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Ecoute Israël !

Prédication du dimanche 25 novembre 2007, Nicolas Besson

Prédication Dt 6 : 4-9 et Mt 13 : 1-23

Ecoutez-vous ?

Vous entendrez bien, mais vous ne comprendrez pas. Vous regarderez bien, mais vous ne verrez pas... C’est à se demander si la prophétie d’Esaïe nous concerne nous aussi, aujourd’hui, nous, adeptes de l’Evangile, ici à Morges, en ce début de 3ème millénaire.

Entre vous et moi : Etes-vous venus, ce matin, pour écouter ? Avez-vous, tout à l’heure, vraiment écouté et entendu ce que nous avons lu dans l’Evangile ? Et moi... Ai-je réellement écouté la Parole que je tente de vous transmettre, maintenant ? Ou est-ce que je me contente finalement de vous rabâcher des paroles que j’ai assimilées depuis longtemps et qui ne me génèrent plus, à moi-même, ni surprise, ni espoir, ni émotion ?

Est-ce que vous écoutez ? Est-ce que nous écoutons ? C’est une question capitale ! Car si on n’écoute qu’à moitié, on ne saisit qu’à moitié. Et quand, c’est l’Evangile qu’on n’écoute pas vraiment, eh bien, il ne nous transforme pas vraiment non plus. La Parole écoutée d’une oreille ne peut rien pour nous. Elle ne sert à rien. En tout cas, elle ne nous dira rien d’une Bonne Nouvelle ; elle nous rappellera juste une petite morale, quelques valeurs que nous connaissions déjà... rien de plus !

Un appel répétitif

Chers frères et sœurs, je suis très frappé par les appels répétitifs de Dieu ou de ses prophètes, dans l’Ancien Testament : Shema Israël ! Écoute Israël ! Et, dans le Nouveau Testament, les Evangélistes, les apôtres et le Christ, lui-même, ne cessent de reprendre cet appel : Ecoutez ! Et vous vous souvenez certainement comment commence l’Evangile de Jean : La Parole est venue dans le monde, mais les hommes ne l’ont pas écoutée.

Alors, nous dit Jésus, ce matin : Ecoutez ! Écoutez ce que signifie la parabole du semeur. Parmi les humains de ce monde, il y a ceux qui écoutent, mais chez qui le Mal qui rôde un peu partout arrache la Parole qui a été semée. Il y a ceux qui écoutent et qui sont tout prêts à se laisser transformer ; mais voilà : un coup de vent survient dans leur vie, et tout s’arrache, parce qu’ils n’ont pas vraiment laissé la Parole s’enraciner en eux. Et puis, il y a aussi ceux qui écoutent, mais qui d’emblée ne laissent pas beaucoup de place, en eux à la Parole, parce qu’ils sont trop torturés par leurs soucis ou trop obsédés par leurs richesses.

Finalement, il y a ceux qui écoutent, qui se rendent disponibles et qui se laissent travailler de l’intérieur par la Parole, comme une bonne terre. Mais, à entendre Jésus, ceux-ci, en réalité, ne semblent pas être très nombreux. Et surtout, personnellement, je ne suis pas vraiment sûr d’en être. Pas toujours, en tout cas. (Et si, en ce qui me concerne, ça m’interroge ou que ça me peine, ce n’est pas tellement parce que ce serait mal de ne pas écouter l’Evangile ; mais parce que rester hermétique à celui-ci me prive de la Vie qu’il contient.)

Écouter ne va donc pas de soi ! Comprendre ne va pas de soi ! Se laisser transformer ne va pas de soi ! Or, à bien y réfléchir, c’est évident : sans ce premier effort de l’écoute... sans ce premier effort d’une véritable attention à ce qui m’est dit... L’Evangile ne pourra tout simplement rien susciter dans mon existence.

Alors écouter, c’est quoi ?

S’écouter soi, écouter la Parole

À relire attentivement la parabole, j’ai fait la découverte suivante. L’écoute à laquelle le Christ nous invite est, en fait, une double écoute. Il s’agit, d’une part, de nous faire attentifs à sa Parole - à celle de Dieu. De l’écouter avec notre être tout entier ; avec notre intelligence, notre corps et notre âme... Mais il s’agit encore, d’autre part, de préparer notre terre intérieure. Ou dit autrement : de nous écouter nous-mêmes.

Qu’est-ce à dire, si ce n’est que ça ne sert à rien de lire ou d’écouter la Bible, sans savoir où nous en sommes, en nous-mêmes. Sans repérer en quoi le texte pourrait nous concerner, sans repérer où il pourrait nous toucher. Ce qu’il pourrait guérir, en nous. Quelle est la partie, en nous, un peu endormie ou morte, que la Parole d’Evangile pourrait réveiller, voire ressusciter.

Prenons un exemple tout simple. Admettons que je lise la parabole bien connue du Bon Samaritain. Je l’écoute, je l’étudie, je la comprends : le Samaritain s’est arrêté pour recueillir un homme blessé, un ressortissant de la tribu rivale, en quelque sorte. Et il ne s’est pas occupé de lui en se faisant imposant, mais simplement en le laissant à l’Hôtel, aux bons soins d’un autre, en assumant, par ailleurs, tous les frais. Et voilà... Et alors ? Et alors, ce récit, cet exemple cité par le Christ, n’a aucun intérêt, si je ne refais pas un retour sur moi-même, si je ne m’écoute pas moi-même. Parce que la vraie question de ce récit est la suivante : et moi, dans ma vie, très concrètement, cette semaine qui vient de s’écouler et la semaine qui vient, qui sont ceux qui ont besoin de moi ? Et de quoi ont-ils besoin exactement ? Et surtout : Est-ce que je me suis arrêté auprès d’eux ? Est-ce que je vais m’arrêter auprès d’eux ? Par ailleurs, est-ce que je ne me fais pas trop imposant ou possessif, lorsque je donne un coup de main à celui-ci ou à celui-là ?

Je n’écoute pas vraiment la Parole, tant que je ne m’écoute pas, en même temps, moi-même.

Je trouve, d’ailleurs, très intéressant, que ce à quoi le Christ nous rend attentifs, ici, correspond pleinement aux théories psychologiques actuelles du développement. On ne se développe, selon les auteurs les plus récents, que si on provoque une confrontation entre ce que nous pensions jusque-là et ce que pensent d’autres que nous rencontrons ou dont nous lisons les ouvrages. Dans la perspective qui nous intéresse, je ne me développe donc que si je confronte ce que je pensais, croyais, sentais, espérais jusque-là, avec ce que pense, croit, sent, espère le témoin biblique. Je ne progresse, à la suite du Christ, que si je crée un débat, une discussion entre la manière dont je voyais mon existence jusqu’à présent et ce que le Christ me dit de l’existence.

Pour qu’il y ait un vrai débat - à l’intérieur de moi-même - entre ma vision des choses et celle du Christ, je me dois, par conséquent, bel et bien de me faire pleinement attentif à l’une comme à l’autre.

Repérer du neuf

Shema Israël ! Écoute Israël ! Ça veut donc dire que nous sommes censés découvrir du neuf, à chaque fois que nous ouvrons l’Evangile ou que nous fréquentons le culte ?! Peut-être, mais pas forcément. Dans le monde et dans nos vies, rien n’est jamais vraiment neuf. D’ailleurs, l’Evangile lui-même n’est pas nouveau ; il a deux mille ans. De même, l’amour humain, ce n’est rien de neuf ; ni l’espérance, ni la charité, ni la justice. Par contre, oui, très certainement, ils peuvent reprendre une consonance tout actuelle, dans nos existences. Ils peuvent revêtir une urgence toute nouvelle, un message renouvelé.

Les rabbins nous disent que shema - écouter - est composé d’initiales signifiant levez vos yeux vers le haut ; vers le haut ne désignant pas le ciel, mais signifiant toujours un peu plus haut, toujours un peu plus haut que l’esprit humain.

Aussi, si l’Evangile ne nous invite pas à redécouvrir une nouveauté fondamentale, il nous invite, en tout cas, à regarder un peu plus haut que ce que nous ferions sans le lire, sans l’écouter. À voir un peu plus loin, que ce que je pourrais le faire tout seul, de ma propre initiative.

Oui : Ecoute Israël ! Ce que je te dis aujourd’hui, tu le graveras dans ton cœur ! Tu le transmettras à tes enfants. Tu y penseras et y réfléchiras quand tu seras debout, assis ou couché. Tu attacheras mes paroles sur ton bras, ton front, tu l’inscriras sur les portes de tes maisons, de tes villes.

Pourquoi - me direz-vous - tant d’insistance de la part de Dieu ? Il la connaissait, sa Parole, le peuple d’Israël. - Oui, mais, c’est comme pour l’histoire du Bon Samaritain. On a beau savoir, on a beau avoir compris, mais souvent, on n’écoute plus. On s’est habitué à la Parole, et elle perdu de son actualité, de son sens ; son appel n’est plus qu’un murmure. Et surtout, on ne voit plus trop le rapport avec nous-mêmes. Alors, il est utile de l’avoir sur soi, en toute circonstance, face à toute personne que nous rencontrons, face à toute situation qui survient, pour qu’elle nous provoque au débat. Pour qu’elle nous dise : Et là, maintenant, ça veut dire quoi pour vous aimer, espérer, lutter pour la justice ? L’avoir sur soi, pour qu’elle nous porte un peu plus haut, nous pousse un peu plus loin, nous incite à grandir encore un peu.

Ecoute, je t’en prie

Chers frères et sœurs, finalement, dans la Bible comme dans notre quotidien, le plus grand priant de tous les temps, c’est Dieu lui-même. Et sa prière ne cesse de retentir encore et encore : Ecoutez-moi ! Ecoutez-vous vous-mêmes ! Accueillez ma Parole comme une bonne semence. Et préparez la terre de vos existences comme un terreau bien remué qui sait de quoi il ma besoin et où il va abriter ce qui va être semé.

Oui, je crois que Dieu nous prie d’accorder de l’attention à sa Parole, sous peine que celle-ci reste lettre morte, simple connaissance qui ne suscite rien, ne développe rien, ne guérit rien, ne ressuscite rien.

Et je crois aussi, qu’il ne nous demande pas d’être d’accord, comme ça, d’emblée, sans réfléchir, avec tout ce qu’il nous dit ou nous murmure. Mais qu’il nous invite à nous frotter à son Evangile, à entrer en débat avec lui, à partir des situations qui sont les nôtres ; à ruminer ses commandements, à digérer ses recommandations, à prendre le temps qu’il faut pour nous forger une vision des choses. Et de la sorte - j’en suis persuadé - il peut faire en nous toute chose nouvelle.

Amen