu et où les corps célestes se fondront dans la chaleur des flammes. 13 Mais Dieu a promis un nouveau ciel et une nouvelle terre, où la justice habitera, et voilà ce que nous attendons. Ces passages qui décrivent le « jour du Seigneur » parlent de 3 choses : 1. Le jugement et la perdition des pécheurs 2. la destruction et de la disparition de la création (ciel et terre) 3. la promesse d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre, lieu de la justice Voilà la compréhension qui nous est donnée de la fin des temps. C’est un verre que l’on peu voir à moitié plein ou à moitié vide.
-   Ces propos sont à la fois terribles, voire angoissants, si l’on se cristallise sur la destruction et le jugement. Il faut cependant les entendre et en prendre acte. C’est peut-être aussi une manière de ne pas tomber dans éco-lâtrie, une idolâtrie de la création.
-   Maintenant, il nous faut aussi entendre la promesse de recréation fondée sur la justice de Dieu. Alors on peut éprouver un grand soulagement, une espérance nouvelle. Voilà les deux pôles de l’action de Dieu : par sa Parole, Dieu a créé le monde, au retour du Christ, le monde sera jugé pour devenir un nouveau ciel et une nouvelle terre fondés sur la justice.

c) Aujourd’hui Maintenant, nous nous situons entre ces deux pôles. Et les propos de Pierre sont centrés sur ce temps là. Le Christ aussi, quand il parlait de la fin des temps, insistait moins sur ce qui allait venir, comment et quand les événements allaient se passer, mais plus sur l’attitude du croyant, en particulier sa vigilance.

Pierre commence par affirmer que l’échelle du temps n’est pas la même pour Dieu et pour les hommes : « pour le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour. » (Ps 90,4) Le message est clair, ne commençons pas à spéculer, à calculer... nous perdons notre temps. Laissons à Dieu le soin de s’occuper du temps et des moments de son action. Occupons nous de notre temps, il y a déjà assez à faire. Pour être plus fidèle au texte : usons intelligemment du temps qui nous est donné. Ce temps là est le temps de la « patience de Dieu ». Quelle magnifique expression ! Et voilà le verset central de ce passage : 9 Le Seigneur ne tarde pas à réaliser sa promesse, comme certains le pensent. Mais il use de patience envers vous, car il ne veut pas que qui que ce soit aille à sa perte ; au contraire, il veut que tous aient l’occasion de se convertir (fassent place à la conversion). Dieu use de patience à notre égard ! C’est le père du fils prodigue qui attend son fils, résolument. Il espère ardemment qu’il revienne à lui ! Parce que ce Père ne veut ni notre jugement , ni notre perte. Il veut notre conversion. Oui, là-bas, demain, il y aura jugement. Mais aujourd’hui, ici et maintenant, Dieu nous appelle à Lui, avec patience il nous attend. Il nous attend le matin, à midi, le soir, et la nuit, il nous attend encore.

La semaine passée nous nous sommes arrêté sur ces paroles fortes du Christ qui expriment la même idée : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que tout homme qui croit en lui ne meure pas mais qu’il ait la vie éternelle. » La conversion c’est quoi. C’est le chemin retour du fils prodigue. Ce chemin commence dans son cœur et sa tête, puis se traduit par un mouvement physique qui le ramène à son père. Son cœur est alors ouvert à comprendre et à recevoir l’amour du Père. Son cœur est libéré de l’orgueil et de ses ambitions, il peut s’ouvrir au projet de Dieu pour lui. Dans notre texte, la conversion est exprimée ainsi : 11 Il faut que votre conduite soit sainte et marquée par l’attachement à Dieu... 14 C’est pourquoi, mes chers amis, en attendant ce jour, faites tous vos efforts pour être purs et irréprochables aux yeux de Dieu, et pour être en paix avec lui. 15 Considérez que la patience de notre Seigneur vous offre l’occasion d’être sauvés, Quelle magnifique exigence ! Oui c’est d’abord exigent : nous sommes appelés à être saints/consacrés, attachés à Dieu, irréprochables, purs, en paix avec Dieu. Ces mots sont synonymes. Ils évoquent la même idée. L’idée de sainteté est la plus parlante pour moi. Etre saint c’est « être consacré ». Consacré, c’est être mis à part par Dieu pour l’adorer et le servir. Les prêtres et les pasteurs sont consacrés. Mais fondamentalement, chaque croyant est consacré, mis à part. C’est un état d’appartenance. C’est le fruit naturel de la conversion. En ce sens, la sainteté est don de Dieu. C’est un don communiqué par le Père qui serre son fils/fille dans ses bras. Maintenant, la sainteté se traduit aussi dans une attitude, dans une vie irréprochable, faite de pureté. Quand le père a fini de serrer son fils dans ses bras, il le laisse aller et il marche autrement, il marche sur les traces de son Père. Il est en communion, en paix avec Lui. En ce sens, la sainteté est une exigence qui nécessite toutes nos ressources. Il n’y a pas de sainteté soldée, ou de sainteté du dimanche... C’est une affaire de tous les jours.

B/ L’espérance pour moi Maintenant, que signifie espérer pour moi aujourd’hui ? Qu’est-ce que la patience de Dieu ? Au fond, je peux situer ma vie dans ce même cadre : hier, aujourd’hui, demain. Hier, Dieu a fait œuvre de création, je suis venu au monde, tu es venu au monde, miracle incroyable : et quel résultat !!! Voyez-vous-même ! Hier, dans mon histoire Dieu m’a parlé, soutenu, encouragé, averti,... Hier je me suis converti, prenant conscience de la présence de Dieu, de son pardon, de son amour. Voilà deux bonnes raisons pour arrêter de douter et écarter les voix moqueuses qui chuchotent en dedans ou en dehors : « Où est ton Dieu ? N’est-il pas mort depuis 2000 ans ?... »

Demain, je sais que Christ reviendra et qu’il fera toutes choses nouvelles, sur des nouvelles bases : la justice du Royaume. Demain, il y a de fortes chances que je quitte cette terre avant qu’il ne revienne. Mais je n’en sais rien et cela ne change pas grand-chose. Ce qui est sûr, c’est que le temps de ma vie est limité. Le temps de la patience de Dieu est pour chacun de nous limité. Alors nous sommes gentiment ramener au présent, c’est là que nous vivons, c’est là que Dieu agit. Aujourd’hui, j’aimerais relire deux passages, avec deux appels : 1/ Pour ceux qui sont appelés à la conversion : 9 Le Seigneur ne tarde pas à réaliser sa promesse, comme certains le pensent. Mais il use de patience envers vous, car il ne veut pas que qui que ce soit aille à sa perte ; au contraire, il veut que tous aient l’occasion de se convertir (fassent place à la conversion). Que ceux qui se reconnaissent comme le fils perdu, sur un chemin sans issue, sans espérance aient le courage de revenir vers le Père. Il vous attend ! C’est le temps de sa patience. Mais il est impatient de vous serrer dans ses bras. Et ça fait tellement de bien !

2/ Pour ceux qui sont appelés à se rapprocher du Père : 11 Il faut que votre conduite soit sainte et marquée par l’attachement à Dieu... 14 C’est pourquoi, mes chers amis, en attendant ce jour, faites tous vos efforts pour être purs et irréprochables aux yeux de Dieu, et pour être en paix avec lui. Une fois dans les bras du Père, nous n’avons jamais fini de marcher à sa suite ! Quel chemin d’apprentissage, un chemin pour mieux le connaître, pour rechercher une proximité plus grande avec lui et une attitude plus juste et vraie avec les autres, chemin de sanctification où Dieu nous met à part, nous devenons toujours plus sa part ! Arrêtons d’attendre et de faire attendre le Père. Nous sommes trop occupés, trop fatigués, trop stressés : c’est pas sérieux tout ça ! Ne jouons pas avec la patience de Dieu. Nous sommes les premiers perdants ! L’espérance chrétienne, ce n’est donc pas d’attendre sereinement le retour du Christ ou notre départ individuel vers le Père, L’espérance chrétienne, c’est vivre pleinement de l’amour de Dieu aujourd’hui, c’est-à-dire dans la proximité du Père. Amen