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Culte missionnaire

Chers amis en Christ, Nous ne pouvons pas, au cœur de ce culte missionnaire qui nous réunit ce matin, faire l’impasse sur l’actualité. Nous sommes constamment mis au défi du monde et c’est dans cette interaction que l’Evangile donne du sens..
Ce qui s’est passé à Haïti ces dernières semaines ne saurait passer inaperçu et les mots nous serrent à la gorge pour pouvoir exprimer cette indescriptible douleur. C’est la douleur de l’homme qui traverse un monde quelque fois dangereux, capable à tout moment de se révolter et de nous confondre jusque dans l’espérance que nous entretenons jour après jour, l’espérance d’un monde meilleur qui soudain se laisse dévorer par des vagues d’inhumanités. Un culte missionnaire a ceci de particulier, c’est qu’il nous presse à nous centrer sur la mission de nos communautés chrétiennes, à la nature de l’Eglise, à sa responsabilité mais aussi à ses chances. Le texte de méditation de ce jour nous renvoie au début du ministère de cet homme nommé Jésus qui aujourd’hui encore et plus que par le passé constitue le motif central de notre rencontre. Nous sommes au début de son ministère, même si, à sa suite, aucun nom de disciples ne figure encore, même si pour tous ces croyants présents à la synagogue ce jour-là, il n’est rien d’autre que le fils d’un charpentier de Nazareth. Ce jour-là, comme à l’accoutumée, le programme cultuel prévoyait des lectures et notamment une, tirée des livres prophétiques. On attendait de Jésus une lecture, peut-être une exégèse intelligente mais pas un commentaire qui fasse de lui le sujet principal. Le message de Jésus vient ébranler la sérénité habituelle des croyants venus au rendez-vous hebdomadaire. L’irritation, la consternation même suite à ce qu’il dit sur la prophétie d’Esaïe 61. Nous n’allons pas énumérer dans les détails les attentes de ce petit peuple de Nazareth. Mais il est certain que l’attente messianique, la venue du sauveur reste l’attente principale : que tout sera nouveau, que cette année de grâce arrivera, que tout changera, bref : que le royaume de Dieu s’accomplira. Seulement, qui au milieu de ces érudits et ces sages de la Torah pouvaient un seul instant croire aux paroles du fils de Joseph : « Aujourd’hui même cette prophétie de l’Ecriture est devenue réalité » ? L’accomplissement du royaume de Dieu a cette caractéristique, c’est qu’il ne répond pas aux attentes qui sont toujours les nôtres. On attend qu’il n’y ait plus de mal, mais il fait irruption sans crier gare. On attend que la vie soit définitivement belle, plus de chicanes, plus d’accident de route, plus de maladies, plus de tremblement de terre. Mais ce ne sont pas nos propres critères qui accomplissent ce royaume qui nous voulons ardemment vivre. Pas besoin d’être prophète pour savoir que nombre de ces victimes de Haïti ont pu dire comme chacun de nous ici présents cette parole à la fin 2009 : « Bonne année 2010 ». Une année de grâce c’est le souhait de chacun, une délivrance ou une libération ce sont des objectifs que nous visons en tant qu’individu et en tant que communauté. Mais répond-il seulement à nos prières, lui, le Christ, qui martèle ces paroles prophétiques à son compte ? Comment ne pas se révolter comme ces concitoyens de Jésus lorsque nous l’entendons conclure cette prophétie d’Esaïe ? En effet, s’il y a quelque chose que nous ne devons pas abandonner, en dépit des souffrances humaines et des impasses qui les caractérisent de temps en temps, c’est bien l’espoir de voir se réaliser le royaume de Dieu. Il y a quelque chose de concret dans cette réalisation du royaume, c’est qu’il est présent là où la communauté est réunie, là où la Parole est proclamée. Aujourd’hui, la communauté s’agrandit contrairement à ce qu’on peut penser, la famille de Dieu prend des proportions à travers le monde et c’est un motif d’encouragement pour tous ceux qui désespèrent ici dans la partie nord-Ouest de l’Europe. Oui ce royaume est en marche. Chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée ici, rappelons nous qu’elle retentit aussi au loin, chez nos frères et sœurs des autres pays et continents. C’est à travers ce lien spirituel que nous expérimentons la présence effective du Christ. Les prières des uns en faveur des autres, les intérêts que nous portons pour les uns et pour les autres en sortant de nos tours d’ivoire. C’est également à travers les liens humains, les rencontres concrètes, les possibilités de se retrouver autour des projets qui valorisent l’humain dans son corps, son intelligence etc. Le royaume est aussi présent d’une manière subtile là où la foule cherche à le nier, à l’oppresser. Il emprunte les chemins insoupçonnés d’une foule même compacte. Car comment imaginer qu’il ait pu échapper à cette foule qui voulait le précipiter dans le vide ? Le royaume de Dieu ne se réalise pas dans le vide, il se réalise dans la vie des hommes, dans la réalité difficile et hostile de ce monde. Le royaume de Dieu ne s’enlise pas dans le chaos mais il le traverse. Il est avec ceux qui traversent le chaos. Le chaos est là comme la croix que le Christ lui-même n’a pu éviter. Ce qu’il fait, c’est traverser nos situations chaotiques, nos tremblements de terre. Traverser sans s’enliser. Face à nos propres chaos, nos révoltes, nos deuils, nos misères, nos maladies, prions que le royaume de Dieu soit cette traversée qui ébranle nos désespérances. Cherchons aussi les signes de ce royaume dans nos vies. Ils nous apporteront du réconfort, ils nous ferons du bien. Amen.