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Il sera pourvu ; l’histoire du petit âne.

Prédication portant sur Exode 3, 7-18 et Luc 19, 28-34

IL SERA POURVU

Allez au village en face. Vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est jamais assis. Détachez-le, amenez-le ici. Et si quelqu’un vous demande « Pourquoi le détachez-vous », dites-lui : « Le Seigneur en a besoin ».

Ça paraît tellement simple ! « Faites ce que je vous dis, ayez confiance ; il sera pourvu. Ça se passera comme je vous le dis ». Oui, allez-y ; ayez confiance...

Chers frères et sœurs, c’est un curieux message que celui de l’histoire du petit âne qui doit attendre les disciples, au bon moment et au bon endroit ; le petit âne dont le Christ aura besoin pour entrer dans Jérusalem, le jour des Rameaux.

Ayez confiance ! Ce n’est pas exactement le message que nous avons l’habitude d’entendre au quotidien. À l’Eglise, oui, de temps à autre, mais dans la vie de tous les jours... ?...

Les journaux, en tout cas, tiennent le discours inverse. « Vous avez vu la guerre qui fait rage par ici ? Vous avez vu tel accident, tel crime, tel problème de société ? Et puis, il y a les statistiques, les prévisions ; ça va devenir difficile ; ça sent le roussi... Le climat, la pollution ; l’emploi, le marché, les relations avec la Chine, les Etats-Unis ».

Oui, que ce soit par les journaux, par la télévision ou souvent par notre propre regard... Nous, les humains, nous ne sommes pas nés spontanément optimistes (c’est le moins qu’on puisse dire) ; ni confiants... en les autres, en la vie, en l’avenir.

« Notre jeunesse est mal élevée ; elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens... » « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents. La fin du monde n’est peut-être pas loin. » « Si les choses continuent comme c’est le cas aujourd’hui, notre société va simplement s’écrouler ».

Ces trois petites phrases viennent respectivement de Grèce, d’Egypte et du Moyen-Orient. Et tenez-vous bien : elles datent toutes d’avant le 4ème siècle avant notre ère... Comme quoi vous voyez, le pessimisme, la désespérance et la déprime face à ce qui vient et qui reste possible, ne datent pas d’aujourd’hui, dans le cœur des hommes et des femmes de ce monde.

Et pourtant nos textes d’aujourd’hui l’affirment haut et fort : « Vous, les disciples, vous trouverez l’âne dont vous avez besoin. » Et « toi Moïse, tu peux aller sans crainte devant les Israélites et les appeler à se soulever contre l’oppresseur ; ils t’écouteront. »

AU PIED DU MUR, LE DOUTE

Chers amis dans la foi, si j’ai choisi ces textes pour aujourd’hui, dans notre marche vers les Rameaux et vers Pâques, c’est parce que ces textes m’énervaient, parce qu’il m’ont posé problème, lorsque je les ai lus. « Allez-y, ça se passera comme prévu ; il sera pourvu ».

D’accord pour dire que la foi, c’est des belles valeurs pour la vie de tous les jours, pour notre relation avec les autres, pour notre vie intérieure. D’accord pour dire que la foi, c’est aussi de l’espérance (plein d’espérance) pour l’avenir... pour un jour lointain, où le monde arrivera à maturité, où tout ira bien sous le soleil... une sorte d’horizon pouvant me servir de motivation à avancer mais néanmoins un horizon un brin théorique.

Mais quand, dans ma vie, je me retrouve, très concrètement au pied du mur... Quand, dans ma vie, je rencontre la souffrance, la douleur ou la mort... Comment espérer que Dieu sera effectivement là ? Qu’il pourvoira effectivement dans les jours qui viennent ? Que les petits ânes dont j’aurai besoin se tiendront bel et bien prêts, à ma disposition ?

« Il sera pourvu... ». N’est-ce pas un peu naïf de croire que Dieu marche juste devant nous pour nous préparer le chemin ?

L’EXPERIENCE DE LA RELATION

Nous pourrions argumenter et philosopher pendant des heures sur le petit âne qui attend son maître... Mais je crois que la confiance en Dieu-qui-pourvoit-pour-nous n’est pas d’abord affaire d’argumentation ou de bon raisonnement. La confiance ne naît que par l’expérience... Par l’expérience d’une relation.

Voyez-vous, ce n’est pas n’importe qui, qui envoie les disciples chercher l’ânon. Non, c’est Celui avec lequel ils ont traversé vents et marées, pendant presque 3 ans, sans que jamais Il ne s’engage envers qui que ce soit à la légère, sans que jamais Il ne manque de respect, d’attention ou d’amour envers qui que ce soit.

Et pour Moïse, je ne sais pas exactement l’expérience qu’il a pu faire près du buisson ardent. Mais c’est bien l’expérience d’une présence qui a été la sienne. D’une présence qui a dû être très intense. Tellement intense qu’il ne lui est pas possible, après coup, de la nommer véritablement. Non, nous dit le récit, Moïse a rencontré « Celui qui est » ; Celui qui est véritablement et qui de tout temps a été pleine présence.

Je crois que je ne peux faire confiance à Dieu et au fait qu’Il sera là, demain, quand j’aurai besoin de Lui, qu’à travers mon expérience qu’il a déjà été là, à d’autres occasions de ma vie... Ou parce qu’un autre, qui lui-même a déjà fait l’expérience de sa présence, me le rappelle, me l’affirme, me le promet, dans l’amitié et dans l’amour.

Et parfois, j’ai réellement besoin des autres pour sortir la tête de mes découragements et pour m’éveiller à une nouvelle espérance.

Quand je me trouve confronté à un décès qui ne peut que provoquer la révolte et que je suis assis impuissant face à une famille en larmes... Quand je réponds à la porte de la cure à une personne plongée dans l’abîme la plus noire de la misère sociale et que je ne peux rien faire, si ce n’est partager quelques instants... Quand le cancer se met à ronger des vies qui me sont chères, et les tsunamis à emporter des villes et des villages qui n’avaient vraiment pas besoin de ça... Alors j’ai besoin que d’autres - encore tout empreints de la présence de Dieu - me rouvrent les yeux et le cœur et me fassent sentir que, dans tout cela, envers et malgré tout, Dieu pourvoira encore - d’une manière ou d’une autre - à la vie.

DE LA MORT A LA RESURRECTION

Le Christianisme ne dit pas que la foi peut faire cesser toute souffrance et aplanir tous les chemins. Non, il dit que, dans ce monde et dans cette vie parfois lourde à porter, il y a une présence qui nous accompagne discrètement et qui nous prépare un chemin sur lequel la vie reste possible.

À Pâques, il y bien une mort - une vraie mort, avec tout ce que ça comporte d’angoisse, de douleur et de tristesse... Mais dans tout cela, paradoxalement, il y également une Vie... Une Vie qui n’efface rien de ce qui a été... Mais qui continue à être là, à respirer et à vivifier ce qui peut l’être... Et qui l’emporte, au bout du compte, bien au-delà de ce que tous les concernés auraient pu imaginer.

C’est l’expérience bienheureuse que j’ai pu faire à de nombreuses reprises. Alors que plus rien n’allait, voici qu’une présence - présente au bon moment et de la manière la plus adéquate - me réinsuffle la vie et que cette dernière renaît de ses cendres.

L’expérience que nous pouvons tous refaire un jour où l’autre ; et après laquelle nous pouvons dire un jour : « Il était là ; et il m’attendait. »

AUJOURD’HUI, JE SENS

Chers frères et sœurs, je ne sais pas exactement comment Dieu intervient. Aujourd’hui, je sens seulement à quel point il est là, encore et toujours à nous précéder et à nous ouvrir la voie, prêt à nous accueillir sur les chemins qui nous attendent. Par des rencontres, des présences, des coups de pouces, des mains tendues au bon moment.

Et j’ai envie de nous redire à chacun : Ne désespérons pas ! Ne désespérez pas !

Je ne peux pas vous souhaiter une vie sans heurts ; je ne peux que vous dire combien je crois que l’amour de Dieu ne peut que nous être révélé encore et encore et redonner de la consistance à notre vie... et de l’espoir pour demain.

Je vous souhaite des présences ; des autres que vous qui sentent qu’il sera pourvu et que Dieu continuera à nous donner, le moment venu, ce dont nous avons réellement besoin.

Allez au village en face - dit Jésus. Vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est jamais assis. Détachez-le, amenez-le ici. Et si quelqu’un vous demande « Pourquoi le détachez-vous », dites-lui : « Le Seigneur en a besoin ».

Amen


Nicolas Besson, mars 2005.

 

 

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