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Campagne de Carême/le figuier desséché

On connaît la rengaine, c’est un discours bien huilé : Il y aurait assez de nourriture dans le monde pour nourrir tout le monde, mais trois personnes sur quatre souffrent de la faim, que faire ? Il y a assez de richesse sur terre pour tous, mais un petit pourcentage de personnes capitalise le 80% des richesse du monde, ne laissant que des miettes aux autres. Que faire ?

On connaît la rengaine, on connaît l’incohérence de ces disparités, on sait que la situation est profondément injuste.

Mais que peut on faire ? Nous sommes prêts à soutenir toutes les oeuvres humanitaire, mais on sait que ce n’est qu’un pansement sur une plaie, pas un vrai remède permettant la guérison du monde.

On serait prêt à abandonner bcp si on nous présente une solution concrète, mais nous ne sommes pas non plus prêt à tout perdre, ...car... le respect de l’autre, l’amour du prochain, la solidarité, va aussi de pair avec le respect de soi, et la solidarité pour sa propre famille. Et je crois que le Christ ne nous invite pas à tout donner jusqu’à sa culotte, comme avec le jeune homme riche, mais à amorcer un tournant, à prendre une bifurcation dans la vie, c’est l’appel de JB à la conversion : « changez de comportement ».

Donc, entre amour de soi et amour du prochain, je dois prendre soin de moi, et prendre soin du prochain, sans oublier ni l’un ni l’autre.

Il est possible de changer le monde, mais comment ? Il est possible de sentir les prémices du Royaume de Dieu, mais comment ?

...Peut être... simplement en gardant l’espoir, que le Royaume vient, que mes deux mains ne sont pas aussi fragiles et impuissantes que j’ai tendance à croire. Gardons l’espoir dans notre ligne de mire. *** Et vous connaissez sûrement la phrase du paysan, qui dit : Seigneur, laboure et retourne mes terres intérieures, met la souffrance en dessous et l’espérance en dessus...

Bon, il y a la réalité d’un côté, il y a les bonnes intentions de tous les organismes de sauvegarde des droits humains, de sauvegarde climatique, etc, et enfin il y a l’espérance chrétienne un peu au milieu des deux. *** Pour dépatouiller un peu tout cela, je vous propose de nous attacher à deux textes bibliques, celui de la fête des prémices, et celui du figuier desséché.

La fête des prémices, dans le deutéronome, c’est en qqe sorte le testament spirituel de Moïse, après la traversée du désert, aux portes de la Terre Promise.

Que dit-il ? Il dit au peuple
-  de s’attacher à Dieu.
-  car c’est le Dieu de la promesse d’une terre bonne et généreuse
-  il leur dit de vivre en paix, dans cette terre
-  il leur dit aussi de faire cette fête des prémices qui se déroule en trois étapes.

A l’heure actuelle, nous pouvons aussi entendre ces paroles de Moïse :
-  l’encouragement s’attacher à Dieu,
-  car c’est par Dieu que nous avons tout ce qu’on a
-  l’encouragement de vivre en paix dans une terre bonne et généreuse, même si on sait à ce jour, vu les inégalités, qu’elle n’est pas encore bonne et généreuse pour tous.
-  et enfin, l’encouragement de Moïse à la fête des prémices qui remercie Dieu en 3 temps : a.- déclaration solennelle/b.- offrande des prémices/c.- profession de foi, et l’ensemble de la fête se vit dans un esprit de reconnaissance qui se situe en trois niveaux : 1/ 1er temps, d’abord, les hommes se souviennent qu’il n’y a pas si longtemps, le peuple d’Israël vivait dans un état de précarité délicat, et un esclavage injuste, en Egypte. 1’/ Aujourd’hui aussi nous pouvons nous souvenir, qu’il n’y a pas si longtemps, dans la Suisse, dans la dernière guerre mondiale, nous étions dans une précarité délicate.

2/ Ensuite le peuple d’Israël exprime sa reconnaissance à Dieu pour sa libération du joug des Egyptiens. 2’/ Aujourd’hui aussi, nous pouvons nous souvenir des petites libérations que nous avons eu dans la vie, et de celles que nous attendons encore. Libération d’amertume, libération de colères, il y a de multiples libérations qui sont des amorces de tournants dans notre esprit, des conversions intérieures.

3/ Et en 3e temps, le peuple d’Israël exprime sa reconnaissance, pour la terre promise, et offre un don en nature. 3’/ Aujourd’hui aussi, nous pouvons exprimer notre reconnaissance non seulement pour la Terre que Dieu nous donne, pour le don de la Genèse, mais aussi pour cette Terre promise intérieure, tous les petits moments cadeau, tous les bonheurs de la vie. Et je peux faire un don à Dieu, en signe de reconnaissance.

Je sais pertinemment que Dieu n’est pas un magicien, il n’a pas donné ces bonheurs, ces libération ou cette précarité avec sa baguette magique, mais je sais aussi, que dans le bonheur ou les difficultés, je veux me tourner vers Dieu, et le remercier tout de même. Il a été là.

Ainsi cette fête des prémices de l’ancien peuple hébreu nous encourage aujourd’hui, face aux disparités du monde. Elle nous encourage à faire un don, à donner un prémice, sans donner toute la récolte. Elle nous encourage à garder la récolte, mais à donner plus que simplement des miette, les prémices, c’est bcp plus que des miettes ! C’est bien autre chose.

Le récit de la fête des prémices nous encourage à faire un don important et concret.

Voilà pour le récit des prémices qui nous invite à la reconnaissnce, et nous allons voir que le récit du figuier stérile, va un cran plus loin, en proposant de l’action :

Le figuier desséché nous encourage à être jardinier, à sortir les mains de ses poches et à prendre conscience que mes deux petites mains peuvent servir à sarcler, arroser, et rendre la vie à l’arbre qu’on croyait épuisé.

Pour aujourd’hui aussi, face à une situation catastrophique du monde, l’injustice de la répartition des richesse, l’injustice de la faim pour certains et l’opulence d’autre, face à ce figuier desséché, l’intervention du jardinier peut être libératrice.

-  Le jardinier qui arrose, donne de l’engrais, et taille, c’est sûrement Jésus qui travaille dans les coeurs, pour nous permettre de garder espoir.

-  Le jardinier qui arrose, donne de l’engrais, et taille, c’est sûrement notre travail à nous aussi, nos deux mains, notre petit porte monnaie, notre sourire, ...ils peuvent réellement, ...avec l’aide de Dieu, ...sauver le figuier desséché. Ils le peuvent si nous troquons le pessimisme pour l’espérance, si croyons que le Royaume de Dieu, est pas tout à fait là, mais déjà là qd même, si nous croyons que le tournant s’amorce, et qu’un jour, je l’espère, le monde n’aura plus ni famines extrêmes, ni disparités extrêmes.

Ce n’est peut-être qu’un rêve, comme Martin Luther King, qui rêvait la fin de l’appartheid. Mais ce sont ces rêves qui donnent l’espérance, et amorcent le tournant à l’intérieur de chacun, avant que le tournant s’amorce réellement pour le monde.

Amen


Pasteur D. Heller

Prédication du 21 février 2010 à Morges « le don des prémices/figuier desséché » Ouverture campagne de carême Textes : Dt 26.1-11 Luc 13.6-9