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L’évènement de la résurrection dans les textes des 4 évangiles (G.Kobi)

Prédication sur l’évènement de la résurrection dans les textes des 4 évangiles

Introduction aux lectures L’apôtre Paul est à Athènes. Une des plus grandes villes de l’Antiquité. Sur la célèbre agora, l’apôtre fait face à des philosophes. Philosophes curieux d’entendre et de comprendre les propos de cet orateur de passage. Paul annonce la mort et la résurrection du Christ, de Jésus de Nazareth. « Ce dieu inconnu que vous vénérez dans votre ville en lui consacrant un temple, le voici ! ». Mais - dit le texte - « Au mot de résurrection des morts, les uns se moquaient ; d’autres déclarèrent : Nous t’entendrons là-dessus une autre fois... » Actes des apôtres, chapitre 17, le verset 32. Mais aujourd’hui, dans les temps où nous vivons, le moins que l’on puisse dire, c’est que la résurrection pose toujours un problème, plus que jamais. Aussi bien dans la société en général, et en particulier la société occidentale, que parmi les chrétiens eux-mêmes. Le drame de la crucifixion, c’est encore assez simple à admettre. Quant à la résurrection au matin de Pâques, c’est une autre histoire... Savez-vous que dans les textes bibliques
-  les 4 évangiles consacrent tous les quatre quelques versets à cet événement sans précédent - dans le Nouveau Testament, la résurrection pose tout de suite un problème. Dès le début... Ce matin, même si nous venons de quitter le temps pascal, j’aimerais vous inviter à prendre un moment pour entendre 3 de ces 4 récits des évangiles. Dans l’ordre : Matthieu, puis Luc, et enfin Jean. Je saute Marc, qui est le plus bref, mais qui n’apporte rien de vraiment différent par rapport à ses 3 collègues. Si je vous apporte ce matin le résultat de mon enquête, vous pourrez reprendre cette enquête à votre tour chez vous, en emportant quelques pages que je mettrai à votre disposition à la sortie. Dans ces pages, je retranscris les 4 passages directement liés au moment précis de la résurrection. Et j’en fais une présentation qui « éclate » le texte, au lieu de le condenser comme dans nos Bibles, ce qui rend la lecture parfois difficile et plutôt superficielle. Nous allons donc maintenant écouter 3 de ces 4 textes. A la suite de chacun dʼeux, après un bref temps de silence, je vous proposerai de chanter, à l’invitation de l’orgue, une strophe du cantique liturgique P&C.316 (34.10). Puis viendra la prédication. Lectures bibliques et répons chanté
-  Prière avant les lectures
-  Lecture 1 : Matthieu 27.62 à 28.15
-  Cantique P&C316 (34.10) strophe 1
-  Lecture 2 : Luc 24.1 à 12
-  Cantique P&C316 (34.10) strophe 2
-  Lecture 3 : Jean 20,1 à 10
-  Cantique P&C316 (34.10) strophe 3 Prédication Quand nous regardons attentivemment les récits des 4 évangiles qui portent sur la résurrection, à partir du moment précis où l’événement a lieu - à l’heure près, c’està- dire selon l’horaire juif en vigueur à l’époque à Jérusalem : dès 6h du matin, au lever du soleil... - quand nous observons minutieusement ces 4 récits, nous constatons qu’ils mettent en évidence 3 séquences. Mais derrière chacune de ces 3 séquences, il y a chaque fois un récit oral. Je vous rappelle que les auteurs, lorsqu’ils se mettent au travail pour rédiger leur témoignage - car il s’agit bien de témoignage et pas de récit strictement historique - quand ils rédigent, ils ont à leur disposition une foule de récits, de paroles et de témoignages ; tout ce qui constitue la matière première dans laquelle ils puisent, dans laquelle ils font page 1 sur 4 leur choix, mettent de côté ou, au contraire, mettent en évidence. Là derrière évidemment, le StEsprit fait son travail, mystérieusement... 3 séquences donc dans ces 4 récits. La première, c’est le déni. Elle consiste à nier d’avance l’événement annoncé. C’est la séquence des adversaires de Jésus, évidemment, dont certains viennent dʼêtre les responsables de la crucifixion, de l’élémination de ce « faux » prophète. Ceux-là font en sorte qu’il n’y ait même pas de fausse r é s u r r e c t i o n , de supercherie. Le déni, la négation. Séquence dans laquelle nous nous réfugions souvent nous-mêmes : c’est impossible ! 2) La deuxième séquence est celle des femmes au tombeau. Si vous lisez bien les 4 textes, vous verrez que c’est elles, les femmes, qui sont les premières à constater l’événement de la résurrection. Le témoignage visuel, le constat de l’absence du mort dans le tombeau par les disciples suit, plus ou moins après. 3) Enfin la troisième séquence, que j’ai dû choisir de ne pas aborder ni lire ce matin avec vous, faute de temps - et mon but n’est pas de vous donner un cours mais bien une prédication - la 3e séquence est celle qui est consacrée aux apparitions de Jésus : 3.1 - Vous vous souvenez peut-être de ce récit étonnant du déjeuner au bord du lac de Tibériade, dans l’évangile de Jean. Au petit matin et au bord de la plage, le ressuscité a préparé pour ses disciples un feu de braise, avec des poissons et du pain. Chez Jean, c’est la 3e apparition. 3.2 - Chez Luc, c’est la célébre apparition aux disciples d’Emmaüs, quand ils mangent à l’auberge. Rembrandt a su saisir cet instant de révélation dans un petit tableau sublime. Or cette 3e séquence des apparitions va prendre beaucoup plus d’importance que la 2e. . Cette 2e où les femmes ont donc un rôle essentiel, MAIS où les disciples sont absents, ou ne sont pas mis à leur avantage. Or la 2e séquence du tombeau vide, avec les femmes, précède bel et bien la 3e, celle des apparitions, si nous respectons le déroulement historique, ou plutôt chronologique strict. Prenons maintenant du recul. Je laisse donc de côté cette 3e séquence des apparitions. Avant de décrire brièvement la 2e, qui est pour moi la plus importante, et aussi la plus troublante, quelques mots encore sur la 1ère séquence. Jésus a clairement annoncé, de son vivant, qu’après sa mort, au 3e jour - vendredi 1er, samedi 2e et dimanche 3e jour - il ressusciterait ; il reviendrait à la vie. Vous pensez bien que les ennemis de Jésus, à commencer par les grandsprêtres qui l’ont condamné et les Pharisiens, n’ont aucune envie que cette prédiction se réalise. Ils n’y croient pas du tout, d’ailleurs. Mais ils craignent une mise en scène, où les disciples ferait disparaître le corps pour proclamer ensuite, que leur Maître est ressuscité comme il l’avait dit. D’où le récit de la garde du tombeau, autorisée par Pilate. Matthieu est seul à relater cette garde dans son récit. Où il précise bien que cette tentative a échoué, puisque Jésus n’est plus dans le tombeau. D’où la décision de lancer une rumeur de « vol de cadavre » pendant que les gardes dormaient. D’où l’interdiction aux gardes de dire la vérité ; et la promesse de les protéger de la colère légitime de leurs supérieurs (on ne dort pas pendant un service de garde !). Un vitrail de l’église d’Yvonand s’inspire directement de ce récit de Mathieu, de ce moment précis du faux vol. L’artiste montre le Christ ressuscité triomphant audessus de son tombeau, la pierre roulée ; un garde dort ; l’autre est comme pétrifié. Dans tous les récits, il y a bien mentionné ce souci de la pierre qui ferme le tombeau. C o n t r e l e s v o l e u r s de t o m b e s , précisément. Or, se disent un peu tard les femmes : comment rouler cette pierre ? De plus, la crainte du vol du crucifié, qui est le sujet de la 1ère séquence, laisse des traces dans le récit des femmes, la 2e séquence. page 2 sur 4 Dans le témoignage de Jean, c’est l’une des femmes au tombeau qui dit à Jésus, sans le reconnaître : « Mais si c’est toi qui l’a emporté, dis-moi où tu l’as mis, ce crucifié ; et je l’emporterai ». Et c’est alos que Jésus le ressuscité l’appelle par son nom : « Marie », et que Marie reconnaît son Maître bien-aimé. Cette 2e séquence, le récit des femmes au tombeau, a donc été vraisemblablement étouffée par la 3e séquence beaucoup plus longue et merveilleuse des apparitions du ressuscité. Et c’est pourtant, à mon sens, la plus émouvante dans cette aube du matin de Pâques. E t o u f f é e p o u r une r a i s o n b i e n c o m p r é h e n s i b l e - e x c u s e z - m o i Mesdames ! - le témoignage d’une femme, même de plusieurs, n’a pas de valeur. Face à l’énormité de l’événement de la résurrection du mort, du crucifié, ce témoignage de femmes faisait la risée des auditeurs. Dans beaucoup de régions de la terre aujourd’hui encore, le témoignage d’une femme ne vaut pas celui d’un homme... C’est donc ce qui fait, à mon sens, le caractère extraordinaire de cette 2e séquence. Cette première version de la découverte de la résurrection du Christ, encore une fois à la toute première heure, a résisté aux tentatives d’étouffement, pour se retrouver, heureusement, sous la plume de nos 4 rédacteurs. Même Jean, qui rédige son évangile plus tard que ses trois collègues, n’arrive pas éliminer cette 2e séquence. Relisez chez vous attentivement son texte, en ayant les 3 autres sous les yeux ; et vous verrez que Jean place très rapidement, et presque maladroitement Pierre et un autre disciples au milieu du récit des femmes ; pour donner de la place à ces messieurs ; car ça fait plus sérieux. Ils ont beau être inspirés, ces évangélistes, ils n’en restent pas moins des hommes de leur époque ! Voilà. Excusez-moi d’avoir joué, un peu trop peut-être à votre goût, au professeur ce matin. Mais je crois profondément que c’est ce qui caractérise une manière protestante de prêcher l’évangile. Notre prédication doit se fonder sur une lecture attentive des textes bibliques. Et cette lecture attentive n’est pas réservée aux spécialistes. Et cette lecture attentive, sérieuse des textes, nous prévient des doctrines et des théories qui n’ont pas leur racines dans les textes ; et dans l’interprétation rigoureuse de ces textes. Je vais maintenant quitter ces 4 textes des yeux pour vous dire ce qui est mon constat et ma conviction sur cet événement de la résurrection du Christ, le Christ vainqueur de la mort et du néant. Personne n’a donc assisté directement à cet événement. Les 4 évangélistes et l’apôtre Paul qui écrit ses lettres aux jeunes Eglises à la même période - seconde moitié du 1er siècle - Matthieu, Marc, Luc, Jean et Paul sont d’accord làdessus. La résurrection elle-même échappe à toute investigation. Elle reste un mystère entier. Les ennemis de Jésus, qui veulent empêcher toute tentative de vol pour ce débarrasser définitivement de cette affaire
-  et qu’on n’en parle plus ! - ratent misérablement leur coup. La résurrection en elle-même échappe donc à toute vigilance humaine, à toute enquête, à toute observation. Et donc à toute explication rationnelle. Les femmes, les toutes premières, que font-elles ? Elles ne peuvent que constater que le tombeau, bizarrement ouvert - la pierre est mystérieusement roulée... - le tombeau est vide. Ce qui n’exclut pas pour elles le vol éventuel, nous dit l’évangéliste Jean. Elles aussi envisagent cette p o s s i b i l i t é , q u i s u p p r i m e r a i t , raisonnablement, le mystère. Les femmes les toutes premières, car elles viennent faire la toilette du mort. Les hommes ne font pas la toilette. Alors : que s’est-il passé exactement ? et surtout comment ça s’est passé ? silence ! Contrairement à la crucifixion, où nous avons beaucoup de détails, depuis le page 3 sur 4 procès jusqu’aux dernières paroles, jusqu’au dernier souffle de Jésus sur sa croix, et même la mise au tombeau du mort... ici, ce matin de Pâques, ce lendemain de la fête, ce premier jour de la semaine : aucune description de l’événement lui-même. Mais un simple constat ; qui sème plus le trouble, la peur et même les pleurs : le tombeau est vide. Seules restent des bandelettes. Et alors vient le rappel de ce que Jésus avait annoncé de son vivant. Et le rappel du rendez-vous fixé aux disciples en Galilée, ailleurs, hors de Jérusalem... Notre foi au témoignage des évangiles concernant la résurrection se bâtit d’abord sur ce constat du tombeau vide, sans explication raisonnable. Puis, ensuite, viendront ces récits émouvants des apparitions du ressuscité. Ressuscité qui n’est pas un fantôme, puisqu’il mange devant ses disciples. Et que Thomas le douteur, le sceptique, peut le toucher, là où il a été bléssé. Le douteur : parce que justement, l’événement de la résurrection s’est passé sans témoins, laissant une place légitime au doute. L’annonce de la résurrection nous laisse ainsi libres : libres de douter ou d’accepter, de croire ; ou même, pourquoi pas, libres de passer du doute à la foi, et de la foi au doute. La liberté du coeur ; car nous ne disposons d’aucune connaissance rationnelle sur cet événement pourtant capital dans la foi chrétienne, événement fondateur du christianisme. Alors que faut-il faire devant cet événement qui échappe, heureusement, au regard des humains ? que les femmes venues embaumer un cadavre au premières lueurs du jour ne peuvent que constater, presqu’effrayées ? Que faut-il faire devant cet événement qui échappe à notre raison humaine. Que faire ... sinon : lâcher prise. Lâcher prise ! Nous utilisons souvent cette expression devant la mort qui nous attend au travers d’une agonie ? lâcher prise. Ou devant nos petites morts qui enferment notre vie, à cause de la maladie chronique, ou de l’handicap, ou d’un problème, ou d’un gros souci qui nous ronge à l’intérieur ; ou devant la dépendance due à la vieillesse, à la faiblesse du corps, quand les mouvements ne suivent plus notre volonté... Lâcher prise. Lâcher prise, pour entrer dans la joie et l’allégresse de la résurrection du Christ. Lâcher prise pour partager cette joie de la vie. Lâcher prise pour recevoir maintenant déjà, là où je vis, comme je vis, cette promesse d’une nouvelle vie au-delà de la mort - et ne demandez pas d’explication, je n’en ai pas ! Lâcher prise. Non seulement accepter le mystère entier de cet événement unique, mais - comment dire ? - me laisser embrasser par lui, me laisser emporter, en toute confiance. En toute confiance comme l’enfant qui n’a pas d’autre ressource ici que faire pleinement confiance à sa mère, à son père... me laisser emmener vers ce chemin d’éternité, où le Christ nous a devancés, où il nous attend. Je ne suis plus maintenant le petit professeur de la Bible. Mais le confesseur de sa foi. D’ailleurs, lâcher prise, je crois bien que c’est une des formes finales de la foi, de la confiance que je fais à Dieu. Lui qui a tellement confiance en moi, tellement confiance en nous. Georges Kobi, pasteur Temple de Morges juin 2010




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