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Jésus, notre frère
Prédication du dimanche 13 janvier 2008, Claire Hurni
Matthieu 3, 13-17
Nous retrouvons donc Jean Baptiste. Vous le connaissez, ce prophète aux rêves d’espérance, animé par cette conviction profonde : le monde dans lequel il vit n’est pas fermé sur lui-même...c’est un monde ouvert à l’avenir, malgré les difficultés et les tensions du moment.
Jean a acquis une grande réputation. Il donne de la voix pour réveiller l’espérance. « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche ! » Il s’adosse sur les expériences antérieures d’Israël pour lesquelles la vie a été travaillée par la souffrance, par les moments d’exil, par l’esclavage. « Repentez-vous, car le Royaume de Dieu est proche ! » Jean le répète inlassablement aux foules qui viennent vers lui, auxquelles il propose le baptême, ce plongeon dans les eaux vives du Jourdain, pour signifier le désir de renouveler sa relation à Dieu, et pour s’engager dans une vie plus droite et plus juste. Jean propose non des règles compliquées à suivre, mais quelque chose d’accessible : se repentir et s’immerger. Oui, l’eau à elle seule ne purifie pas, c’est la repentance qui introduit au retour vers Dieu et vers son alliance, qui redit l’obéissance et la fidélité... Comme pour Noé et les siens, après le déluge. Comme pour le peuple d’Israël sorti d’Egypte ou revenu d’exil.
Jean propose tout cela, au cœur de la vie ordinaire,...là ou le Royaume est proche.
Et voilà que survient Jésus, lui aussi pour se faire baptiser. Acte d’humilité ? Certainement, mais bien plus que cela... Jésus vient, il se met dans la file des pécheurs qui attendent leur tour. Jean s’oppose, Jean proteste. « C’est moi qui devrais être baptisé par toi, et c’est toi qui vient à moi ! » Lui qui annonçait le Messie, le voilà appelé à baptiser celui qui est plus puissant que lui, celui dont il ne se dit pas digne d’attacher les chaussures. Tout est bousculé. L’ordre des choses, la hiérarchie et bien plus encore la représentation que Jean se fait de Dieu lui-même.
Quel retournement il lui est demandé ! Un retournement semblable à celui que doit faire Pierre quand le Christ veut lui transmettre concrètement son amour en lui lavant les pieds - ou il passe du refus (tu es fou) à l’excès (alors aussi la tête !)
Le dialogue rapporté entre les deux hommes est bref. Jésus n’entre pas en débat. Il reconnaît qu’il y a là une difficulté, mais l’important n’est pas là. « Accepte, nous devons accomplir ce que Dieu demande. » Nous devons accomplir...toi et moi, la volonté de Dieu. À toi Jean, Dieu te demande d’être le lien entre tradition ancienne, de justice, de lois à suivre et nouveauté...Sois à la fois le tenant du passé, mais laisse-toi bousculer par la nouveauté.
Et Jean acquiesce, il se décentre de lui-même ; il se laisse faire, pour donner la place à Dieu.
Le baptême de Jésus lui-même n’est pas décrit. Mais, ce qui est à comprendre, c’est qu’en se faisant baptiser par Jean, Jésus plonge non seulement dans les eaux mais il manifeste ainsi sa profonde et complète solidarité avec le monde des hommes.
Et comme le baptême a eu lieu, voilà que Dieu se manifeste. Une communication s’établit entre le monde céleste et Jésus...Tout est mystère...Matthieu parle de l’Eprit Saint qui descend, comme une colombe un mouvement de Dieu vers lui, tout en douceur et en intimité. Et une Voix se fait entendre qui déclare : « Celui-ci est mon Fils Bien-Aimé, je mets en lui toute ma joie. » C’est bien lui, mon Fils, votre frère ...Voyez mon amour. Voyez celui en qui je mets ma confiance, voyez ma solidarité avec vous tous humains, quelque soit votre condition...voyez, moi Dieu, je me suis fait homme parmi les hommes, Dieu au creux de vos existences à la fois ordinaires et uniques.
Que reprendre pour nous de ce texte ?
l. Tout est dynamique de mouvement
Pour Jésus, très concrètement, voilà qui vient, qui s’approche, qui parle brièvement, se laisse baptiser en descendant dans les eaux dont il ressort. Puis aussitôt après que la Voix a parlé, Il part dans le désert, guidé par l’Esprit - mais non tenté par lui...
Jean, on le voit qui s’oppose à Jésus puis qui se laisse « retourner intérieurement » et qui le baptise... Et il y a ce mouvement de la descente de Dieu qui se fait proche - par son Esprit - comme au début de la Création... et - par cette voix qui désigne, qui nomme et appelle.
Mouvements de uns et des autres - qui se laissent déplacer... Il n’y a pas de questions d’ordre général ou théorique, pas de controverse. Ce sont ces mouvements qui soulignent un questionnement de type existentiel, où se découvre une présence d’amour qui parle au cœur. Dieu ne relève pas d’une adhésion intellectuelle, ni d’un savoir, mais il vient en mouvement dynamique, pour appeler. Jésus et Jean peuvent lui donner une réponse confiante. (Accepte qu’il en soit ainsi).
2. Le baptême vient souligner cet appel.
Baptiser, nommer quelqu’un, c’est le singulariser, c’est reconnaître sa vie, son unicité, c’est lui donner son identité et entrer dans une relation d’amour et d’attachement avec lui. « Tu es mon Fils Bien-aimé en qui je mets toute ma joie. »
C’est pour chacun de nous, accepter la grâce qui nous est faite. Non pas une grâce à bon marché, mais une grâce qui coûte et engage.
3. Dieu espère une réponse - qui passe par la repentance
Dieu offre, il appelle et il espère une réponse. Une réponse qui est confiance, comme pour Jean, qui est docilité et non recherche d’un Dieu imaginaire, taillé à la mesure de ce que je me souhaiterais. C’est la voie que montre le Christ, une voie qui passe par le don même de sa vie.
L’Evangile nous dit une parole forte qui nous accueille, mais qui chercher à nous conduire à la conversion de nos vies. C’est un chemin qui passe par la repentance. Voilà quelque chose que nous n’aimons pas entendre, qui passe mal aujourd’hui, que nous ne acceptons pas facilement.
Il nous est demandé, tout au long de notre vie de réaliser ce qui se joue dans notre baptême : devenir progressivement ce que nous sommes déjà devant Dieu, des enfants aimés inconditionnellement, graciés. Devenir ce que nous sommes, non pas en cherchant à être de plus en plus vertueux, mais en nous ouvrant toujours davantage à la lumière de l’Evangile.
Se repentir, c’est prendre conscience de la distance entre la dynamique du Christ et notre réalité intérieure, avec ses tensions, ses rivalités, ses comparaisons, sa violence, ses regrets...ses ressentiments. Se repentir, c’est ouvrir les portes de notre intériorité pour que nos obscurités soient éclairées. C’est faire le choix du changement existentiel.
Nous avons à faire le mouvement permanent de la conscience de notre éloignement de Dieu, de nos imperfections Non pour ensuite nous dévaloriser ou nous désespérer, mais pour nous laisser transformer. Dieu n’est pas celui qui a réponse à tout, dans un système intellectuel et contraignant, mais il se découvre comme une présence d’amour qui parle à notre cœur et nous aide à vivre.
« on est appelé dehors et il faut sorti de son existence, menée jusque-là, il faut ex-ister ». C’est l’attachement à la personne du Christ qui va transformer ma vie, qui va déplacer mes valeurs et mes références. Dans une sorte d’alignement intérieur de la personne. Pour tenter de vivre ce que disait déjà Esaie : « Voici mon serviteur, je le tiens par la main. J’ai le plaisir de l’avoir choisi....j’ai mis en lui mon Esprit. Il ne crie pas, il n’élève pas la voix, il m’étaient pas la lampe qui faiblit....il est le signe de mon engagement envers l’humanité. »
C’est toute ma position existentielle qui est remise sans cesse en route, qui cherche à rester orientée. Mission impossible direz-vous ? Quand nous touchent les épreuves, les difficultés, les maladies, les incompréhensions ... Oui, ces questions nous entraînent souvent sur la voie des explications, du doute, de la recherche de causes...Et ces questions se transforment le plus souvent des impasses. Dieu n’est pas à chercher du coté du monde qui s’écroule, du monde qui ne met pas à l’épreuve. Dieu est toujours du coté de la vie intacte, celui qui préserve cette part de lumière qui continue à briller, comme une veilleuse dans les moments sombres de notre existence.
Dieu n’est pas du côté de l’adversité, mais il est à nos cotés pour nous permettre de ne pas être seuls contre l’adversité, pour nous aider à tenir bon et à garder courage face à ce qui vient à notre rencontre. Et Jésus par son baptême, inaugure et montre sa profonde solidarité avec nous, avec nos faiblesses, nos chutes, nos péchés, tout ce qui nous éloigne de Dieu, des autres et de nous-mêmes. Jésus nous rejoint totalement, où que nous nous trouvions. Il est frère dans notre humanité. Il n’éloigne pas le mal, il est lui aussi soumis aux épreuves...Il va aller au Désert mais Son Père est un Dieu solidaire, qui lutte contre tout ce qui nous menace. Il est ainsi frère pour que nous devenions les Fils et les Filles uniques du Père en qui il met son amour et sa joie.
Nous savons qu’il ne suffit pas d’accueillir la grâce pour que d’un coup de baguette magique notre personne soit entièrement changée...C’est un travail sur soi que de se laisser imprégner, petit à petit, de devenir de plus en plus ouverts. C’est une dynamique qui me touche de moi à moi, mais qui me dépasse. Ma vie ne doit pas se satisfaire d’elle-même, mais je suis invitée à y ouvrir une brèche pour y faire place aux autres, avec les maladies, les injustices, les deuils. Pour m’en solidariser...et pour m’engager.
Ou j’en suis dans mon travail de vie, dans ma vérité sur moi-même par rapport à mes souffrances, mes exils, mes esclavages. Je peux en garder une mémoire vive, les accepter parce que, venant de plus loin que moi, il m’est dit le renouveau toujours possible ; il m’est donné d’entendre à nouveau la voix de Dieu qui m’appelle bien-aimée.
Amen
Claire Hurni, 13.01.2008



| màj 4 juillet 2010 |