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Je ne tairai pas ma prière !
Méditation du Psaume 141
Introduction
J’aborderai le Psaumes 141 sous forme d’un simple commentaire. Le Psaumes 141 est une prière individuelle d’appel au secours. C’est un cri de détresse lancé à Dieu. L’auteur est victime d’adversaires, de méchants qui lui font du mal. Ce mal n’est pas précisé. Ce Psaume, comme bien d’autres, contient des paroles violentes : « Que leurs chefs soient précipités contre le rocher ». Ces paroles nous semblent choquantes à la lumière de l’Evangile. Elles semblent souvent incongrues quand elles surgissent au milieu d’une louange... Nous ne savons qu’en faire et notre tendance est de sauter par-dessus à pieds joints. Je vous invite à suivre pas à pas cette prière qui évollue en trois étapes.
1) Appel à l’aide, « Ecoute-moi ! »
1 Seigneur, je t’appelle, viens vite à mon aide, entends mon appel quand je m’adresse à toi. Voilà une entrée en matière tout à fait classique. L’auteur presse Dieu d’intervenir, il y a urgence. La suite est un peu plus originale : 2 Que ma prière monte tout droit vers toi, comme la fumée de l’encens, et ma demande comme l’offrande du soir. Il y a ici une double référence à des textes situés aux deux extrémités de la bible. Le chapitre 30 de l’Exode décrit la pratique du parfum brûlé à « l’autel de la rencontre ». L’autel de la rencontre ce n’est pas l’hôtel, l’auberge du coin, même si on s’y rencontre aussi... C’est l’autel où l’on offre à Dieu des offrandes et où l’on brûle matin et soir un parfum qui symbolise la prière du peuple. Le soir, parce que c’est le moment sensible où le poids de la journée se fait sentir, les souvenirs des événements vécus se dessinent. Il peut être alors difficile d’entrer dans un repos restaurateur. La prière qui monte tout droit vers Dieu comme la fumée de l’encens peut alors être extrêmement bienfaisante. Elle est le lieu où l’on peut déposer devant Dieu ce qui nous angoisse, nous oppresse. Comme la fumée qui monte, on se sent alors plus léger.
Ce passage fait allusion à un autre texte, le chapitre 8 de l’Apocalypse : 1 Quand l’Agneau brisa le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure. ... 3 Un autre ange vint se placer près de l’autel ; il tenait un brûle-parfum en or. On lui remit beaucoup d’encens pour qu’il l’offre, avec les prières du peuple de Dieu, sur l’autel d’or situé devant le trône. 4 La fumée de l’encens s’éleva de la main de l’ange, devant Dieu, avec les prières du peuple de Dieu.
Ce qui m’intéresse ici c’est ce curieux silence d’une demi-heure environ... Il précède la prière et la réponse de Dieu. Ce silence au fond on le connaît bien. Combien de fois Dieu nous semble bien silencieux, peu enclin à répondre ou alors de manière bien lacunaire... Oui notre prière peut être accueillie par le silence de Dieu. Mais c’est pas une raison pour abdiquer ! Le psalmiste nous invite à interpeller Dieu : Seigneur, je t’appelle, viens vite à mon aide, entends mon appel quand je m’adresse à toi. Cette ouverture n’est pas rhétorique, c’est le premier pas du combat de la prière. Ne nous laissons pas décourager par le silence de Dieu ! Un croyant qui arrête de crier, c’est comme un soldat qui abandonne le champ de bataille.
2) Appel pour résister à la médisance, la violence et la vengeance, « Préserve-moi ! »
Après cette première demande, vient un appel d’aide pour résister à la tentation de la médisance, de la violence et de la vengeance : 3 Seigneur, monte la garde devant ma bouche, surveille la porte de mes lèvres. 4 Empêche-moi de me laisser aller à dire une parole mauvaise, ou à faire un geste méchant, imitant ceux qui causent le malheur des autres. Préserve-moi de manger de ce pain-là. J’aime ce Psaume parce qu’il commence par cette magnifique autocritique, ou autocensure. Avant de prendre son gourdin pour taper sur ses ennemis, cet homme accepte de bâillonner sa bouche. Il a l’humilité de demander à Dieu de le préserver de la médisance. Seigneur, monte la garde devant ma bouche, surveille la porte de mes lèvres. C’est simplement magnifique ! Imaginez un ange de Dieu qui campe en permanence comme une sentinelle devant nos bouches ! Ah si seulement, nous faisions chaque matin cette prière. Si tous les protestants de Morges partageaient cette préoccupation et on ajoute les catholiques et les évangéliques, je suis persuadé que la vie à Morges changerait. Nos groupes paroissiaux, nos tea-room et nos foyers deviendraient des lieux où circuleraient la reconnaissance et la bénédiction (opposé de la médisance). On ne viendrait plus à Morges pour voir les tulipes, mais pour respirer la paix qui y règnerait... Ca fait du bien de rêver... Pourquoi l’importance de cette prière préventive ? Médire ou mal agir c’est simplement imiter les méchants, entrer dans l’engrenage du mal ! Préserve-moi de manger de ce pain-là. Seigneur préserve-nous de cet engrenage !
3) Refus d’abdiquer et expression de la vengeance, « Je ne tairai pas ma prière ! »
La prière du psalmiste ne s’arrête pas là. Il refuse d’abdiquer devant la méchanceté. Et c’est là le cœur du combat : 5 J’accepte qu’un homme de bien me frappe, ou qu’un fidèle me corrige ; c’est un geste d’amitié que je ne veux pas refuser. Mais les méfaits des méchants ne feront pas taire ma prière. 6 Que leurs chefs soient précipités contre le rocher, eux qui s’étaient régalés de m’entendre dire : 7 « Comme on laboure et défonce le sol, on a dispersé nos os à la gueule des enfers. »
Le mal, la méchanceté ne devra jamais nous contraindre au silence ! Au contraire ! Mais attention, nous sommes maintenant au cœur de la prière ! ...les méfaits des méchants ne feront pas taire ma prière. Nous avons le droit et même le devoir d’exprimer notre colère, notre révolte et notre envie de vengeance devant Dieu. C’est là devant Dieu que les pensées violentes ou les projets destructeurs que nous échafaudons parfois peuvent trouver un réceptacle. Et si nous ne le faisons pas, la chaudière ne s’apaisera pas, la soupape finira par sauter dans un autre lieu : dans notre salon, sur le pallier, dans la grand rue ou pire face à nos ennemis ! Dieu seul peut recevoir et entendre nos cris de révolte et de vengeance.
En hébreu, le « méchant », c’est « celui qui s’agite ». Le croyant c’est celui qui trouve sa force dans le calme de la prière...
Cette attitude est possible car Christ a vaincu le monde : Vous aurez à souffrir dans le monde. Mais courage ! J’ai vaincu le monde ! Cela signifie que Christ a triomphé des forces du mal. Il peut nous libérer de l’engrenage de la violence et de la haine. Ce combat-là, c’est celui du Christ. Notre combat à nous, c’est celui de la prière. C’est là que nous devons nous positionner en vérité devant Dieu. C’est aussi dans cette vérité de la prière que peuvent apparaître nos propres tords. Je n’en ai pas parlé, parce que ce n’est pas l’objet de ce psaume.
4) Conclusion Le Psaume se termine avec une demande de protection qui résume bien la triple intention de ce Psaume : 8 Les yeux tournés vers toi, Seigneur mon Dieu, j’ai recours à toi. Garde-moi en vie. 9 Préserve-moi du piège qu’on me tend et des embûches de ces gens malfaisants. 10 Que ces méchants tombent dans leur propre piège, tandis que moi, j’y échapperai !
Le premier mouvement dont nous avons parlé, c’est l’appel au secours. Les yeux tournés vers toi, Seigneur mon Dieu, j’ai recours à toi. Le Psalmiste se place devant Dieu, devant son autel et pas devant son confident sur la place du marché. Il crie à Dieu et refuse le silence de la résignation.
Le deuxième mouvement est cette autocensure, demande d’être préservé du mal : Préserve-moi du piège qu’on me tend et des embûches de ces gens malfaisants. Le piège, c’est le cycle infernal de la vengeance...
Le troisième mouvement est l’expression du désir de vengeance adressé exclusivement à Dieu : Que ces méchants tombent dans leur propre piège. Nous pouvons être surpris que le psaume s’arrête sur ces paroles dures. Mais tout a été dit avant, le psalmiste peut alors se décharger de cette pensée pesante et se relevé libre et fort !
Cette libération est un miracle de Dieu, c’est l’œuvre de la résurrection. Dieu a tiré le Christ du séjour des morts, du pouvoir du mal ; il en fait de même pour chacun de nous quand nous l’appelons !
Amen.
Olivier Bader, avril 07



| màj 4 juillet 2010 |