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Bien-aimés de Dieu
Message pastoral : Marc 8/22-30
Bien-aimés de Dieu,
Quand vous entrez dans un ascenseur avec des inconnus, où donc vos yeux vont-ils se diriger ? Vous admirez les boutons qui s’allument, le bout de vos chaussures, mais rarement vous regardez vos éphémères compagnons de voyage après les avoir brièvement salués ! Quand j’ai devant moi ce petit enfant que je gronde après une grosse bêtise, au bout de quelques instants seulement il va fermer les yeux bien fort, placer ses poings devant et baisser la tête en attendant que ça passe. Et quand nous sommes malades, affaiblis, alités, nous recherchons yeux fermés à échapper à la douleur, si possible à dormir en attendant au moins l’apaisement sinon le soulagement ou la guérison. Enfin, que dire de la colère qui coupe de tout et de tous avec cette exclamation définitive : « je ne veux plus voir personne » ? Certes cet aveugle qui se trouve, yeux fermés, devant Jésus, je ne doute pas un instant qu’il soit réellement malade, qu’une affection physique soit la cause de ses maux. Mais il est un détail qui m’incline à l’identifier à chacune et à chacun d’entre nous lorsque nous sommes pris dans nos manques, dans nos refus et dans nos aveuglements : jamais le nom de cet homme n’est prononcé dans le récit de l’Evangile. Dans cet homme se concentrent et se retrouvent toutes ces angoisses, ces peurs, ces douleurs, ces colères, qui nous rendent malades. Tout ce qui, volontairement ou involontairement, brusquement ou petit à petit, nous éloigne d’autrui, nous isole, nous enferme, nous rend malheureux. Ce qui m’émeut aussi, dans cette histoire, c’est l’attitude « des gens ». Ce sont eux qui poussent l’aveugle vers Jésus, ce sont eux qui permettent la rencontre, ce sont eux qui pensent que pour Jésus la guérison est possible. Alors je pense à tous ces « intermédiaires », qui ne sont, eux non plus, pas appelés par leur nom. Tous ces intermédiaires qui nous ont permis de faire des rencontres décisives sur le chemin de la guérison, de la paix ou de la lumière. Tous ceux et celles qui n’ont peut-être pas pris soin de nous directement, mais qui ont juste « relayé » quelque chose, rendu possible la démarche, le chemin, vers la guérison. Enfin, bien sûr, il y a Jésus. Jésus qui l’accueille sans conditions, sans examen, à l’écart pour préserver son intimité. Il parle avec lui, ça veut dire que pour lui l’aveugle n’est pas un objet, mais un sujet. Il communique, il s’informe de ce qui se passe, il l’écoute, afin de le faire participer autant que possible au soin et à la guérison. Et puis Jésus le touche. Ses mains sur ses yeux, sur son corps, à la fois geste « professionnel » du soignant, mais aussi caresse, tendresse, chaleur humaine, solidarité, compassion, qui font du bien, qui réconfortent et qui redonnent cette confiance, cette conviction d’être pleinement humain. Alors je pense à vous dont c’est le métier et aussi sans doute la vocation de « prendre soin », dans une institution comme Silo. Je pense à nous tous chaque fois que nous trouvons les gestes et les mots comme Jésus pour consoler, encourager, accompagner et guérir l’âme et le corps pareillement. Et quand vient un peu plus tard la question « qui dites-vous que je suis », je réponds : c’est en ce Jésus-là, attentif, tendre, aimant et proche, que nous avons envie de croire. Et non en celui « dont on dit » qu’il serait Jean-Baptiste (son avatar ou son clone...), qui a sans doute joué un rôle essentiel pour réveiller la foi et la vie spirituelle d’un peuple en attente du Christ. Mais Jean-Baptiste, je le vois aussi, par les exigences qu’il formulait, comme un moraliste implacable. C’est en ce Jésus-là, attentif, tendre, aimant et proche, que nous croyons. Et non en celui « dont on dit » qu’il serait Elie (ou sa réincarnation...), qui a quant à lui posé des gestes forts pour remettre le peuple d’Israël sous l’autorité de Dieu. Mais Elie, je le vois aussi, par l’exécution de masse, en une seule journée, de dizaines de prophètes concurrents, comme un intégriste terroriste. C’est tel qu’il a été avec l’aveugle, c’est en ce Jésus-là, attentif, tendre, aimant et proche, que nous croyons. Et nous y croyons sans doute aussi comme un prophète, dont le rôle consiste à appeler au respect de la justice et au changement de regard sur l’autre.
Nous croyons ainsi en Jésus comme celui qui nous amène à la vérité de nous-mêmes, qui nous aide à nous accepter et à grandir, dans tout notre être, en enfants de Dieu. Amen. DEO GRATIAS
©2004-2012 Paroisse réformée de Morges - Echichens
| màj 8 mai 2012


