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Morges | Echichens
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Epiphanie


-  1 - Epiphanie - le 8 janvier 2012 - Morges et Echichens (cène) Textes lus dans la célébration : Esaïe 60/1 à 6 (accueil) Psaume 72/5 à 14 et 18 à 19 (louange) Matthieu 2/1 à 12 (sens de l’Epiphanie) PREDICATION : Luc 2/8 à 20

Lecteur : 8 Dans cette même région, il y avait des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leur troupeau.

INTRODUCTION Les bergers. Essayons d’abandonner un instant notre vision bucolique et romantique de ce personnage du paysage biblique. C’est un rude métier. Dehors par tous les temps. Sur le qui-vive constamment,pour réagir aux attaques d’animaux sauvages, pour prévenir les soustractions des voleurs de bétai l . Le berger est responsable sur sa propre vie des bêtes qui lui sont confiées. De plus, il est souvent mal payé pour cette tâche. Le berger se voit donc contraint d’adopter un style de vie qui le met, la plupart du temps, à l’écart de la société. C’est un pauvre,un marginal, un sans-grade. Méprisé par les élites politiques et surtout religieuses, les prêtres et les pharisiens, parce que souvent dans l’impossibilité d’observer la Loi et d’accomplir les rites de la religion, le berger se voit privé de tout accès au salut. Le berger est exclu de la proclamation du royaume, royaume triomphal de Dieu encore à venir. Et c’est dans la nuit que ces bergers reçoivent la révélation. Dans la sombre situation du peuple d’Israël , dans la dure condition qui est la leur, c’est à ces petits, humbles et marginaux, parmi le peuple que le Messie est présenté en premier. Ce sont eux qui vont devenir les premiers relais de la bonne nouvelle, face aux savants et face aux puissants. Les bergers sont la représentation, la préfiguration des chrétiens, de l’Eglise, dans un cheminement que je vois jalonné de cinq étapes. Et il ne s’agit pas du cheminement de chaque individu pris isolément : dans le texte en effet, ils sont toujours désignés en tant que groupe. C’est le cheminement même de l’Eglise, qui dit aussi sa raison d’être et la motivation de son action dans notre monde. Un mot encore de l’expression « dans cette même région » : même si tu te sens, pour toutes sortes de raisons, aussi petit, à l’écart et marginal que les bergers de cette époque-là, comme eux, tu n’es jamais si éloigné que ça de la Bonne Nouvelle !

Lecteur : 9 Un ange du Seigneur leur apparut et la gloire du Seigneur les entoura de lumière. Ils eurent alors très peur. 10 Mais l’ange leur dit : « N’ayez pas peur, car je vous apporte une bonne nouvelle qui réjouira beaucoup tout le peuple : 11 cette nuit, dans la ville de David, est né, pour vous, un Sauveur ; c’est le Christ, le Seigneur. 12 Et voici le signe qui vous le fera reconnaître : vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » 13 Tout à coup, il y eut avec l’ange une troupe nombreuse d’anges du ciel , qui louaient Dieu en disant : 14 « Gloire à Dieu dans les cieux très hauts, et paix sur la terre pour ceux qu’ il aime !

1. REVELATION ET PAROLE Révélation impressionnante et marquante de la présence de Dieu. Mais la présence de Dieu ne se révèle pas sans parole. La parole rend la révélation intelligible. La révélation est destinée à rendre évidentes la présence et l ’action de Dieu, et non à susciter la crainte et l’écrasement, jamais à imposer la négation de la conscience, de l’intelligence ou de la liberté humaines. La parole explicite ce que Dieu fait, ce qu’il crée, comment il vient à la rencontre de l’être humain. Les messagers que sont les anges proclament et remercient pour la présence et l’action de Dieu au ciel et sur la terre, c’est-à-dire dans l’univers entier. Ils mettent en correspondance, en corrélation, la proclamation de la grandeur de Dieu, de sa puissance créatrice, avec la paix pour ses bienaimés. Et la paix pour ses bien-aimés, cela signifie le pardon, l’épanouissement, le bonheur, pleinement possibles pour l’être humain en relation avec ses semblables et avec le monde luimême.

Lecteur : 15 Lorsque les anges les eurent quittés pour retourner au ciel , les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons donc jusqu’à Bethléem : il faut que nous voyions ce qui est arrivé,ce que le Seigneur nous a fait connaître. »

2. PRISE DE CONSCIENCE ET DECISION Nous avons sans doute déjà vécu de ces moments privilégiés, intenses et précieux, lors desquels il nous a semblé que le ciel lui-même était venu à la rencontre de la terre. Nous avons été comme irradiés de la glorieuse présence, de l’ ineffable et illimitée tendresse de Dieu à notre égard. Nous avons comme participé quelques instants à la vie du Royaume de Dieu. Les bergers viennent de connaître un tel moment. Ce qui surprend à ce point du récit, c’est que loin d’en rester subjugués, ils se concertent pour décider de la conduite à tenir. D’un côté il y a l’extraordinaire explosion spirituelle, émotionnelle et physique de la révélation divine, de l’autre il y a cette attitude factuel le, pragmatique,raisonnée, presque sérieuse, qui s’interroge sur les suites de l’expérience et la décision à prendre pour l’avenir. On se croirait presque à un colloque pastoral ou à une séance de Conseil paroissial , tant il est vrai que nous autres protestants (vaudois) avons plutôt l’habitude de bien cadrer les choses, d’évaluer notre vécu avec prudence et circonspection, de bien structurer notre foi et notre conduite au prix, quelquefois, de la spontanéité et de la joie de vivre ! Ceci dit, l’expérience spirituelle qui est celle des bergers, forte, vivante, profonde, n’exclut pas la réflexion, la discussion, le discernement commun de ce qui est en train de se passer et où aller. Une réflexion, une discussion et un discernement commun bien nécessaires à la vie, au développement et au témoignage de la communauté chrétienne. Dans la même logique, un mot sur ce verbe « connaître ». Il est lui aussi porteur de ce que nous apprenons de Dieu lui-même par une révélation bouleversante, mais aussi les uns des autres par le partage et l’étude de la Parole biblique. Et tout cela constitue l’acte de foi qui les fait se mettre en route !

Lecteur : 16 Ils se dépêchèrent d’y aller et ils trouvèrent Marie et Joseph, et le petit enfant couché dans la crèche.

3. CHEMINEMENT ET EXPERIENCE En peu de mots, voici la rencontre, à la fois confrontation et vérification de cette étonnante et scandaleuse nouvelle d’un Dieu qui partage ce que la vie a de plus trivial, de plus concret, de plus humble. Il partage en particulier la vie ordinaire d’une famille, dont les prénoms sont cités à défaut du sien, encore « petit enfant », anonyme parmi tous les petits enfants nés au milieu de cet énorme mouvement du recensement, nés au coeur de la même nuit. En d’autres mots, voici ce qu’en dit Daniel Marguerat, professeur honoraire de Nouveau Testament, dans une récente interview : « Aucune religion n’est allée aussi loin que le christianisme pour dire que Dieu, le Dieu tout-puissant, le Dieu du ciel , n’est désormais plus à chercher dans les altitudes célestes, mais dans la profondeur de la vie humaine. C’est un message bouleversant : Dieu est présent à toute vie humaine, dans la tendresse comme dans les souffrances. Il est à chercher là, dans le tissu de nos relations. »

Lecteur : 17 Quand ils le virent, ils racontèrent ce que l’ange leur avait dit au sujet de ce petit enfant. 18 Tous ceux qui entendirent les bergers furent étonnés de ce qu’ ils leur disaient. 19 Quant à Marie, elle gardait tout cela dans sa mémoire et y réfléchissait profondément.

4. TEMOIGNAGE ET PARTAGE A nouveau la rencontre suscite une parole. Ils racontent, et non répètent. Pour moi la nuance est importante. Car raconter, c’est prendre à son propre compte ce que l’on a entendu, compris, expérimenté dans cette relation avec Dieu. Et c’est le dire, le partager, avec ses propres mots, son propre langage, dans sa propre époque, dans sa propre culture. Quand je ne fais que répéter, je joue le jeu du prosélytisme : convaincre à tout prix, faire changer d’avis, convertir au sens de faire adhérer de force à la vérité unique dont je me considère le seul détenteur ou messager autorisé. Quand je raconte, j ’affirme et je présente cette foi chrétienne essentielle pour moi, qui change ma vie, me fait me sentir plus heureux et épanoui au milieu des autres. Je joue alors le jeu de la conviction : inviter ouvertement, dans le respect de la liberté de l’autre d’adhérer ou non. Et il s’agit aussi de prendre acte de l’étonnement qui vient en première réponse de ce témoignage. Remarquons que cet étonnement peut avoir deux faces, celle de l’ ignorance et celle de l’indignation. Le texte ne précise pas de quel étonnement il s’agit, mais plus tard dans l’Evangile, Jésus lui-même sera confronté au même genre de réaction. Et bien souvent face à lui, l’étonnement cèdera facilement le pas à la colère et à la violence. Ceci pour dire qu’aussi sincère et ouvert qu’ il puisse se présenter,le témoignage de l Egl ise chrétienne, le fait qu’elle raconte ce qu’elle a entendu et reçu, de même que les moyens qu’elle utilise pour ce témoignage, tout cela ne sera pas toujours accueilli avec bienveillance.

Lecteur : 20 Puis les bergers prirent le chemin du retour. Ils célébraient la grandeur de Dieu et le louaient pour tout ce qu’ ils avaient entendu et vu, car tout s’était passé comme l ’ange le leur avait annoncé.

5. RECONNAISSANCE ET LOUANGE A la lecture de ce récit, quelqu’un m’a demandé qui avait gardé leurs troupeaux durant tout ce temps d’absence, pour se rendre auprès du Christ. J’ai répondu : soit ils y sont allés en délégation, et leurs collègues ont pris soin des bêtes, soit ils les ont prises avec eux. Je pense que les bergers n’ont pas perdu le sens des réal ités. Ils n’ont pas oublié non plus leurs responsabilités. Ils y retournent en gardant en leur coeur la trace indélébi le et la force indéracinable de la révélation et de la parole, de la prise de conscience et de la décision, du cheminement et de l ’expérience, en bref de leur rencontre avec Dieu qui change la vie pour toujours. Ainsi , tout ce qui fait intérieurement et extérieurement partie de la rencontre avec le Christ ne nous met pas entre parenthèses, ne nous retire pas de la vie. Cette rencontre ne nous soustrait pas aux nécessités et aux aléas qui constituent nos existences. J’observe que les bergers, de retour chez eux, continuent à témoigner, à exprimer publiquement leur louange et leur reconnaissance. Ainsi , les nécessités et les aléas qui constituent nos existences prennent une nouvelle dimension qui s’exprime publiquement par la louange et la reconnaissance. Quelle meilleure description du culte ? Nous sommes ici pour prier et chanter parce que nous avons tous reçu la révélation du projet de Dieu pour le monde et pour nous mêmes, nous avons entendu sa parole, nous l’avons tenue pour vraie et avons répondu à son appel, à la rencontre du Christ. Nous sommes ici avec notre cheminement et notre expérience, avec notre compréhension de ce qui s’est donné à ce moment-là de l ’histoire humaine et de ce qui s’est donné à différents moments de nos propres histoires. Nous sommes ici pour proclamer cette bonne nouvelle et nous encourager mutuellement à le faire à l ’extérieur de ces murs, dans notre entourage et dans nos communautés humaines, selon nos inspirations, nos possibil ités et nos capacités propres. Tel est le message de l’Epiphanie. Le message qui récapitule ce qui constitue l’essentiel pour nous-mêmes et pour le monde, la lumière de cette présence indéfectible de Dieu. Amen. DEO GRATIAS