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Appelés à visiter

Ananias, l’appel du visiteur et ses résistances, Actes 9,10-19

Intro Dimanche passé, nous avons exploré la première partie du récit de la conversion de Saul, celui qui deviendra l’apôtre Paul. Nous avons vu comment Saul a pris conscience de son égarement, de sa méconnaissance de « son Seigneur ». Saul a connu une crise profonde qui lui a ouvert les yeux et les oreilles, lui permettant d’entrer dans le projet de Dieu. Nous avons ensuite réfléchi à notre besoin à chacun d’être visités. A l’exemple de Saul, nous sommes d’abord appelés à être visités par Christ, par l’Esprit. Aujourd’hui, j’aborderai la conversion de Saul du point de vue du visiteur. Je parlerai de la visite fraternelle, cet appel qui nous concerne tous.

1/ L’appel d’Ananias

Le principal personnage de cette seconde partie du récit de la conversion de Saul est un certain Ananias. C’est un juif de Damas devenu chrétien, dont il n’est plus fait mention ensuite. Toute l’attention est portée sur la mission d’Ananias. Il est appelé par son nom et il répond comme un soldat : « Me voici, Seigneur ! ». Puis il reçoit son ordre de marche : « Tu vas te rendre tout de suite dans la rue Droite et, dans la maison de Judas, demande un homme de Tarse appelé Saul. Il prie en ce moment... » C’est magnifique ! Tout y est ! Il manque juste les coordonnées topographiques et on pourrait parler d’un envoi en mission militaire ! Quand je lis des récits semblables, je rêve de me lever chaque matin, et de recevoir dans mon temps de prière, mon ordre du jour : « Ce matin, Olivier tu te rendras chez Mme Dubois, au chemin de l’Alouette 32, tu la trouveras découragée par la maladie de son époux. Ensuite tu feras un saut à l’Hôpital où M. Champion vient d’être hospitalisé... » Vraiment, quelle efficacité !

Pour être visiteur, visiteuse, faudrait-il être devin ? Avoir le pouvoir de deviner qui va mal ou qui est dans le besoin d’une visite et dans quel degré de priorité ? C’est parfois ce que l’on attend des ministres... Ce serait facile, mais quel danger pour les personnes concernées ! Quel risque d’infantilisation ! Dimanche dernier, nous avons vu l’importance que nous soyons acteurs de notre rétablissement. Dieu veut que nous prenions l’initiative de chercher de l’aide auprès de lui d’abord et des autres ensuite !

J’aimerais signaler que notre récit est tout de même un peu exceptionnel. Il s’agit d’une double vision. Ananias comme Saul reçoivent une vision qui prépare leur rencontre. En effet, Dieu précise à Ananias que dans sa prière, « Saul a vu un homme appelé Ananias qui entrait et posait les mains sur lui afin qu’il puisse voir de nouveau. » On retrouve l’exemple d’une double vision quand l’apôtre Pierre est appelé à se rendre chez Corneille, le centurion romain. L’un comme l’autre reçoivent une vision qui facilitera leur rencontre. Dans ces deux cas, il s’agit d’un retournement tel dans la vie de l’Eglise, que Dieu a du mettre les bouchées doubles. Dans le cas de Saul, il s’agit de la conversion d’un ennemi déclaré des chrétiens. Dans le cas de Pierre, l’Eglise s’ouvre aux païens, aux non-juifs ! Une révolution !

La double vision qui prépare le visiteur et le visité est un procédé, pas seulement littéraire, mais divin !, pour signifier que Dieu conduit les choses personnellement. Alors qu’en est-il de nos visites fraternelles ? Pouvons-nous bénéficier de ce petit coup de main de l’Esprit qui nous dit : « Tu pourrais peut-être aller voir telle personne, lui écrire un mot, lui offrir des fleurs... » Vous y croyez ? Cela est-il possible ? Et si oui, comment ?

Je pense que nous pourrions récolter parmi-nous des témoignages de visites « guidées », ou le visiteur ou le visité et parfois les deux, ont été préparés ! Avec ses mots, avec ses silences, Dieu suggère, murmure, donne des intuitions, il facilite des rencontres, il ouvre et ferme des portes,...

Mon expérience me montre que pour le vivre, il faut prendre le temps de se mettre à l’écoute du patron. Il faut résister au courant naturel de la vie qui m’invite à ne me préoccuper que de moi-même. Il faut impérativement arrêter de s’écouter, pour écouter la voix de Dieu qui nous envoie à l’écoute des autres.

Question à emporter : • Est-ce que je crois que Dieu m’appelle à être visiteur/ visiteuse ? • Est-ce que je crois que Dieu peut me conduire dans l’exercice de la visite ?

2/ Les résistances d’Ananias

Nous allons examiner maintenant les résistances d’Ananias et de Gédéon. Elles illustrent bien les entraves que le visiteur connait. Je vois 3 catégories de résistances. Celles qui concernent le visiteur, celles en lien avec la personne visitée et celles qui sont orientée vers Dieu.

a) Résistances du visiteur

Nous avons vu que le récit accorde peu d’attention à la personne du visiteur. Peu importe, si Ananias est un bon paroissien, actif dans sa communauté, présent aux prières dominicales. On ne nous dit pas non plus s’il a suivi un cours de visiteurs et visiteuses... Il nous faut donc nous méfier de cette petite voix qui nous souffle : « Mais qui es-tu pour aller visiter un tel ? Quel statut as-tu ? Quelles compétences ?... » On retrouve souvent ces arguments dans la bouche des prophètes, de Gédéon : « S. comment pourrais-je sauver Israël ? Mon clan est le plus faible de la tribu de Manassé et moi, je suis le plus jeune de ma famille. »

Questions à emporter : • L’importance que j’accorde au statut de visiteur/visiteuse est-il un obstacle ou un encouragement à m’y engager ? • Est-ce que je minimise mon appel à aller vers les autres ?

b) Résistances à l’égard de la personne visitée

Voilà l’objection qu’Ananias adresse à Dieu : « Seigneur, de nombreuses personnes m’ont parlé de cet homme et m’ont dit tout le mal qu’il a fait à tes fidèles à Jérusalem. Et il est venu ici avec le pouvoir que lui ont accordé les chefs des prêtres d’arrêter tous ceux qui font appel à ton nom. » Cette objection est tout à fait naturelle et compréhensible. D’abord, il y a l’apriori : « de nombreuses personnes m’ont parlé de cet homme et m’ont dit tout le mal... » Ananias ne connait Saul que par les « on dit ». Ici, il est tout-à-fait avéré que Saul est une menace pour les chrétiens et qu’il a déjà fait bien du mal. Cette information est même salutaire pour les chrétiens qui doivent survivre. Je ne lancerai pas la pierre à Ananias. J’aimerais simplement illustrer que les « on dit » sont toujours une menace dans la visite, un frein. Si je vais à la rencontre de l’autre avec des aprioris + ou -, j’enferme l’autre dans un cadre qui est peut-être faux et mon regard se trouve prisonnier d’une image injuste.

Il y a les « on dit » et aussi tous ces préjugés, ces suppositions que l’on construit soi-même. « A quoi cela sert-il d’aller le voir ! Il va encore dire ceci ou cela... Elle semble si peu sensible à ma visite... Il va encore me raconter sa vie... Il est tellement occupé, il n’aura pas le temps de me recevoir... Elle est tellement peu bien, elle a sûrement besoin de repos... »

Ensuite, nous avons aussi des résistances liées au statut social de l’autre. Ananias rétorque que Saul est un homme puissant. Ananias est paralysé par la peur de rencontrer plus puissant que lui. Cette peur est également fondée. Dans nos rapports les uns envers les autres, ne sommes-nous pas influencés par le statut de l’autre, sa puissance, sa renommée, son éloquence, sa richesse... ? Soit retenus par la peur de ne pas être à la hauteur ou poussés par la fierté d’avoir rencontré un tel.... Dans le ministère de visiteur/visiteuse, je peux être appelé à aller visiter le syndic, un grand chef d’entreprise, un divisionnaire, un conseiller fédéral ou au contraire M Ducommun ou Mme Ibraïm, requérante d’asile... Mon attitude, mes paroles, seront-ils conditionnés par cela ? En tant que porte-parole du Christ, je visite au nom du Christ, j’apporte une parole qui n’est pas la mienne et qui surtout s’adresse de manière indifférente à tout un chacun. Au yeux de Dieu, qui que nous soyons, nous sommes des êtres en quête de visite.

c) Résistances théologiques

Sans la développer, je mentionne l’objection d’ordre théologique. Quand Gédéon est appelé il répond : « Pardon, mon seigneur ! Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tous ces malheurs nous sont-ils arrivés ? Où sont donc tous ces prodiges dont nous parlaient nos pères quand ils nous racontaient que le Seigneur les avait fait sortir d’Égypte ? En réalité, le Seigneur nous a abandonnés, il nous a livrés aux Madianites. » Nous répondons de la sorte quand nous sommes découragés. Nous disons à Dieu « A quoi bon !, ça fait si longtemps que je prie pour cette personne ! Elle est tellement souffrante, comment pourra-t-elle entendre parler de toi ?... »

Question à emporter : • Dans mon ministère de visiteur, visiteuse quelles sont les résistances que je rencontre ? • Suis-je influencé/emprisonné par les « on dit » ? • Suis-je sensible au statut social de la personne que je rencontre ?

3/ La vision de Dieu

La réponse de Dieu à Ananias est magnifique, elle nous montre l’étroitesse de la perception humaine de la réalité. Ananias voit Saul tel qu’il se le représente. Dieu l’amène à voir Saul tel qu’il le sera demain et selon le dessein de Dieu pour l’Eglise naissante : « Va, car j’ai choisi cet homme et je l’utiliserai pour faire connaître mon nom aux autres nations et à leurs rois, ainsi qu’au peuple d’Israël. » Dans sa réponse, Dieu signifie à Ananias qu’il conduit les choses :  C’est lui Dieu qui a choisi Saul.  C’est lui qui a le pouvoir de l’arrêter sur son chemin de persécuteur.  C’est lui qui a le pouvoir de le transformer.  C’est encore Dieu qui envoie Saul, précisément vers les puissants de ce monde.

Au travers d’un visiteur modeste et sans prétention, Dieu appelle et prépare un homme qui sera envoyé vers les grands et les puissants. Nous sommes donc appelés à voir plus large, plus loin, avec les yeux de la foi ! Faute de voir clairement le dessein de Dieu, osons y croire ! C’est vrai, comme Saul, le visiteur, la visiteuse est toujours un aveugle tâtonnant. Nous avons qu’une vue partielle, nous ne savons pas comment Dieu travaille dans le cœur des personnes rencontrées. Nous ignorons qui poursuivra le travail. Notre vigilance est de lutter contre les préjugés, les « ont dit », le découragement, qui brouillent notre appel à visiter.

Question à emporter : • Suis-je capable de percevoir le dessein de Dieu qui va bien au-delà de mon service ?

Conclusion :

1/ L’appel d’Ananias

• Est-ce que je crois que Dieu peut me conduire dans l’exercice de la visite ?

2/ La résistance d’Ananias

• Dans mon ministère de visiteur, visiteuse quelles sont les résistances que je rencontre ?

3/ La vision de Dieu

• Suis-je capable de percevoir le dessein de Dieu qui va bien au-delà de mon service ?

Amen !