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Inertie du péché et force de l’Esprit
Dimanche 04 janvier 2009
1) La prière des Alcooliques Anonymes
Dernièrement, j’ai été interpelé par la prière des AA, que je connaissais déjà, mais j’ignorais que les AA en avaient fait leur mot d’ordre. Les AA sont un mouvement international qui offre aux alcooliques un lieu de rencontre, d’échange et d’encouragement. C’est un mouvement tout à fait laïc. Pourtant, il a adopté cette prière, récitée lors de ses rencontres. Voici cette prière, appelée « prière de la sérénité » : « Mon Dieu, donnez moi la sérénité d’accepter Les choses que je ne peux changer, Le courage de changer les choses que je peux, Et la sagesse d’en connaître la différence. »
Cette prière distingue deux types de choses :
1/ les choses que je ne puis changer, influencer, parce qu’elles sont au-dessus de mes forces, hors de ma portée.
2/ Les choses qui au contraire, sont dans mon champ d’influence et d’action.
Bien sûr « les choses » que je peux changer et celles que je ne peux pas changer sont différentes pour chacun.
Cette prière est originale dans sa troisième partie :
Et la sagesse d’en connaître la différence.
Toute la difficulté au fond est de discerner ce qui est de mon champs d’action et ce qui ne l’est pas.
Souvent, nous nous entêtons à changer des choses que nous ne pouvons pas.
Mon conjoint a une manie que je perçois comme un défaut et je m’évertue à lui faire perdre cette manie.
Je n’ai plus la vue, les réflexes qui me permettent de rouler en toute sécurité, cependant, je refuse de déposer mon permis.
A l’inverse, nous attendons passivement des changements qui sont pleinement de notre ressort.
Je me plains de ma solitude et j’espère lier de nouvelles amitiés, mais je reste enfermé chez moi.
J’aspire à faire des lectures passionnantes, mais je reste scotchés à la TV....
2) L’inertie du péché
En choisissant, ce texte de Romains, j’ai eu envie de décortiquer ce mécanisme contradictoire qui nous caractérise tous. Une autre raison est de nous encourager en ce début d’année 2009. Combien parmi nous ont-ils formulé au moins une bonne résolution pour 2009 ? Pour comprendre Paul, j’ai choisi ici le français fondamental, encore plus simple que le français courant.
18 Oui, je le sais, le bien n’habite pas en moi, je veux dire en moi qui suis faible. Pour moi, vouloir le bien, c’est possible, mais faire le bien, c’est impossible. 19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais.
Paul constate sa faiblesse, son incapacité à faire le bien. Encore peut-il le vouloir, le désirer, mais le faire est autre chose ! Pire, voilà qu’il fait le mal qu’il ne veut pas... Est-ce que vous vous reconnaissez dans les propos de Paul ? Ex : Combien ardemment j’aimerais aimer ma cousine Jeanne ! Mais quand chaque fois, elle revient avec ses histoires et que je ne peux même pas placer un mot... les pensées qui me viennent à son sujet sont alors bien peu chrétiennes. Ex : Combien je souhaite être quelqu’un de patient et serein dans le quotidien de la vie... Mais quand à la poste, je tire le no 52 et que les guichets affichent le no 11, je peine à réprimer un rictus et un profond soupir qui trahissent mes sentiments profonds. Ex : Combien je veux prier pour la vie de la paroisse et les ministres, mais franchement, si ceux-ci venaient me visiter plus souvent, mon zèle pour la prière serait bien plus ardent !
19 En effet, le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais.
Avec la prière des AA, le dilemme est de l’ordre du « pouvoir », avec ces paroles de Paul, le problème est de l’ordre du « vouloir ». Ainsi, la prière de Paul pourrait être : « Mon Dieu, donnez moi la volonté de faire le bien que je voudrais faire, Et les forces pour rejeter le mal que je ne veux pas faire, Et la sagesse d’en connaître la différence. »
Paul poursuit et nous donne une clé pour comprendre ce mécanisme :
20 Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi. 21 Ainsi, je découvre cette loi : quand je veux faire le bien, c’est le mal qui se présente à moi. 22 Au fond de moi-même, la loi de Dieu me plaît. 23 Mais je trouve dans mon corps une autre loi, elle lutte contre la loi avec laquelle mon intelligence est d’accord. Cette loi me fait prisonnier de la loi du péché qui est en moi.
Paul découvre en lui la loi du péché qui paralyse le bien qu’il voudrait faire. D’où cette question dramatique de Paul : 24 Me voilà bien malheureux ! Qui va me libérer de ce corps qui me conduit vers la mort ?
3) L’œuvre de l’Esprit :
2 En effet, quand quelqu’un est uni au Christ Jésus, la loi pour lui, c’est l’Esprit Saint qui donne la vie. Cette loi m’a libéré de la loi du péché et de la mort. C’est l’Esprit qui donne la vie et le mouvement au croyant, c’est l’Esprit qui le libère de l’inertie du péché. Et cela est possible à cause du Christ qui en mourant à condamné le péché. « Mais Dieu a envoyé son Fils dans un corps semblable à celui des pécheurs pour les libérer du péché. Par là, Dieu a condamné le péché qui agit dans les êtres humains. » Dieu a revêtu un corps humain, menacé d’inertie, mais pour le libéré de cette inertie ! En Jésus-Christ, Dieu annule cette loi du péché. L’Esprit est celui qui active l’œuvre du Christ à la croix. L’Esprit est souvent comparé à un souffle. Le souffle, le vent c’est ce qui pousse qui met en mouvement et aussi, c’est ce qui érode, qui poli les aspérités des montagnes, des cours d’eau... Nous avons donc besoin d’être façonnés, arrondis. Les aspérités de nos cœurs doivent être poncées, pour que les forces de résistance soient limitées au maximum. Explication de la boule de même poids que le cube... Notre devoir est de nous laisser façonner par l’Esprit, de nous exposer à son action. D’où cette expression de Paul dans la lettre aux Philippiens : « mettez en oeuvre votre salut ». « ...avec crainte et tremblement mettez en oeuvre votre salut, car c’est Dieu qui fait en vous et le vouloir et le faire selon son dessein bienveillant. » Philippiens 3,12-13
4) Péché et culpabilité
J’aimerais encore faire une parenthèse au sujet de la notion de culpabilité. Aujourd’hui, ce mot est devenu péjoratif dans la société en général et dans l’église en particulier. Fort peu de prédicateurs abordent cette question, par peur d’être un rabat-joie. Et bien moi je le fais, précisément pour commencer joyeusement et sereinement l’année 2009 ! Effectivement, voici 2 bonnes raisons pour montrer que parler du péché ne signifie pas alimenter la culpabilité.
1/ Le péché : un héritage Si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est pas moi qui agis, mais c’est le péché qui habite en moi. Le péché est un état hérité de nos origines en Adam et Eve. Nous n’y sommes pour rien. Il y a là un mystère. Maintenant, si à la lumière de l’Esprit nous prenons conscience de cet état et que nait un sentiment de culpabilité, c’est bien et normal, comme le dirait le médecin à son patient qui découvre les effets de sa maladie. C’est à ce moment que notre responsabilité entre en jeu : quelle place laisserons-nous au péché dans nos vies ?
2/ Parler et confesser le péché est libérateur Parler du péché, c’est donc le premier pas vers la guérison, guérison en forme de pardon, de libération. « Mais Dieu a envoyé son Fils dans un corps semblable à celui des pécheurs pour les libérer du péché. Par là, Dieu a condamné le péché qui agit dans les êtres humains. » La bible ne parle pas du péché pour entretenir en nous un sentiment de culpabilité, mais pour nous appeler à le dépasser. L’Esprit révèle notre péché, pas pour nous paralyser dans la honte, mais pour nous remettre en mouvement. Mais il y a mieux à faire que de parler du péché, il faut le confesser. C’est la liberté et la grâce que nous avons dans l’intimité de notre relation à Dieu. Amen.



| màj 4 juillet 2010 |