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Ascension : réconciliation et envoi

Culte du 17 mai, Ascension

Une troisième fois, Jésus dit : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M’aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis. » Jean 21,17

Introduction

Comment définiriez-vous l’ascension ?
-   l’élévation du Christ, son départ vers le Père
-   la glorification du Christ
-   la séparation du Christ d’avec ses disciples
-   l’envoi en mission des disciples
-   ...

Nous allons voir ce matin un autre aspect de l’ascension, un aspect plus marginal, mais décisif : l’ascension comme le lieu de réconciliation.

Un constat : les Evangiles parlent plus de l’envoi des disciples en mission qu’ils ne décrivent l’ascension. Marc et Jean n’en parlent simplement pas. Matthieu et Luc en parlent. Par contre, les quatre Evangiles rapportent les paroles dites par le Christ aux disciples avant son départ. Comme si le destin du Christ était moins important que celui des disciples. Même le texte des Actes, qui est le plus détaillé, met l’accent sur l’envoi et non sur l’ascension : « Il ne vous appartient pas de savoir quand viendront les temps... Mais vous recevrez une force quand le St-Esprit descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem,... »

A l’ascension, la bonne question n’est pas où va le Christ ou comment est-il parti ? Mais où vont les disciples, quelles instructions reçoivent-ils ?

La finale de Jean : Le chapitre 21 de l’Evangile de Jean est curieux, il forme comme une seconde conclusion à l’Evangile. Ce chapitre est visiblement un ajout tardif, qui a certainement été rédigé peu après la mort de Pierre et de Jean. Il précise les circonstances de leur mort et leur statut.

C’est intéressant, car dans ce dialogue entre Jésus et Pierre, il n’est pas question du départ de Jésus, mais du destin de Pierre et de Jean !

1/ Triple question, triple confession Vous connaissez ce dialogue curieux entre Jésus et Pierre ? Dialogue ou interrogatoire ? Comment le comprendre ? Trois fois, Jésus interroge Pierre avec cette question intime, posée devant tous : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » La seconde et la troisième fois Jésus n’ajoute pas : « plus que ceux-ci » Avec cette allusion aux autres disciples, l’auteur rappelle de manière très crue, la supériorité dont Pierre avait fait preuve quand le Christ annonçait son arrestation et l’abandon des disciples. Pierre avait rétorqué : « Même si tous tombent à cause de toi, moi je ne tomberai jamais. » Mtt 26,33

Trois fois Pierre répond avec humilité : « Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime » Avec humilité, parce que Pierre ne reprend pas exactement le verbe « agape » que Jésus utilise pour parler de cet amour supérieur, amour spirituel, vénération. Pierre utilise le verbe « philein », plus proche de l’amitié, d’un attachement personnel. On découvre ici un autre Pierre plus modeste, plus prudent. Il a perdu cette assurance, cette arrogance qui l’a souvent caractérisé. Il semble mieux connaître ses limites et ses faiblesses.

A sa troisième réponse, on devine la tristesse de Pierre, son incompréhension, pourquoi Jésus insiste-t-il pareillement ? Il ajoute : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t’aime. » Pierre fait référence à l’omniscience de Jésus, il a maintenant cette ferme conscience que Jésus connaît, sait et ne s’exprime pas légèrement.

Mais alors, si Jésus a su prédire sa triple trahison, il peut savoir la sincérité de son amour pour lui. Pourquoi Jésus insiste-t-il ainsi ?

Ce n’est pas une nouveauté : vous savez que ces trois questions et ces trois confessions de Pierre symbolisent le pardon accordé par Dieu, suite au triple reniement de Pierre. Trois fois Pierre a renié le Christ, trois fois il affirme son amour et son attachement au Christ ! Christ offre à Pierre l’occasion de confesser son attachement au Christ. Ainsi, cette confession d’amour est aussi confession des péchés.

2/ Triple consécration, envoi Ce dialogue a donc pour but de montrer comment Pierre a été pardonné et relevé. Il nous montre aussi comment Pierre se voit confier une mission, un statut de berger. Deux fois Jésus lui dit « Pais mes agneaux. » Donne leur à manger. Une fois il lui dit : « Sois le berger de mes brebis. » Cette expression met en valeur la conduite du troupeau, Pierre doit aussi conduire l’Eglise, lui imprimer une direction. Voilà une fonction importante ! Voilà pourquoi l’Eglise primitive a reconnu en Pierre son premier chef.

Trois questions, trois confessions et trois paroles d’envoi ! Le Christ ressuscité ne se contente pas de pardonner Pierre, il l’installe officiellement dans des fonctions de chef et de berger. On ne parle pas encore d’Eglise, ce serait anachronique ! Cependant, au moment de la rédaction de l’Evangile de Jean, l’Eglise existe déjà et Pierre a joué un rôle important dans sa fondation. Un rôle que ces paroles de Jésus ont préparé et légitimé.

3/ La réconciliation précède l’envoi Pas d’ascension sans envoi, mais pas d’envoi sans réconciliation ! Il y a là quelque chose d’essentiel à comprendre dans la logique du Christ ressuscité, essentiel à pratiquer pour le bon fonctionnement de l’Eglise.

Sur la croix, Jésus priait « Père pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! ». Voilà la dynamique de la croix : le pardon ! Si nous prétendons suivre ce Christ-là, nous sommes appelés à vivre de cette dynamique du pardon. Christ n’aurait pas pu monter au ciel, laissant Pierre sous le fardeau de sa triple trahison, Pierre n’aurait pu dans ces conditions exercer pleinement son rôle, il n’aurait pas été pleinement reconnu par les autres disciples...

Oui, pas d’ascension sans envoi, mais pas d’envoi sans réconciliation. Pas de relations chrétiennes, pas de vie d’Eglise sans pardon.

Le pardon, c’est comme la goutte d’huile que l’on met dans les rouages de la mécanique pour qu’elle tourne mieux, qu’elle se remette en marche.

L’Eglise est un lieu de vie qui peut être totalement paralysé par quelques clous ou grains de sable mal placés. Il faut l’huile du pardon du Christ pour que l’Eglise puisse jouer pleinement son rôle, pour qu’elle puisse recevoir le St-Esprit et partir en mission.

Je suis parfois attristé de voir comment, à l’échelle paroissiale, comme cantonale ou dans d’autres dénominations, l’Eglise est engluée dans des soucis bénins, dans la gestion de conflits, la résolution de quiproquos...

Je parle d’Eglise, mais cela est vrai aussi dans nos relations familiales. Un décès, le départ d’un parent provoque souvent une redistribution des cartes familiales, un réaménagement des relations familiales. Parfois vers un mieux, parfois vers le pire. Je n’aimerais relever que le positif, la chance que peut représenter le départ d’un proche. Le lit d’un parent mourant peut être le lieu d’une réconciliation entre le parent et un membre de sa famille, ou entre deux membres ou deux parties de famille. Parfois, c’est après le décès dans la préparation et le vécu de la cérémonie funèbre que peut avoir lieu cette réconciliation. Le départ d’un être cher, provoque une prise de conscience de l’importance des relations, que la vie doit être soignée, huilée, qu’il importe de vivre en paix les uns avec les autres pour que la dynamique familiale soit fluide et heureuse.

Lors de préparation de services funèbres, il m’arrive régulièrement d’inviter les membres d’une famille à renouer un dialogue rompu, à oser le pas de la réconciliation.

Christ, au moment de son départ nous a montré l’exemple. Il relève Pierre et le confirme dans ses responsabilités. C’est sur cette base que l’Eglise primitive a pu se construire !

Oui, pas d’ascension sans envoi, mais pas d’envoi sans réconciliation !

Amen !

Olivier Bader, le 17 mai 2007