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L’Ascension, qu’est-ce que cela marque ?

Prédication portant sur : Nombres 6, 22-27 et Actes 1, 1-14

L’Ascension, qu’est-ce que cela marque ?
Joie de la manifestation divine et séparation

L’Ascension est une fête toute particulière !

Elle nous invite à la joie, puisqu’elle marque le retour du Christ auprès de son Père, qu’elle est la manifestation de sa part divine....Désormais, le Christ intercède pour les siens, et il accueille dans son Silence les bruits et les soucis de la Terre...

A côté de la joie, il y a aussi, pour les disciples à vivre son départ et la séparation très concrète d’avec lui. Ils sont confrontés à une coupure, ils ne peuvent plus vivre de sa présence tangible à leurs côtés, ils ne peuvent plus le voir...Alors commence pour eux, une relation nouvelle, celle où, avec les yeux du cœur, ils doivent découvrir et sentir sa Présence invisible et mystérieuse à leurs côtés. A Thomas, Jésus avait dit : « Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu ». Les voilà, comme nous, confrontés à cela : croire sans voir.

Entrer dans l’âge adulte

Cette séparation marque aussi en quelque sorte pour eux l’entrée dans l’âge adulte, celui où Jésus n’est plus là pour les entourer, pour les « materner ». Jésus lui-même leur a dit dans son discours d’adieu :

« Il est préférable pour vous que je parte : en effet, si je ne pars pas, celui qui doit vous venir en aide ne viendra pas à vous. Mais si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7)

Jésus affirme ainsi que la séparation est un bienfait : elle les rend responsables de relayer désormais ce qu’il a vécu, ce qu’il a fait, ce qu’il a dit pour qu’avance dans le monde le bonheur des hommes.

Mais à la séparation est lié le don de l’Esprit :
Jésus annonce à ses disciples sa venue, et il les invite à s’ouvrir à son Souffle.

Luc insiste particulièrement sur ce qui se joue ce jour-là puisqu’il raconte l’Ascension une fois à la fin de son Evangile, et qu’il en redit le récit au début des Actes des Apôtres.

Une première mission : s’ouvrir à son Souffle

S’ouvrir à son Souffle, c’est leur première mission...Les disciples n’ont pas d’abord une quantité de choses à faire, mais ils ont à s’ouvrir, à recevoir l’Esprit.

Une deuxième mission : être béni

La deuxième chose, c’est de recevoir la bénédiction de Jésus.

Ecoutons ce que Luc dit dans son Evangile :

«  ...Jésus les emmena hors de la ville, près de Béthanie, et là, il leva les mains et les bénit. Pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il fut enlevé dans le ciel ». (Luc 24, 50-52)

Dans un même temps, Jésus bénit et retourne vers son Père. N’y a-t-il pas là de quoi bien comprendre que cette séparation est bénédiction...C’est bien ce que saisissent les disciples puisqu’ils retournent à Jérusalem, pleins d’une grande joie alors qu’ils viennent de voir le Christ disparaître...et qu’ils consacrent leur temps à la prière et à la louange.

Retournons maintenant au Livre des Actes :

« Deux hommes habillés de blanc se trouvèrent tout à coup près d’eux. et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » (Ac, 10)

Deux messagers de Dieu, qui, j’imagine, les tirent de leur stupéfaction et qui, par leurs paroles, inaugurent leur nouvelle vie de disciples adultes et les rappellent à l’existence.

Bénédiction de Jésus et de Dieu

Une bénédiction, des paroles de vie, n’est-ce pas là, les premiers gestes de Dieu, quand il crée l’homme ? La Genèse affirme : « Dieu créa l’Homme à son image. Homme et femme, il les créa. Puis il les bénit. »

La bénédiction est au départ du projet de Dieu pour l’humanité. Dieu veut le bonheur de ceux qu’il a créé, non pas le malheur. Il aime chacune de ses créatures, il donne...Il n’est pas un Juge impitoyable, qui cherche à condamner, qui empêche de grandir, de s’épanouir. Non il crée l’homme presque à l’égal des anges, nous dit le psalmiste...(Ps 8, 6) et il est avec lui...Sa bénédiction, il la donne et il nous dit comment il souhaite que nous la donnions à notre tour : individuellement, pour que chacun comprenne combien il est important pour lui.

La bénédiction appelle à la vie et à la paix

Oui, la bénédiction divine concerne chacun tout personnellement dans son histoire de vie, là où il en est . Dans la bénédiction que Dieu indique à Aaron, il dit : le Seigneur te bénit et te garde ! Il fait rayonner sur toi son regard...littéralement Le Seigneur illuminera son visage vers toi...ce qui est la manière hébraïque de signifier le sourire. La bénédiction, c’est le sourire de Dieu...et c’est très parlant. Parce que le sourire, et le regard qui brille et qui l’accompagne, c’est ce qui appelle à la vie.

Nous savons chacun comme nous pouvons être touché par un sourire...parce qu’il est le signe de la confiance, de l’ouverture, de l’entrée en relation, du cadeau de la vie. Et il n’est pas besoin de rappeler longuement le pouvoir d’émerveillement que transmet le sourire d’un tout petit...

Le sourire de Dieu, c’est donc ce qu’il nous donne et c’est par là qu’il nous marque son amour inconditionnel, son absence de jugement, sa bienveillance. C’est cela qu’il nous demande d’accueillir en premier.

Bénir, c’est aussi le geste de Jésus au moment de son départ. Penons le temps de l’arrêt pour imaginer ce sourire donné aussi pour chacun de nous. Pour l’imaginer et le sentir.

Bénédiction et souffle : un cadeau à recevoir

Bénédiction donnée, souffle offert...c’est par un cadeau que commence la relation à Dieu...

Rappelons-nous ce que les disciples font après le départ de Jésus : ils passent leur temps dans la joie à louer Dieu et à prier. L’envoi en mission, le travail à faire, cela ne viendra qu’après.

Voilà une choses précieuse à retenir pour nous : en premier, il nous demandé d’accueillir, de recevoir, de nous laisser toucher par le souffle de Dieu par son regard, lui qui nous sourit, qui se penche vers nous avec amour et compassion.

Une vocation

Ce sourire, c’est aussi celui de l’invitation à la vie et notre vocation de vivants : Dieu ne souhaite pas que nous nous enfermions dans les souvenirs douloureux, dans les culpabilités, dans les drames de nos vies. Il ne nous demande pas la perfection, il nous demande de croire à son accueil, de nous ouvrir à lui. Toute la vie de son Fils, tous ses actes sont là pour nous confirmer son dessein pour chacun de nous.

Il nous demande par contre de nous exercer à la distance, celle bénéfique qui nous permet de devenir responsables de nos vies, de nos actes, et de notre bonheur. Oui de notre bonheur. Je sais, cela peut vous paraître très choquant quand on a vécu des choses difficiles, douloureuses et injustes dans sa propre vie.

Si je peux l’affirmer, c’est parce que Dieu offre de nous dégager des souvenirs étouffants, des situations aliénantes : Il nous invite à la distance qui permet de grandir, et il nous y aide par le Souffle qu’il nous envoie, par la bénédiction qu’il ne cesse de donner.

Le première mission de l’Homme : recevoir et accueillir

Notre mission, notre vocation commence par le fait d’avoir à apprendre à recevoir. C’est parfois quelque chose de très difficile à faire, à accepter, peut-être bien que cela peut prendre des années...mais la clé pour avancer est bien celle de se risquer à l’ouverture. L’ouverture au sourire, à la bénédiction.

La bénédiction de Dieu donne la Paix, parce que justement, elle nous invite, elle nous amène à nous regarder avec cette même bienveillance : Il n’est pas besoin de briller,de réussir, de paraître, de s’agiter sans cesse pour exister et valoir quelque chose. Il n’est pas besoin d’être portant...il n’est pas besoin d’être guéri. Il n’y a pas à se sentir indigne, incapable....pour répondre à sa mission, à sa vocation.

Accueillir accepter de mettre de la distance

Accueillir la paix là où on en est...et accepter de mettre une certaine distance de nous à nous dans notre vie, en suivant ce que Jésus montre quand il affirme que la distance est profitable.

La distance, celle qui nous permet de nous déplacer juste ce qu’il faut pour prendre un recul bénéfique vis-à-vis de nous-mêmes...celle qui nous permet de sortir de ce que nous nous pouvons vivre comme un drame absolu dont il est impossible de se remettre. Je vois ce mouvement comme une invitation à une danse,où ce sont Jésus ou Dieu qui s’approchent de nous en souriant pour nous inviter. Invitation à une danse tout d’abord timide et hésitante mais qui peut devenir de plus en plus affirmée. Le bonheur est possible au bout du chemin.

Accueillir et changer de regard

Accueillir la paix, là où l’on en est...cela change aussi notre regard...peut-être que cela nous permet de ne pas nous sentir menacé par la moindre critique mais que cela nous encourage à regarder les autres avec plus de bienveillance, à moins critiquer ou jalouser autrui.

Et peut-être qu’alors nous pouvons commencer notre mission, notre vocation, qui est de devenir à notre tour bénédiction divine.

Peut-être qu’alors nous pouvons désirer le bonheur, celui des autres et le nôtre comme Dieu désire notre propre bonheur...Peut-être qu’alors nous pouvons accueillir celui que nous croisons comme le Christ nous accueille lui-même, avec le sourire.

Mission des disciples hier et aujourd’hui

La mission des disciples, leur vocation a commencé par un accueil et par une invitation à ce que chacun devienne le sourire de Dieu pour ce monde. Et ils ont été nommé un à un pour le devenir : Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques le fils d’Alphée, Simon et Jude...il y a aussi Marie, elle qui a accepté de vivre pleinement la promesse de Dieu, dans les moments de joie comme dans l’horreur de Vendredi -Saint et qui dit à l’ange de l’annonciation« Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit... »

Notre mission, notre vocation à nous, je l’ai dit c’est de nous ouvrir à recevoir, c’est de nous laisser apaiser dans nos peurs, dans nos exigences vis-à-vis de nous-mêmes comme vis-à-vis d’autrui. Ce n’est pas en premier de faire on ne sait quel exploit, et de nous reprocher ensuite de ne pas être parvenu. Non, notre vocation commence par l’exercice à la distance, à celle qui permet un peu d’humour et le sourire...C’est quelque chose de très concret...Tourner sa face vers l’autre, le regarder et lui sourire...Regarder l’autre, aussi humain que moi, aussi fragile et dépourvue tant que je ne m’ouvre pas à ce qui m’est donné de Dieu...et si nous nous risquions à l’ouverture, si nous nous nous exercions à recevoir puis à donner avant toute autre chose...aujourd’hui ? Alors nous devenons à notre tour bénédiction et alors l’Ascension est vraiment jour de fête...


Claire Hurni, Ascension 25 mai 2006

 

 

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