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La « Carême-Attitude » et la « B-Attitude »

Un jour, des enfants du culte de l’Enfance s’étaient mobilisés à travers Morges, en patin à roulette, pour vendre des roses pour la dignité humaine. C’était lors d’une campagne de carême sur les conditions de travail... et la dignité humaine. Le droit de chacun à la dignité.

C’est inscrit dans les droits de l’homme, la dignité, mais de manière générale, et parfois dans le monde du travail, ici ou ailleurs, les conditions sont indignes.

« Dites-le avec des fleurs » a-t-on dit aux enfants. Vendre des roses pour la dignité.

De simples roses, fragiles pour soutenir une action, n’est ce pas dérisoire ? Pourtant le poète Paul Valéry écrivait :

« Seule la fragilité de la rose peut exprimer l’éternité. ».

Alors de qui la fragilité peut-elle exprimer la dignité ? La dignité de qui peut être exprimée par une fragile rose ?

Eh bien celle de l’être humain, tout simplement. Capables du meilleur et du pire, donc fragiles. Dans nos attentes et nos espoirs, dans nos doutes et nos convictions.

Avec dans l’aventure de la vie et de la foi, trois écueils possibles. Un triumvirat redoutable formé de trois verbes : avoir, pouvoir, et vouloir. Trois écueils qui peuvent mettre à bas, ou relever la dignité de l’homme. Avoir, pouvoir, et vouloir.

Avoir : « On nous fait croire que le bonheur c’est d’avoir... » chantait Alain Souchon. C’est parfois difficile de résister aux sirènes de la consommation, de ne pas accumuler tell de ch qu’on n’oserait même plus déménager ! Le bonheur n’est pas dans la possession, on le sait bien.

Mais il y a pire, nous sommes devenus, nous-mêmes, des biens de consommation ; des choses utilisées ou jetées, voire exploitées. Voilà ce qui met à mal la dignité ! Par ex même loin de Général Motor qui a fait la une, plus près de nous, l’entreprise d’un copain vaudois qui doit utiliser des temporaires, et qui engage ou jette ses employé suivant le travail qu’il y a. Économiquement. C’est normal. Mais humainement, ça met à mal la dignité de l’homme. Avoir : un 1èr écueil.

· Deuxième écueil, pouvoir, le pouvoir : Comment, se situer entre deux affirmations qui disent l’une : « tout est entre mes mains, je peux tout, j’ai tout ce qu’il faut pour réussir tout dépend de moi »

et l’autre « je ne peux rien, je ne suis qu’une goutte dans l’océan, mon avis n’a pas de poids » (A. Brink) ? Entre un enthousiasme délirant et l’inertie la plus crasse Quelle responsabilité endosser ? Dans le combat pour la dignité pour chacun, est-ce que mes mains sont utiles ou pas ? Qqn disait : « à jouer petit, je n’aide pas toujours Dieu. »

· Et 3e écueil : vouloir, la volonté : Tout est à ma portée, il suffit de ...vouloir. Dans ma famille on disait : « tu veux tu peux !, Pour avoir qqc il suffit de vouloir ! Allez hop, un peu de volonté, bon sang !

Mais parfois, l’écueil du volontarisme, c’est de marcher sur les autres pour réaliser sa volonté. *** Avoir, pouvoir et vouloir sont trois écueils qui peuvent me troubler, me distraire, et m’empêcher de m’engager pour la dignité de l’h.

mais ces trois verbes peuvent aussi être des tremplins : alors tout change !

· Avoir : avoir soif et faim de justice, ou simplement de respect ! Tu es digne d’avoir la confiance de Dieu. Si tu sais que tu as cette confiance, tu as déjà tout. Ta possession la plus importante est là ! Donc pas besoin de plus. Comme fils et fille de Dieu, tu as tout.

· Pouvoir : Quand je suis témoin d’une situation d’injustice, est-ce que je ferme les yeux, ou est-ce que je peux faire qqc ? Vous avez sûrement vu le télé journal de lundi soir ?

C’est la situation dans laquelle se sont trouvés les amis de Fahad Kamas, à l’aéroport de Zurich.

Fahad Kamas est un requérant irakien. Dans son pays, il était devant un choix : soit il travaillait pour les islamistes, soit il travaillait pour les américains. Et il a choisi...de ne pas travailler pour les islamistes.

Auj il est en danger de mort, il est venu en Suisse demander asile, le temps que les choses se calment, et qu’il puisse ensuite rejoindre sa famille en Irak,

et je doute fort qu’il soit venu en Suisse pour faire des vacances, ou gagner des sous, car la nature humaine est partout la même, un père n’a qu’une envie : rejoindre sa famille.

La Suisse n’est pas entrée en matière, et lundi il était escorté pour être mis dans un avion, qui via la Suède, pour respecter les accord du régime Schengen-Dublin allait le mener en Irak, à une mort assurée. et juste avant d’ê expulsé dans l’avion à Zurich, deux ou trois amis, dont le réalisateur de celui qui avait fait le film la Forteresse, sur le centre de Vallorbe, deux ou trois amis ont réussi l’impossible, retarder provisoirement son départ. La suite de l’histoire se déroule ces jours-ci.

D’habitude, je ne peux pas faire grand chose pour la dignité de l’h, parfois, je peux.

Avoir, pouvoir et vouloir, Ds ce cas précis, celui qui avait l’information, qui pouvait de déplacer et qui a voulu faire qqc pour ce requérant a pu par sa simple présence éviter la mort certaine d’un homme.

Pour combien de temps on ne le sait pas. Car si la Suisse a le principe d’accueillir tt h en danger de mort, les restrictions d’accueil que ttes les dernière votations ont fait passer, mettent parfois la Suisse devant cette incohérence : Un homme va être envoyé à la mort, parce que notre quota d’étranger est dépassé. ***** Comme quoi, le combat pour la dignité de l’ê humain n’est pas seulement face à des situations lointaines...mais dépend aussi de nos voix dans les urnes, votation après votation. ***

Mais pardonnez-moi mon petit côté militant d’auj. C’est vrai que j’ai été choqué par cette situation où mon pays, donc moi, bafoue la dignité de l’homme, mais il a tant d’autre situations qui sont dans l’ombre. Je terminerai par une note plus joyeuse, c’est une petite histoire de rabbi Jacob :

Un vieux rabbin demande à ses étudiants à quoi l’on peut reconnaître le moment où la nuit s’achève et où le jour commence. (2fois) 1er lève main : - Quand on peut sans peine distinguer de loin un chien d’un mouton ?
-  Non, dit le rabbin 2e lève main :- Est-ce quand on peut distinguer un dattier d’un figuier ?
-  Non, dit encore le rabbin 3e lève main :- Mais alors, quand est ce donc ? Rabbi Jacob de répondre :
-  C’est lorsque tu regardes le visage de n’importe quel être humain et que tu y reconnais un frère ou une sœur en humanité. Alors la nuit s’achève, et le jour commence.

Chers amis, Que ce regard de d’accueil et de tendresse nous habite. Regard de confiance pour la route qui s’ouvre, et regard de dignité sur ceux et celles qui font chemin avec nous.

Amen


Prédication du 08.03.09 à Morges et Monnaz Ps 8 Es 43.16-21 Matt 5.1-12 Pasteur : Didier Heller