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Attentifs à la lumière qui sommeille en nous...

Prédication du dimanche de Pentecôte 11 mai 2008, Nicolas Besson

Dieu au-dedans de nous

Actes 2, 1-13

Dieu est au-dedans de nous. S’il existe bel et bien, c’est en nous qu’il faut chercher Dieu. C’est le message bien connu et pourtant toujours surprenant de la Pentecôte. Dieu vit, Dieu agit, Dieu se dit au-dedans de nous.

En tout cas, c’est la découverte des disciples, ce jour-là, à Jérusalem. Après 3 ans de périple et de vie commune auprès du Christ, ils font cette découverte bouleversante que Dieu les habite, comme il a habité Celui qui leur a fait découvrir le monde sous un jour nouveau. Ce n’est pas tant - me semble-t-il - qu’ils étaient « vides de Dieu » auparavant ; mais le jour de la Pentecôte, la réalité de la « proximité intime » de Dieu devient pour eux un fait réel. Oui, ils sentent, au plus profond d’eux-mêmes, une lumière qui surgit et qui les irradie tout entiers ; un souffle qui se lève et qui les entraîne dans un enthousiasme tout nouveau ; un désir de vie, d’amour et de justice qui les saisit corps et âme et qui leur fait proclamer une joie qui leur était jusque-là inconnue.

Dieu se rencontre au-dedans de nous. L’Esprit de Dieu nous parle au cœur de nous-mêmes. Et ce que la Bible appelle les « fruits de l’Esprit », ils ne sont pas à chercher à l’extérieur de nous, mais à laisser mûrir au travers d’une attention à ce qui est déposé au plus profond de ce que nous sommes déjà. L’amour, la joie, la paix, la bonté, la patience, le sens de la justice - une vraie humanité - sommeille en chacune, en chacun de nous.

Eveil à la présence de Dieu

Peut-être percevez-vous, ce matin, tout ce que signifie et implique cette découverte d’un Dieu inscrit dans notre intimité, « à la racine » même de notre être ?!

Pour l’éducation des tout-petits que nous avons baptisés aujourd’hui, cela implique une éducation où il s’agit bien de leur apporter ce qu’ils ne possèdent pas : des connaissances, des savoir-faire, de l’expérience sociale... Un cadre et une discipline aussi pour qu’ils puissent se développer en sécurité... Et des histoires de héros, bien sûr, et d’humains qui symbolisent des valeurs susceptibles de les aider dans leur vie. — Et, dans le registre des héros, la Bible et la tradition chrétienne, mettent à notre disposition toute une assemblée de personnages signifiants des plus intéressants ; à commencer par la personne du Christ lui-même. — Mais pourtant, avant toutes choses, la conviction que Dieu les habite nous mènera à nous rendre attentifs à l’humanité profonde et spécifique qu’ils ont déjà en eux. À cette touche divine incomparable qui sommeille déjà en eux. Oui, les aider à grandir consistera surtout à accueillir chez eux ce qui émane de beau, de fort et de juste de leur personnalité ; à les encourager dans le développement de leur trésor personnel et de leurs aspirations profondes. À les rendre attentifs à la richesse qu’ils peuvent aller puiser en eux-mêmes. De même, pour nous les grands — que nous soyons encore des enfants ou déjà des adultes —, la conscience que Dieu nous habite nous invite à ne jamais désespérer de nous-mêmes. Quand les temps se font durs... Quand nous sommes ébranlés par nos échecs, désespérés face à l’absence de reconnaissance de la part de ceux qui nous entourent... Quand nous perdons notre job, ou que nous sommes submergés par la maladie... Quand nous pensons que nous devrions savoir davantage, avoir plus ou mieux, être autre chose que ce que nous sommes devenus... Alors, nous pouvons nous souvenir que l’Esprit habite en nous. Que le fonds divin déposé à la racine de notre être ne disparaît jamais. Alors, nous pouvons essayer de reprendre contact avec nous-mêmes. Nous rendre attentifs à ce qui se manifeste en nous. Reprendre le dialogue avec Dieu dans notre maison intérieure.

C’est certainement l’expérience la plus forte que j’aie jamais vécue que cette découverte — au cœur de l’un des moments les plus sombres de ma vie, d’un moment où plus personne n’était capable de me donner ce dont j’avais besoin et où moi-même j’étais arrivé à la limite de l’aide que je pouvais m’offrir à moi-même... La découverte d’une présence tout au fond de mon être - presque en deçà de moi-même... Une présence à la fois douce et énergique qui a éveillé mon désir et qui m’a rendu à une vie toute renouvelée.

Besoin de reconnaissance

Sur le billet du culte que vous avez reçu ce matin, vous trouvez reproduits quelques éléments du dessin qu’Alix et Arthur ont crée pour exprimer ce que signifiait à leurs yeux le baptême d’aujourd’hui. Et une chose m’a frappé tout particulièrement dans leur dessin : les sourires des membres de l’assemblée. Vous les trouvez à la page 2 de votre billet.

Les sourires de l’assemblée... Vos sourires... Que nous souriions maintenant très concrètement ou que nous ayons plutôt des visages sérieux et méditatifs, Alix et Arthur ont compris que pour un baptême, il faut des gens qui sourient. Et c’est profondément vrai : alors que nous reconnaissons, par le baptême, la dignité des enfants qui nous sont présentés, et que nous proclamons qu’ils sont des êtres habités par Dieu, le sourire de l’Eglise est indispensable pour exprimer cette reconnaissance. Personne ne peut prendre au sérieux qu’il est enfant de Dieu - habité par Dieu —, sans que les autres le lui fassent sentir très concrètement.

Pour découvrir notre dignité, nous avons besoin de la reconnaissance des autres. De la bénédiction des autres. Il n’est pas possible de prendre au sérieux cette conviction d’être habité par le Tout Autre, sans que ceux qui nous entourent ne nous y aident, en paroles et en actes. La reconnaissance est constitutive de la naissance à soi-même ; c’est ce que dit avec force la psychologie moderne. Il n’y a pas de naissance à soi-même et à Dieu, sans la bénédiction quotidienne de la communauté dans laquelle nous vivons ; c’est ce que proclament les Evangiles depuis 2000 ans.

D’ailleurs, dans les Evangiles, le Christ guérit, relève et ramène à la vie d’abord et avant tout par le regard qu’il porte sur ceux qui viennent à Lui. Les aidant à retrouver un juste regard sur eux-mêmes - respectueux et aimant.

Une lumière qui transfigure

Ils virent alors apparaître des langues de feu ; elles se séparèrent et vinrent se poser une à une sur chacun d’eux.

Le récit de ce matin parle de la présence de Dieu et de son effet sur les croyants en termes de feu et de lumière. D’autres passages mettent en évidence l’image du souffle pour parler de cette même présence.

Or, elles ne sont pas anodines, ces images. Parce qu’elles expriment la nature de la présence de Dieu au-dedans de nous. À bien y réfléchir, le travail de l’Esprit ne semble pas d’abord relever de la compétence ou du savoir-faire. Il ne semble pas non plus être du domaine de l’efficacité ou de la rentabilité. Pas plus, d’ailleurs, du registre du bien-être social, de la puissance ou de la gloire. L’image du feu et de la lumière semble indiquer plutôt que l’action de Dieu au travers de nos vies et de nos êtres, c’est d’abord une force qui traverse tout ce que nous sommes. Une beauté qui irradie nos êtres et nos actes. Comme certaines lumières du matin ou du soir qui révèlent la splendeur de nos visages. Une lumière, une beauté, une paix qui transfigure qui nous sommes.

Or, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin ? N’est-ce pas aussi ce qui manque le plus au monde ? Des gens qui rayonnent une humanité, une paix, une confiance et un amour qui transforment la vie ; la leur et celle de ceux qui les entourent.

« Nous sommes tous des enfants de lumière, nés de la lumière et appelés à la lumière ». Avec nos qualités et nos défauts, avec ce que nous faisons ou ce que nous n’avons pas fait, avec nos histoires parfois sinueuses et nos désirs parfois tordus, il y a en chacune et chacun - presque en deçà de nous — une présence lumineuse capable de conférer à la vie humaine une beauté, une bonté, dont elle n’a pas idée et qui change tout.

Alors au travail : non pas pour changer ce que nous sommes ; non pas pour changer les autres. Mais pour partir à l’aventure en nous-mêmes, à la découverte de Celui qui nous y attend. Pour désencombrer nos êtres de ce qui empêche Sa lumière de surgir. Et, ce faisant, pour encourager les autres à en faire de même.

Ainsi le disait Etty Hillesum, une jeune juive qui a été déportée dans les camps et qui pourtant a puisé en elle, jusqu’à ses dernières heures, la lumière dont elle avait besoin pour rester humaine :

« Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d’avance. Une chose cependant m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peut nous aider mais nous qui pouvons t’aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C’est tout ce qu’il nous est possible de sauver en cette époque et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. »

Un peu de ta lumière en nous et au travers de nous dans ce monde.

Amen

© Nicolas Besson, Morges, 11 mai 2008