paroissedemorges.ch

Morges | Echichens | Monnaz
Accueil >Spiritualité >Quelques prédications >L’Epiphanie : fête de l’Evangélisation
Connexion pdf email

L’Epiphanie : fête de l’Evangélisation

Dimanche 6 janvier 2008

Ephésien 3,6 "Voici ce secret : par le moyen de la Bonne Nouvelle, les non-Juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple, ils sont membres du même corps et bénéficient eux aussi de la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ."

Lectures :

Matthieu 2,1-12 (TOB)

1 Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem 2 et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. » 3 A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. 4 Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître. 5 « A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète : 6 Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. » 7 Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. » 9 Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. 10 A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie. 11 Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 12 Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Ephésiens 3, 2-13 (FC)

3 Dieu m’a accordé une révélation pour me faire connaître son plan secret. ... 6 Voici ce secret : par le moyen de la Bonne Nouvelle, les non-Juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple, ils sont membres du même corps et bénéficient eux aussi de la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ. 7 Je suis devenu serviteur de la Bonne Nouvelle grâce à un don que Dieu, dans sa bonté, m’a accordé en agissant avec puissance. 8 Je suis le moindre de tous les croyants ; pourtant, Dieu m’a accordé cette faveur d’annoncer aux non-Juifs la richesse infinie du Christ. 9 Je dois mettre en lumière, pour tous les humains, la façon dont Dieu réalise son plan secret. Lui qui est le créateur de toutes choses, il a tenu caché ce plan depuis toujours, 10 afin que maintenant, grâce à l’Église, les autorités et les puissances du monde céleste puissent connaître la sagesse divine sous tous ses aspects.

Prédication

Intéressant récit des mages ! Quel étonnant enchaînement ! Je veux vous présenter les différents acteurs du récit.

1ers acteurs : les mages

= des magiciens, des prêtres perses, voire au mieux des astrologues... Pas des rois ! C’est à cause d’un parallèle avec Esaïe 60 qui décrit la convergence de rois de toutes les nations vers Jérusalem que la tradition a ajouté l’idée de « roi ». Nous ne savons donc pas exactement qui sont ces mages, ni d’où ils viennent exactement, d’Orient et ni précisément comment ils ont été avertis... Une chose est claire, les mages représentent les nations païennes.

Si l’origine de l’expédition des mages reste mystérieuse, leur détermination et leur motivation sont exemplaires.

La détermination est soulignée par ce long voyage, par l’enquête menée pour arriver jusqu’au but. La motivation apparaît à la fin du récit : l’adoration.

Les mages, dans ce récit, sont aussi les seuls acteurs qui passent du discours aux actes. Ils se déplacent, ils donnent, ils adorent ; ils font preuve de générosité et de don de soi. Ils s’engagent de toute leur personne dans ce voyage et cet acte d’adoration et de reconnaissance.

2ème acteur : Hérode, roi de Judée

Lui représente le pouvoir politique. Questionné par les mages, il est troublé, et se tourne vers les autorités juives. Avant le départ des mages, Hérode donne à leur voyage le caractère d’une mission diplomatique. On le sait, il s’agit au fond d’un complot.

3ème acteurs : Les grands prêtres et les scribes.

Ils fournissent le renseignement qui permettra aux mages de poursuivre leur route vers Bethléem.

Les autorités religieuses juives de l’époque sont complètement en dehors des événements de Noël. Le premier averti est bien un grand prêtre, Zacharie, et la première révélation est donnée dans le temple ! Mais ensuite, la révélation se fait en dehors du temple auprès d’acteurs socialement insignifiants : Elisabeth, Marie, Joseph, les bergers,...

Dans les récits de Noël, les autorités religieuses juives ne jouent qu’un rôle très passif d’informateurs. Leur connaissance des prophéties leur permet de signaler le lieu de la naissance du Messie...

4ème acteurs : le bœuf et l’âne

J’ajoute un 4ème groupe d’acteurs qui sont traditionnellement représentés dans les crèches : le bœuf et l’âne.

Esaïe commence son livre sur ce constat pénible, affligeant, renforcé par cette image très parlante, pleine d’ironie : « Un boeuf connaît son propriétaire et un âne la mangeoire chez son maître : Israël ne connaît pas, mon peuple ne comprend pas. » Esaïe 1,2

Même le bœuf et l’âne sont capables de reconnaître leur maître. Leur présence très hypothétique près de l’enfant Jésus est comme une interpellation, pour les autorités juives, pour nous aujourd’hui !

En résumé : Après Zacharie, Elisabeth, Marie et Joseph, les bergers, ce sont les mages, des astrologues païens, qui reconnaissent en Jésus le messie ! Même Hérode, au travers de sa peur, reconnaît la royauté de Jésus. Le bœuf et l’âne sont capables de reconnaître leur maître !

Et les enfants d’Israël ? Les maîtres de la loi ?

Et nous, chrétiens de la première heure, rompus à toutes les formes de méditation que ce soient celles de Taizé, de Grand-Champ ou de St-Ignace, formés auprès des grands maîtres théologiques de Crêt-Bérard,... Sommes-nous capables de reconnaître dans le Christ le Messie ? Sommes-nous capables d’entrer en mouvement, de nous engager à sa recherche ? Sommes-nous capables de plier le genou dans l’adoration ?

Ou au contraire, sommes-nous comme tétanisés par notre connaissance ? C’est malheureusement souvent ce qui arrive à ceux qui savent, ceux qui connaissent !

Je vois deux dangers : La connaissance donne le sentiment de maîtriser les choses, en l’occurrence la révélation de Dieu, le salut promis. Si ce salut est révélé un peu différemment, en décalage par rapport à ce que nous attendons, alors nous sommes souvent incapables de le reconnaître.

D’autre part, la connaissance rend fier. Il est difficile pour le savant de plier le genou devant un enfant emmailloté.

Tant que la connaissance reste au niveau de la tête, nous sommes souvent des croyants bien figés, paralysés. Quand la connaissance descend au niveau du cœur, nous sommes alors mis en mouvement, capables d’entreprendre le voyage de la foi, capables d’une adoration humble et sincère !

J’aimerais illustrer cela avec la figure de Paul et les paroles tirées de la lettre aux Ephésiens entendues il y a un instant.

Paul et l’évangélisation des païens :

Paul avant sa conversion est l’exemple parfait du religieux, intellectuel brillant, prisonnier de son savoir. Jésus ne correspond pas au profil du Messie selon sa connaissance : il est l’homme à abattre. Quand Jésus se révèle à lui, le bouleversement est énorme ! Il est touché dans toute sa personne par la révélation du Christ : les yeux, les oreilles, le cœur ! Quel changement radical ! L’engagement de Paul sera ensuite tout autre, engagement total au service de l’Eglise, en particulier au service des païens !

« Je suis le moindre de tous les croyants ; pourtant, Dieu m’a accordé cette faveur d’annoncer aux non-Juifs la richesse infinie du Christ. Je dois mettre en lumière, pour tous les humains, la façon dont Dieu réalise son plan secret. »

Avec Paul se réalise les prophéties d’Esaïe et le signe des mages, adorateurs païens, prend tout son sens !

Ce n’est plus un mystère, le secret dont Paul est porteur peut être dévoilé en plein jour :

« Voici ce secret : par le moyen de la Bonne Nouvelle, les non-Juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple, ils sont membres du même corps et bénéficient eux aussi de la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ. »

C’est un secret extraordinaire !

Nous savons qu’après Paul, l’Eglise toute entière s’engagera à faire connaître à tous les peuples les promesses de Dieu, promesses de salut en Jésus-Christ. C’est l’évangélisation, l’annonce de la BN !

En terme d’évangélisation que faisons-nous, quelle vision développons-nous ? Dans ces dernières décennies, nos théologiens, nos savants ont plus parlé de dialogue interreligieux que d’évangélisation ! Au point que ces deux notions sont devenues antagonistes. Le dialogue interreligieux s’est présenté dans bien des esprits comme la nouvelle forme de présence de l’Eglise dans le monde. Il a été largement plébiscité parce qu’il est très « tendance », il fait bon aujourd’hui de parler de respect, d’écoute de l’autre et de dialogue. Malheureusement, le dialogue interreligieux s’est développé au détriment de l’évangélisation. Celle-ci a été montrée comme ringarde, associée au prosélytisme, à la mission d’autrefois, impérialiste et agressive, irrespectueuse des autres et de leurs convictions...

Mais non ! L’Evangélisation a toujours fait partie des missions de l’Eglise, elle est même constitutive de l’Eglise. Sans évangélisation, pas d’Eglise. Deplus, l’évangélisation peut être respectueuse de l’autre, fondée sur l’écoute et le dialogue !

Contrairement aux protestants, les catholiques et les évangéliques ne se sont pas laissés piéger par ce faux complexe de l’évangélisation. Ils ont continué à en parler et à développer des chemins d’évangélisation.

Dans le monde protestant on recommence à en parler timidement ! Mais la motivation n’est pas encore celle de Paul et des premiers chrétiens. Si on parle à nouveau d’évangélisation, c’est par souci de ne pas disparaître, de mieux s’affirmer et se faire connaître. C’est une église en crise qui cherche à s’affirmer, consciente qu’elle n’est pas assez profilée comme on dit... C’est déjà une prise de conscience...

Mais la motivation de l’Evangélisation est celle décrite par Paul : « Voici ce secret : par le moyen de la Bonne Nouvelle, les non-Juifs sont destinés à recevoir avec les Juifs les biens que Dieu réserve à son peuple, ils sont membres du même corps et bénéficient eux aussi de la promesse que Dieu a faite en Jésus-Christ. »Ep 3,6

La motivation profonde de l’évangélisation, c’est celle qui est capable de mettre en mouvement les mages. Les mages ont entrepris un long voyage, ont fait une enquête, ont offert des présents de qualité et se sont agenouillés devant un enfant. D’où leur est venue cette impulsion, cette force ? Certainement de l’Esprit de Dieu qui a soufflé en eux la conscience, encore floue, qu’il y avait là quelque chose du plan de Dieu pour l’humanité, des biens et des promesses à recevoir et à partager.

Conclusion

Comment allons-nous entrer en 2008, en tant que chrétiens, en tant qu’Eglise ? Allons-nous rester avec le souvenir douillet de nos fêtes de Noël en famille ? Allons-nous entretenir l’idée si confortable que la foi fait partie d’un jardin à cultiver dans le plus grand secret ? Ferons-nous partie de ceux qui dénigrent l’évangélisation ?

-  Allons-nous au contraire, tout mettre en œuvre pour partager les biens et les promesses reçues de Dieu à tout un chacun autour de nous ?
-  Allons-nous au contraire, entreprendre le chemin des mages et entraîner les autres avec nous ?
-  Au fond, se rendre publiquement au pied du Christ pour l’adorer, c’est le premier pas de l’Evangélisation ! Ce sont des mages ignorants des promesses de Dieu qui nous montrent l’exemple !
-  Le rassemblement de Taizé est certainement un encouragement dans ce sens. Si vous êtes montés dans un train en disant que vous alliez au pélerinage de Taizé, c’est p-ê aidé par l’enthousiasme, la foule, et l’ampleur de l’événement... Mais c’est aussi un signe que vous êtes capables d’afficher votre foi dans d’autres lieux, dans d’autres circonstances...

Pour fêter l’Epiphanie et la vivre, pour être des croyants décomplexés, libres et fiers d’adorer le Christ, nous avons besoin de l’aide de Dieu, de son Esprit qui ranime la foi. Je vous invite à recevoir pour vous cette prière de Paul pour les croyants d’Ephèse et de la paroisse de M,E,M.

Prière de Paul pour les chrétiens :

14 C’est pourquoi je me mets à genoux devant Dieu, le Père, 15 dont dépend toute famille dans les cieux et sur la terre. 16 Je lui demande que, selon la richesse de sa gloire, il fortifie votre être intérieur par la puissance de son Esprit, 17 et que le Christ habite dans vos coeurs par la foi. Je demande que vous soyez enracinés et solidement établis dans l’amour, 18 pour être capables de comprendre, avec l’ensemble du peuple de Dieu, combien l’amour du Christ est large et long, haut et profond. 19 Oui, puissiez-vous connaître son amour-bien qu’il surpasse toute connaissance-et être ainsi remplis de toute la richesse de Dieu. 20 A Dieu qui a le pouvoir de faire infiniment plus que tout ce que nous demandons ou même imaginons, par la puissance qui agit en nous, 21 à lui soit la gloire dans l’Église et par Jésus-Christ, dans tous les temps et pour toujours ! Amen. Ephésiens 3,14-21