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Jésus-Sauveur

Cultes de Noël du 25.12.11

Lectures : Luc 2,22-35 Puis le moment vint pour Joseph et Marie d’accomplir la cérémonie de purification qu’ordonne la loi de Moïse. Ils amenèrent alors l’enfant au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 23 car il est écrit dans la loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera mis à part pour le Seigneur. 24 Ils devaient offrir aussi le sacrifice que demande la même loi, une paire de tourterelles ou deux jeunes pigeons.

25 Il y avait alors à Jérusalem un certain Siméon. Cet homme était droit ; il respectait Dieu et attendait celui qui devait sauver Israël. Le Saint-Esprit était avec lui 26 et lui avait appris qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie envoyé par le Seigneur. 27 Guidé par l’Esprit, Siméon alla dans le temple. Quand les parents de Jésus amenèrent leur petit enfant afin d’accomplir pour lui ce que demandait la loi, 28 Siméon le prit dans ses bras et remercia Dieu en disant : 29 Maintenant, Seigneur, tu as réalisé ta promesse : tu peux laisser ton serviteur mourir en paix. 30 Car j’ai vu de mes propres yeux ton salut, 31 ce salut que tu as préparé devant tous les peuples : 32 c’est la lumière qui te fera connaître aux nations du monde et qui sera la gloire d’Israël, ton peuple.

33 Le père et la mère de Jésus étaient tout étonnés de ce que Siméon disait de lui. 34 Siméon les bénit et dit à Marie, la mère de Jésus : Dieu a destiné cet enfant à causer la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe qui suscitera la contradiction : 35 ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. Quant à toi, Marie, la douleur te transpercera l’âme comme une épée.

Actes 4, 8-12 8 Alors Pierre, rempli du Saint-Esprit, leur dit : Chefs du peuple et anciens : 9 on nous interroge aujourd’hui à propos du bien fait à un infirme, on nous demande comment cet homme a été guéri. 10 Eh bien, il faut que vous le sachiez, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : si cet homme se présente devant vous en bonne santé, c’est par le pouvoir du nom de Jésus-Christ de Nazareth, celui que vous avez cloué sur la croix et que Dieu a ramené d’entre les morts. 11 Jésus est celui dont l’Écriture affirme : La pierre que vous, les bâtisseurs, avez rejetée est devenue la pierre principale. 12 Le salut ne s’obtient qu’en lui, car, nulle part dans le monde entier, Dieu n’a donné aux êtres humains quelqu’un d’autre par qui nous pourrions être sauvés.

Prédication : Jésus-Sauveur

Dans les récits de la nativité, Jésus est annoncé et présenté avec deux noms qui reviennent régulièrement : sauveur et roi. Autant ce vocabulaire nous est familier, autant, aujourd’hui, il semble détonner. Jésus-sauveur :
-   De quel sauveur s’agit-il ?
-   De quoi Jésus nous sauve-t-il ? Aujourd’hui, on se méfie des sauveurs. On rejette l’idée même que l’on ait besoin de salut. Parce que pour être sauvés, il faut se reconnaître perdus. C’est la planète qui a besoin d’être sauvée du réchauffement climatique. Ce sont les autres qui ont besoin d’être sauvés : ceux qui souffrent de la guerre, de la dictature ou de la faim...

Jésus-roi :
-   De quel roi parle-t-on ?
-   Quelle est la nature du royaume de Jésus ? A l’heure du printemps arabe et de la liberté individuelle, la royauté a mauvaise presse. Si elle perdure, elle reste symbolique. L’idée de soumission à une autorité et à un ensemble de règles n’est vraiment pas à la mode.

En plus de ce décalage avec notre contexte, s’ajoute la diversité du contexte biblique. Les notions de salut ou de royauté varient selon s’il s’agit de textes de l’AT ou des Evangiles ou encore des épîtres... Il faut donc comprendre ce vocabulaire pour pouvoir se l’approprier.

Parcours dans les récits de la nativité : Matt 1,21 : Paroles de l’ange à Joseph « Marie mettra au monde un fils, que tu appelleras Jésus, car il sauvera son peuple de ses péchés. » « Jésus » = « Dieu sauve » (hébreu : Josué)

Luc 1,68-71 : Prophétie de Zacharie « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, parce qu’il a visité son peuple, accompli sa libération, 69 et nous a suscité une force de salut dans la famille de David, son serviteur. 70 C’est ce qu’il avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes d’autrefois : 71 un salut qui nous libère de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent. ...

Ici, le lien avec l’AT est plus explicite : rapport avec la sortie d’Egypte, la famille de David, la libération des ennemis. Tous ces éléments présentent le salut dans son aspect socio-politique.

Cependant, plus loin, dans le même texte au sujet de Jean Baptiste, il est écrit : « ...tu marcheras devant le Seigneur pour préparer son chemin 77 et pour faire savoir à son peuple qu’il vient le sauver en pardonnant ses péchés. »

Jean-Baptiste est celui qui va préparer la venue du messie par le baptême du pardon des péchés. Ici, le salut prend un caractère plus moral.

Luc 2,11 : annonce de l’ange aux bergers « Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur. »

Dans cette annonce, on trouve la succession de trois titres : « sauveur », « Christ », « Seigneur ». C’est l’annonce la plus complète : ce sauveur, c’est le Christ, le messie, l’envoyé choisi de Dieu pour sauver et pour régner !

Mais ce matin, nous allons nous attarder sur le titre de « sauveur ».

1/ Salut socio-politique et pardon des péchés Au fond, il ne faut pas trop séparer le salut socio-politique et le pardon des péchés. Le premier n’est pas spécifiquement attaché à l’AT et le second au NT. Déjà dans l’AT, le salut politique d’Israël face à ses ennemis est étroitement lié à l’attitude de cœur des enfants d’Israël. Les prophètes appellent Israël à la repentance, à vivre une conversion, un salut intérieur et spirituel. La victoire politique et militaire sur les ennemis est la conséquence de cette repentance...

Exemple : Esaïe 64,5 (FC) « Tu viens à la rencontre de ceux qui font ta volonté, qui la font avec joie, et qui pensent à suivre les chemins que tu as tracés. Si tu t’es irrité, c’est que nous étions coupables. Mais c’est toujours sur ces chemins que nous trouverons le salut. »

2/ Le salut en Jésus-Christ L’annonce de Jésus-sauveur, dans les textes de la nativité est donc teintée par cette perspective de l’AT. Mais Jésus, au cours de sa vie, puis par sa mort et sa résurrection, va révéler la vraie nature du salut qu’il apporte. Certains vont être déçus et désillusionnés. Jésus n’apportera pas un salut socio-politique. Il ne chassera pas les Romains. Il ne donnera pas l’autonomie politique et religieuse à laquelle bien des Juifs aspiraient, en particulier les zélotes.

Jésus apporte un salut moral, spirituel et physique. « Dieu a destiné cet enfant à causer la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe qui suscitera la contradiction : ainsi seront dévoilées les pensées cachées de bien des gens. »

Commentaire d’Origène.

« Dieu a destiné cet enfant à causer la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël. » Habituellement, on attribue les deux termes : chute ou relèvement, à des personnes différentes. Dans la ligne d’autres textes qui parlent de la division que suscite le ministère de Jésus, ou encore le jugement qu’il annonce.

Origène fait une lecture originale : Nous sommes tous appelés à chuter pour ensuite être relevés.

Ces expressions d’Origène sont évocatrices du péché comme l’attitude d’orgueil de l’homme : « c’est le péché qui me faisait tenir droit » ; « appuyé sur le péché » Le péché est ainsi évoqué comme une béquille qui nous aide à rester droits devant les hommes. Mais cette attitude n’est que façade !

Origiène parle aussi de « la grâce de tomber ». Pas de relèvement sans chute, pas de résurrection sans mort, pas de vie nouvelle sans mort à soi-même, pas de salut sans repentance, ... N’ayons pas peur de tomber pour être redressés par la main de Dieu !