paroissedemorges.ch

Morges | Echichens
Connexion pdf email

Identité en crise

Prédication portant sur Luc 10,32-42, Matthieu 6,25-27.33 et Jean 3,1-12

Notre société est en crise... et notre église ?

En lien avec la campagne de Carême pour le respect de la dignité des droits humains, j’ai choisi d’aborder un thème qui m’a interpellé tout dernièrement : la crise d’identité par laquelle notre société et notre église passe aujourd’hui .

Depuis trois ou quatre décennies, notre monde vit une période de crise identitaire profonde car les repères traditionnels se sont effondrés,

J’ai lu une excellente analyse psychologique et sociologique dont je vous parlerai brièvement, Avant de m’interroger plus précisément sur notre identité spirituelle :

je trouverai intéressant de voir, en quoi cette analyse de crise de la société englobe notre foi, ou pas. Si nous vivons aussi une période de crise spirituelle ? Si le message de notre église est pertinent aujourd’hui ?

Sur l’origine de la crise de notre société, d’abord. De manière générale, on peut dire que jusqu’à ce jour, la démocratie était le seul modèle d’avenir, Aujourd’hui, nous voyons les failles de ce modèle. La grande idée de la démocratie était l’égalité, mais elle a aussi prôné l’individualisation, et aujourd’hui le monde ne peut contenir 5 milliard de nombrils ! Cela paraît difficile.

Puis on a observé un glissement : l’obsession de l’égalité, a glissé vers celle de l’identité Avant on voulait « être comme les autres », aujourd’hui, on veut « être différent des autres »

Le problème d’identité serait d’abord du à la transformation sociale de ces dernières dizaines d’années. la crise d’identité serait aussi la conséquence d’un effondrement de certains repères traditionnels comme le travail, la famille et la patrie.

Ces 3 piliers permettaient à chacun de poser son identité, il y a 10-20 ans, 1-2 siècles. Aujourd’hui, ce n’est plus possible.
-  La patrie, après s’être pleinement affirmée, est aujourd’hui sur le déclin.
-  La famille, a perdu son modèle autoritaire et hiérarchique, et se voit se plus en plus éclatée dans des divorces.
-  Enfin, le travail est victime des nbr restructurations, et ces changements nous empêchent d’avoir le sentiment d’appartenir à une telle entreprise, et d’y mettre sa confiance.

Donc les figures d’autorité du chef d’Etat, chef de famille et chef d’entreprise se sont progressivement effacées, et si chacun y a gagné en liberté, on y a perdu en terme d’identité.

Nous somme libéré du poids des autorités c’est bien, mais si nous n’appartenons à plus rien, nous ne savons plus qui nous sommes. Nous avons donc un problème.

Et pour l’avenir, il faudra éviter 2 écueils :

-  soit l’envie de retourner vers le passé (c’était tellement mieux quand il y avait la dictature du politique ou du religieux ou du patron, au moins on savait qui on était !)

-  soit l’envie de se tourner vers l’avenir, sans esprit critique :
-  tout ce qui est neuf est bien, la déstructuration et la recomposition familiale, les nouvelles identités sexuelles, acceptons toutes les idées nouvelles sans critique.

Voilà 2 écueils à éviter pour traverser cette crise de société.

maintenant, en matière de spiritualité, nous vivons également cette crise, et les écueils sont pareils :

On voit qu’on ne peut ni revenir en arrière (au temps où les Bernois ont imposés le protestantisme), ni avancer les yeux fermés (et dire : toute religion est bonne, chacun peut remplir son caddie au supermarché des religions).

L’autorité de l’Eglise, qu’elle soit catholique ou protestante est en perte de vitesse. Puisqu’on ne va plus à l’Eglise pour qu’on nous dise comment il faut croire, de manière autoritaire, et ce n’est pas un mal, c’est une bonne évolution, là.

mais en même temps, si on rejette l’église traditionelle par principe, sous prétexte qu’il faut se libérer de son autorité, quelle spiritualité peut-on se créer, tout seul, sans aucune référence à un passé, à une histoire ?

...Il est bon d’être libre, il n’est pas bon d’être seul...

Notre église perd de sa reconnaissance dans notre société, elle devra probablement changer sa manière de s’organiser, mais est-ce que son message et notre foi doit changer, parce que ce serait trop vieux ?

C’est une question cruciale qu’il faut avoir le courage de poser.

Je sais qu’il vaut toujours mieux être prophétique que passéiste, vivre avec l’avenir, non avec le passé.

Mais je crois profondément, que l’Evangile, et l’eglise qui le proclame est plus actuel que jamais, et que la situation de Jésus dans sa société, les paroles qu’il prononçait sont tout a fait actuelles. Elle sont toujours de l’ordre de l’avenir et non du passé.

Par exemple : Jésus se trouvait face à certaines autorités religieuses qui appartenaient au passé, et il offrait la possibilité pour chacun d’être libre

Il déclarait que chacun était unique et aimable devant Dieu. Il offrait une identité forte, non devant les hommes mais aux yeux de Dieu.

Il demandait à ce que chacun change sa vie de sa propre volonté. A la fois, par la conversion, il demande un effort, à la fois, ce n’est pas entièrement les hommes qui se créent leur identité, mais ils la reçoivent de Dieu.

Aujourd’hui, nous avons cette même foi, cette même confiance, cette même identité toujours plus actuelle, et nécessaire dans un monde en déstructuration profonde : Stop S’il y a une espèce de pharisaïsme dans nos églises, s’il y a des choses que nous faisons à contre cœur, de par l’autorité de l’Eglise, nous pouvons nous en détacher. Car nous sommes tous au service de Dieu, uniquement.

Nous avons une identité de chrétiens, qui fait que nous nous reconnaissons comme enfant de Dieu, aimé et aimable, humblement,

Nous formons une église et nous ne sommes pas solitaire dans notre coin, car nous croyons qu’il est bon d’être en chemin, ensemble.

Nous restons cependant libre de voir notre foi évoluer, se transformer chacun à notre rythme.

Il n’y a pas de juste manière de croire, mais il y a un chemin, à suivre ensemble.

Enfin, nous devrions être bousculé, comme Jésus bousculait les gens à son époque Aujourd’hui, l’église a perdu une partie de son impact dans notre pays Ca ce n’est pas grave, nous sommes au service du Christ, pas de l’église.

Mais le fait que de plus en plus de personnes reconnaissent qu’elle ont une soif de spiritualité, mais se disent non protestant, ou non chrétien. Ca c’est plus grave.

Car je pense qu’il est difficile d’avoir une spiritualité tout seul, en refusant de se baser sur l’appui et sur la réflexion de milliers de chrétiens, dans l’église qui ont débattu en long et en large ces questions depuis 20 siècles, et qui continuent encore.

Je vois la force et l’actualité de notre église et de notre foi, par le fait qu’elle nous rassemble, qu’elle nous aide à nous questionner, à rester en chemin, c’est une vraie force que nous recevons les uns des autres et de Dieu. Je vois aussi la force de notre église et de notre foi par le fait qu’elle exige non seulement de croire, mais aussi de vivre des actes découlant de cette foi en l’amour de Dieu, et l’amour du prochain.

Enfin, si je suis libre de me forger ma propre identité, elle ne doit jamais ê rigide, fixe et Nous découvrons notre identité véritable en répondant à l’appel de Dieu. En répondant oui ou non, en répondant oui tous les jour ou oui que le dimanche, en répondant oui radical et en se faisant moine, ou en répondant oui arc en ciel, avec toutes les manière dont on peut être chrétien sur cette terre, aimer D et notre prochain comme nous même.

Je crois que Dieu n’est pas placé en arrière, dans un livre poussiéreux de 2000 ans, mais en avant

Et comme chrétien, source d’identité profonde dans un monde en crise,

Je vous invite, à vous enraciner ... en Dieu,

Amen


Didier Heller, 19 mars 2006

 

 

Creative Commons License Sauf mention contraire, la prédication de cette page est placée sous contrat Creative Commons 2.5 BY-NC-SA.