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Crise financière, crise de confiance
Dieu est propriétaire ; nous sommes gestionnaires
Introduction
J’aimerais aborder aujourd’hui un sujet qui n’est pas très commun dans les préoccupations de l’Eglise, mais qui est particulièrement actuel : La crise financière dont nous sommes témoins depuis plusieurs mois. Le langage de la finance et de l’économie m’est habituellement hermétique. Mais depuis quelques mois, il me semble beaucoup plus parlant, parce que moins technique et plus humain. Les spécialistes analysent la crise en parlant de gains à court terme, d’excès de libéralisme, de spéculation, d’opacité... Ces mots traduits dans le langage religieux sont : l’avidité, le profit, l’égoïsme, le calcul, le mensonge, ... D’autre par, pour évoquer des sorties de crise, les économistes déploient un vocabulaire étonnement empreint de valeurs : on parle de confiance, de vérité, de transparence, de long terme, de réglementation... Je n’en suis pas étonné du tout : au cœur de toute crise se posent humblement les questions fondamentales de la vérité et de la confiance.
Quelques mots sur la crise financière
Je m’appuierai sur les propos de Gerold Bührer, président d’économiesuisse, pour poser quelques éléments d’analyse de cette crise, sans prétendre faire le tour de la question !!! Une des premières explications communément avancée est celle du profit à court terme. Trop de banques et d’individus se laissent tenter par l’attrait rapide et facile de gains offerts par le jeu de la bourse.
Une seconde explication mise en avant est le système de rémunération des acteurs de la finance : le système des primes ou des bonus.
En fait, la crise fait partie intégrante du libre marché. La crise est due à des excès inévitables et cycliques.
Si je traduis ces propos dans mon système de compréhension théologique, je dirais que la machine financière appelée « capitalisme » ou « libre marché », ne peut que se gripper périodiquement, parce qu’elle s’emballe, prise dans par son propre jeu, celui du gain. Parce que cette machine est conduite par des hommes et des femmes pécheurs. (péché = rater la cible ; la cible du financier est d’être un bon gestionnaire).
Les prophètes de l’AT n’ont jamais cessés de dénoncer le péché des riches, chefs politiques ou religieux qui ne recherchent que leur propre profit et exploitent le pauvre. Nous avons entendu la critique de Jérémie qui accuse ces
« gens sans foi ni loi. On dirait des chasseurs d’oiseaux accroupis en embuscade. Ils ont dressé des pièges pour capturer des hommes.Comme la cage pleine d’oiseaux, leurs maisons sont remplies de ce qu’ils ont pris par fraude. C’est pourquoi ils sont devenus puissants et riches, gros et gras. »
Nous avons aussi entendu Amos qui livre un plaidoyer sans fioriture. Il dénonce l’avidité de ceux qui sont pressés de voir passer les obligations religieuses pour reprendre leur commerce avec des balances faussées, sur le dos des pauvres et au mépris de la veuve et de l’orphelin...
Les spécialistes atténueront mes propos, en disant avec raison, qu’à l’origine des dérapages financiers il y a de mauvais joueurs, des apprentis sorciers, des gens qui ont les yeux plus gros que le ventre,... et que si les règles étaient respectées cela n’arriverait pas, ou pas à une telle échelle... Les règles, des lois régulant le marché ! Voilà un autre mot dont on a jamais autant parlé. • Ce sont des mots que l’ont entend avec une pointe de colère dans la bouche des politiciens, parce que ce sont les Etats qui passent à la caisse ! • On les entend aussi dans la bouche des patrons de l’économie réelle ; ceux qui gagnent de l’argent en produisant et en créant des places de travail. • Monsieur et madame tout le monde en appellent aussi à des règles plus strictes parce que quand on perd ses économies suite à des promesses fallacieuses, il y a de quoi être en colère !
Alors en attendant que le monde politique, économique et financier s’organise pour proposer de nouvelles lois de régulations mondiales, je souhaite modestement rappeler, deux règles que les prophètes de l’AT, les apôtres et les réformateurs ont mises en avant depuis pas mal de temps...
1/ Dieu est propriétaire ; l’homme est gestionnaire
Dès les premières pages de la Genèse un principe fondamental est posé : Dieu est propriétaire ; l’homme est gestionnaire. Dieu est créateur, l’homme est créature. Il reçoit la mission d’organiser, d’entretenir et de protéger la création. Quand ce principe est renversé, c’est le chaos ! Quand l’homme se croit créateur, il sombre dans l’idolâtrie. Le premier commandement est alors bafoué. Quand l’homme se croit propriétaire, il s’enlise dans l’égoïsme. C’est alors le second commandement qui est nié. Jérémie commande de reconnaître l’autorité de Dieu : Ne reconnaissez-vous pas mon autorité ? demande le Seigneur. Ne tremblez-vous pas devant moi ? C’est moi qui ai donné le sable pour limite à la mer, frontière définitive qu’elle ne saurait franchir [...] Nous devrions reconnaître l’autorité du Seigneur notre Dieu. Il nous donne la pluie quand il faut, à l’automne et au printemps, et nous assure chaque année les semaines de la moisson. Si Dieu a fixé des limites à la mer, comment l’humain ne reconnait-il pas ses limites ? Comment osons-nous dire ceci est à moi, quand c’est Dieu qui donne la pluie et assure les moissons ? Comment pouvons-nous être si attachés à nos économies ? Souvent, nous en avons hérité une bonne partie. Si elles sont le fruit de notre labeur patient et persévérant, n’est-ce pas Dieu qui m’a donné la santé ? N’est-ce pas lui qui m’a fait la grâce de naître dans un pays prospère, d’avoir la chance de suivre une formation et de trouver du travail ? Quels arguments nous permettent-ils de nous prévaloir de nos biens ? Dieu est propriétaire ; l’homme est gestionnaire. La première conséquence de ce principe est un appel à l’humilité.
La seconde, est une ferme attitude de confiance. Au cœur de la crise, si je perd ce qui m’était prêté, Dieu n’est-il pas capable de prendre soin de moi ? C’est le Sermon sur la montagne : les oiseaux et les lys des champs. Ne vous inquiétez pas au sujet de la nourriture et de la boisson dont vous avez besoin pour vivre, ou au sujet des vêtements... Ne vous inquiétez pas ! Pour ceux qui placent leur confiance dans leur avoir, oui, il y a de quoi être inquiet aujourd’hui ! Malgré les appels à la confiance ! Quel confiance ? En qui faut-il faire confiance ? Rendons à César ce qui est à C et Dieu ce qui est à Dieu ! Si on veut parler de confiance, c’est ici qu’il faut venir en parler ! Celui qui reconnaît l’autorité de Dieu, Dieu comme propriétaire, est capable de prendre un peu de recule. Il est capable de reprendre confiance au cœur de la crise. Parce que si Dieu prend soin des oiseaux du ciel, il peut prendre soin de ses enfants. Voilà comment Calvin commente cette idée : « Si Dieu permet que naissent 10 milliards d’hommes, il donne assez de biens pour les nourrir. Depuis que le péché a enlevé aux hommes la confiance en Dieu, qui donne à chacun, chaque jour, ce qui lui est nécessaire, la volonté d’accaparer s’est enracinée dans le cœur des hommes. » Dieu est propriétaire ; l’homme est gestionnaire. Mais attention, ici, il faut préciser que l’homme est gestionnaire au profit de son prochain et en particulier du plus faible. C’est le second principe.
2/ Gérer pour le bien de tous, du pauvre en particulier
Les lois de l’AT, la critique sociale des prophètes, l’enseignement du Christ et celui des apôtres ont tous la même portée solidaire. Les biens que Dieu met à notre disposition sont à partager. Mon prochain, le plus démunis ne peut pas être dans le besoin. Paul a développé ce principe à propos de la collecte pour l’église à Jérusalem : « En ce moment, vous êtes dans l’abondance et vous pouvez donc venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. Puis, si vous êtes un jour dans le besoin et eux dans l’abondance, ils pourront vous venir en aide. C’est ainsi qu’il y aura égalité,... » Paul dit En ce moment vous êtes dans l’abondance... si vous êtes un jour dans le besoin... Votre confort matériel est relatif, passager, changeant. Rien est acquis ! Dans l’économie chrétienne, les richesses devraient être quelque chose de très fluide, comme des vases communiquants. Nous n’avons pas le droit de nous accaparer les biens. Calvin allait très loin en disant que le don du riche envers le pauvre était un devoir naturel dont le riche ne pouvait tirer aucun mérite. Pour Calvin les riches sont « les ministres des pauvres ». Et voici comment il leur parle : « Tu possèdes ce que tu as de la main de Dieu. A quelle condition est-elle ? Ce n’est point pour tes beaux yeux. »
Maintenant, qu’en est-il du problème qui est au cœur de la crise que nous connaissons : la spéculation boursière ? Est-il juste de placer son argent dans des portefeuilles, des actions ou obligations en vue d’une performance intéressante ? Ou faut-il se contenter de l’épargne traditionnelle ? Calvin est celui qui est allé le plus loin dans l’analyse de l’exploitation de l’argent. A son époque, on appelait « usure », l’usage de l’argent en vue d’un rendement, essentiellement sous forme de prêt avec intérêt. L’usure était généralement critiquée par l’Eglise et par les réformateurs. Il fallait s’en accommoder. Calvin ne s’y oppose pas, mais donne 7 règles pour réguler l’usage du prêt à intérêt. Voici deux exemples des limites que Calvin propose : que cela ne se fasse pas au détriment d’un tiers, que l’argent soit donné aux plus démunis avant d’être placé. « ... pour être citoyens de l’Église de Dieu, que nous ne trafiquions point par usure, ni par tels marchés qui ne sont que pour ravir le bien d’autrui, pour ronger ceux que nous devons plutôt secourir... Bref... de ne pas faire à autrui sinon ce que nous voulons qu’on nous fasse. »
Sur la base de ce qui a été dit, je pense qu’avant de placer son argent pour le faire fructifier, on peut se poser ces questions : 1/ Quelle part ai-je mis de côté pour contribuer aux mieux être de ceux qui sont dans le besoin ? Sous-entendu : en plaçant mon argent est-ce que je le confisque au détriment de personnes de mon entourage ou plus lointaines qui seraient dans le besoin ? 2/ Comment vais-je faire fructifier mon avoir ? Où vais-je le placer pour qu’il ne contribue pas à l’exploitation des plus faibles ? Cette seconde question est un problème pour les simples pékins comme vous et moi ! Comment pouvons-nous être correctement informés sur le bon usage de l’argent. Le système est si complexe que même les banques en perde le contrôle. Il en va ici de la responsabilité des banques pour un effort de transparence. Dans le doute, nous avons la possibilité de faire des placements éthiques et solidaires. Il est possible de placer son argent dans des banques qui ont d’une part des règles de contrôle très strictes, déterminées par des normes éthiques et d’autre part, l’argent déposés dans ces banques soutiennent des projets humanitaires, écologiques...
Conclusion :
Au cœur de la crise financière, il est bon de se poser ces trois questions : • Où ma confiance est-elle ancrée ? En qui ? • Ai-je réellement conscience que Dieu est le Propriétaire et que je suis gestionnaire ? • Suis-je un gestionnaire qui confisque les biens ou qui les fait circuler au profit des plus démunis ?
AMEN



| màj 4 juillet 2010 |