paroissedemorges.ch

Morges | Echichens | Monnaz
Accueil >Spiritualité >Quelques prédications > Culte Rwanda : Aller à la rencontre...
Connexion pdf email

Culte Rwanda : Aller à la rencontre...

Aller à la rencontre... Comme notre chant le dit, nous voulions rencontrer nos frères et nos sœurs rwandais. Nous n’avions pas réalisé ce que cela signifiait vraiment de rencontrer des frères et des sœurs, ni peut-être de vivre entre nous en tant que frère et sœur. Ce qui nous a aidé, c’est d’avoir le privilège de participer à un travail communautaire avec un groupe de jeunes rwandais et leurs pasteurs.

Prédication « Rwanda » : Ephésiens 2 ; 18-22 et Luc 6 ; 46-49

Aller à la rencontre... Comme notre chant le dit, nous voulions rencontrer nos frères et nos sœurs rwandais. Nous n’avions pas réalisé ce que cela signifiait vraiment de rencontrer des frères et des sœurs, ni peut-être de vivre entre nous en tant que frère et sœur. Ce qui nous a aidé, c’est d’avoir le privilège de participer à un travail communautaire avec un groupe de jeunes rwandais et leurs pasteurs. L’Etat rwandais demande à chaque paroisse du pays de construire une maison pour le paroissien, la paroissienne la plus démunie, et il y en a beaucoup. Le projet proposé dans la région où nous allions, à Butare était une maison pour Bernadette, une femme veuve suite au génocide de 1994. Dans le pays, ils organisent une fois par mois des travaux communautaires où les villageois, les paroissiens se mettent ensemble pour un projet de reconstruction et nos amis rwandais nous ont associés à un de leur projet, nous ne sommes pas arrivés avec le nôtre et ce fut un projet où on a partagé quelque chose de la relation, de la rencontre. Cette semaine de construction a été source de bien des découvertes et des surprises. Tout d’abord les matériaux mis à disposition pour la construction de cette maison : de la terre, prise dans le terrain près du chantier et de l’eau qui, bien sûr, n’était pas sur place, mais dans un réservoir, à l’autre bout du village. Et il y en a eu des voyages, à deux avec une jerricane, des rencontres sur le chemin, avec les villageois, avec les nombreux enfants. Avant notre arrivée, les maçons avaient fabriqué des briques en creusant dans le « jardin » la terre qui est argileuse, ils l’avaient mélangée avec des herbes sèches et de l’eau, moulé ce mixage pour donner des briques pesant 15 kg. Pour cimenter ces briques, nous avons dû à notre tour mélanger de la terre avec l’eau pour faire l’Itchoundo, une boue qui allait colmater les briques. Symboliquement la terre c’est quelque chose de très fort, c’est notre rapport à la terre, notre humus d’humanité, avec nos qualités, nos dons, tout ce que nous sommes. Et l’eau, nous rapporte à la source de vie. Le mélange est parlant : la terre en elle-même est déjà pleine de qualité, l’eau, nous le savons est indispensable à la vie sur terre et mis ensemble ces deux éléments deviennent un matériau solide pour la construction, un ciment qui stabilise la maison. Notre terre personnelle mélangée à la source de Dieu devient ainsi une invitation à la confiance en nous, à la confiance en Dieu pour construire ensemble une société où chacun a une place, pour vivre des relations. Tout ce travail avec les briques et l’itchoundo nous ont fait comprendre que nous ne pouvons pas construire tout seul une maison.  Passage des briques, explication pendant la chaîne des briques Les briques étaient lourdes et nous devions les apporter depuis le trou dans le terrain jusqu’au chantier. En nous passant les briques de main à main, nous avons expérimenté l’importance de pouvoir compter les uns sur les autres. Porter une brique sur plusieurs mètres avec le poids qu’elle avait, n’aurait pas été possible pour certains, mais en demandant aux autres de faire une chaîne, nous n’avions plus qu’un petit bout à porter et cela devenait possible. C’était peut-être le début de la solidarité, de l’entraide, car il fallait se faire confiance, partager la responsabilité du transport de ces briques et aller ensemble au rythme de chacun. Quand Jésus nous dit : pourquoi m’appelez-vous Seigneur, Seigneur et ne faites-vous pas ce que je dis, est-ce que nous n’entendons pas dans son enseignement : Vous n’avez pas besoin de porter tout seul ce qui est trop lourd pour vous. Votre peine, votre découragement, vous pouvez les partager et demander de l’aide et votre fardeau s’allégera. Nous ne sommes pas seuls pour construire et entretenir la maison de notre vie. Dans ce travail de construction, chacun était important et chacun avait sa place : Par exemple, si quelqu’un n’avaint pas beaucoup de force, il pouvait transporter des boules d’itchoundo, pendant que les autres se passaient les briques. Les plus agiles pouvaient piétiner la terre et l’eau pour faire la boue, les plus adroits monter les murs pendant que d’autres allaient chercher l’eau et trouver des astuces pour un transport plus facile. Chacun pouvait participer selon sa force et ses capacités, et pour nous, les instructions ont été données de telle façon que tout le monde a pu faire quelque chose, se rendre utile. Au début de la semaine, certains travaux étaient pour les Rwandais, d’autres pour les Suisses. Mais à la fin, il n’y avait plus des Rwandais et des Suisses, mais un groupe d’hommes et de femmes qui construisaient ensemble une maison, qui se répartissait les différentes tâches selon la force et les capacités de chacun. Un groupe d’hommes et de femmes qui mouillaient ensemble leur chemise, quelle que soient leurs origines, leurs histoires, leurs couleurs. Et il y a eu un moment très beau quand une jeune suisse et un jeune Rwandais ont piétiné ensemble l’itchondo et au moment de se laver les jambes, ils ont réalisé qu’elles étaient de la même couleur. En s’attelant à un projet commun, nous commencions à expérimenter ce que signifie être des frères et des sœurs, faire partie de la famille de Dieu, intégrés dans la construction. Pour construire cette maison, il fallait donc creuser pour prendre de la terre, se déplacer pour aller chercher l’eau et creuser pour faire des fondations solides. Et ce n’est qu’après ce travail de profondeur, que nous pouvions monter les murs de la maison. Ce travail de fond a sûrement eu de l’influence sur nos relations avec les Rwandais, car nous avons été surpris de voir combien nos discussions allaient en profondeur, combien les partages étaient authentiques, empreints de respect les uns pour les autres. Il faut dire aussi que le soir, nous avions des moments de recueillement ensemble et nous avons découvert une surprise de plus : nous connaissions des mêmes chants et nous avons tout de suite pu chanter ensemble des cantiques connus des deux côtés. Ce que nous vivions la journée prenait sens le soir : nous étions vraiment des frères et des sœurs, parce que réunis pas la même espérance, la même foi et quand nous nous donnions la main pour dire ensemble le Notre Père, les mots devenaient authentiques. Et ce lien très fort a permis à certains de voir comment la foi a été moteur de vie en nous et entre nous. Ce qui nous a peut-être le plus impressionné dans groupe, c’est cette prise de conscience, dans l’expérience de la rencontre, que nous sommes tous enfants du même père, frères et sœurs et c’est ce qui nous donne les fondements de nos relations, qui nous ouvre à la solidarité, à l’entraide, quelles que soient nos forces, nos charismes. Se dire que nous devons vivre dans l’harmonie avec les autres, c’est une chose, mais prendre vraiment conscience que nous sommes frères et sœurs, changent notre regard sur les autres, notre attitude face à eux et nous encouragent à nous intéresser à eux, nous ne devons plus être solidaires, parce que c’est bien de le faire, mais nous le devenons par l’amitié fraternelle qui nous relie. Et c’est par cet intérêt, que l’autre n’est plus un étranger pour nous, mais comme le dit l’épître aux Ephésiens : nous sommes tous des concitoyens des saints, nous sommes de la famille de Dieu. Nous avons été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes et le Christ lui-même comme pierre maîtresse. C’est ce fondement qui nous permet de construire ensemble notre maison sur le roc, d’entretenir cette maison, d’entretenir nos relations, nos solidarités et nos partages, car Jésus nous dit qu’une maison construite sur le roc n’a pas été ébranlée par le torrent grâce à son fondement solide.


Culte du 28 septembre Rwanda, Gislaine André, Didier Heller