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Appelés à être transfigurés

Prédication portant sur Matthieu 19 (13-15) & 17 (1-13)

TOUS APPELES

Il changea d’apparence devant leurs yeux ; son visage se mit à briller comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. (...) Et, du ciel, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je mets toute ma joie. Ecoutez-le !

Chers frères et sœurs, je suis persuadé que nous sommes tous appelés à connaître, un jour, l’expérience de la transfiguration. De notre propre transfiguration. Oui, j’en suis fermement convaincu : chacune et chacun de nous ici peut être et sera un jour révélé sous un jour nouveau, dans une lumière nouvelle.

Car si le Christ a été illuminé de l’intérieur, il y a deux mille ans, sur cette montagne de Galilée, il n’a fait que nous précéder dans un destin qui est également le nôtre.

Nous aussi, nous sommes susceptibles d’être révélés, un jour ou un autre, tels que nous sommes au plus intimes de nous-mêmes, à la racine même de notre existence. Révélés dans notre plénitude et reconnus dans toute notre intensité par ceux et celles qui nous entourent. C’est que nous sommes davantage que ce que nous croyons être. Plus lumineux, plus intensément porteurs de vie que nous le paraissons d’ordinaire.

D’ailleurs, depuis des siècles, la théologie chrétienne l’affirme, le dit, le redit et le médite de mille manières différentes.

Ainsi la tradition orthodoxe parle de spiritualisation - parfois même de divinisation. Le destin des hommes et des femmes que nous sommes - pensent les orthodoxes - est d’être un jour tellement habités par tout ce que Dieu a placé en nous que nous serons comme les saints des icônes, entourés d’un halo d’une lumière qui nous traverse tout entiers, une lumière venue du plus intime de notre coeur.

Et, plus près de nous, Calvin ne dit finalement pas autre chose, quand il parle de la sanctification. Sous l’action de l’Esprit de Dieu en moi et dans la confiance que Dieu aime profondément celui que je suis, mon être intérieur peut s’épanouir pleinement et me conduire à être un enfant de lumière dans la création de Dieu.

UN CHANGEMENT DE PARADIGME

Je ne sais pas si nous nous rendons réellement compte de la portée de ce que je viens de nous dire. Et je ne viens de dire - à ma manière - rien d’autre que ce que le Christ, lui-même, proclame à travers les Evangiles, depuis deux millénaires. Dire que nous sommes tous - tout à la racine de notre être, tout au fond de nous-mêmes - bien plus que ce que nous croyons, a d’immenses conséquences sur notre manière de mener notre vie ! C’est une véritable révolution, par rapport à la façon dont nous nous comportons spontanément au quotidien !

En effet, nous croyons tellement souvent que nous devons changer qui nous sommes. Que nous devons nous nous transformer, nous perfectionner, réaménager notre manière d’être, perdre nos mauvaises habitudes, élaborer une nouvelle manière de faire, intervenir sur notre entourage et notre lieu de vie.

En témoignent certainement, pour une part, toutes nos bonnes résolutions, tous nos régimes, tous les liftings que s’imposent nos contemporains, tous ces efforts inouïs que nous faisons pour nous perfectionner, tous nos achats démesurés et compulsifs, tous nos agrandissements de maison, nos améliorations de confort... Acheter, agrandir, construire, gagner en ceci ou en cela...

Et si finalement tout le travail spirituel du chrétien se résumait - non pas à se changer soi-même - mais à prendre conscience de ce qu’il est, tout au fond de lui-même. D’accueillir, de laisser vivre et d’alimenter l’étincelle particulière - quasi divine - que Dieu a placée en lui ?! Jusqu’au jour où celle-ci est tellement forte et tellement belle qu’elle peut illuminer le monde. Comme ce jour-là, par la personne du Christ, sur la montagne, en Galilée. Comprenez-moi bien : je ne dis pas qu’il ne faut pas vivre la vie de ce monde ! Je ne dis pas qu’il ne faut pas lutter, se battre pour aménager, transformer, améliorer notre action et le bout de jardin qui nous est confié... Mais ce n’est pas ça qui - en premier et fondamentalement - aidera notre vie à devenir un instrument de la paix de Dieu sur cette terre... une lumière pour le monde.

C’est à la racine qu’il faut prendre les choses. C’est à la racine de notre être qu’il faut guérir le monde. Et - j’y crois fermement - il n’y a rien à faire d’autre que de recevoir et de faire fructifier ce que Dieu a déjà déposé en nous.

Nous avons, en nous, un feu, un potentiel, une force de vie qui - sans que nous ne changions rien dans ce que notre vie est devenu plus en surface - peut transfigurer notre existence, et faire de nous, avec nos rides et nos cicatrices, nos égarements et nos maladresses, des glorieux enfants de Dieu, témoins d’une lumière et d’une tendresse qui ressuscitent la création.

À la manière de la lumière du soleil qui, brillant à travers le vitrail, fait resplendir de mille feux les morceaux de verre - même abîmés, même poussiéreux du vitrail en question.

Apprendre à être... apprendre simplement à nous laisser être tels que Dieu nous a constitués au plus intime de notre être... c’est bien là un changement de mentalité pour les angoissés de l’action que nous sommes parfois, obsédés par ce désir de faire de nous-mêmes autre chose que ce que nous sommes réellement.

Ne commence pas par changer quoi que ce soit chez toi ; commence d’abord par discerner ce que Dieu t’a donné d’être, en profondeur ; ce en quoi il t’a fait bénédiction pour le monde.

UNE ALLIANCE INTERIEURE

Aujourd’hui, chers frères et sœurs, j’aimerais simplement que nous puissions y croire de nouveau, plus fort qu’auparavant. Oui, j’aimerais, que nous puissions en reprendre pleinement conscience : Dieu fait de nous - petites choses que nous semblons être - la lumière du monde, le sel de la terre... Des êtres resplendissants de la beauté même du Fils de l’Homme transfiguré sur la montagne.

Tous nous sommes créés à son image ! Tous, qui que nous soyons, quoi que nous ayons fait de notre vie, nous gardons en nous la marque de notre filiation divine.

Et il y a en chacun de nous, ce lieu intérieur où l’Esprit de Dieu vient se mêler à ce que nous avons de plus beau et de meilleur enfouis en nous, pour faire de notre humanité l’expression du Royaume de Dieu en ce monde.

Seigneur, Que ton Esprit parle à notre esprit Qu’il apaise notre être profond, qu’il le pacifie. Qu’il lui rende toute sa vigueur. Pour que, de l’intérieur, Toute notre vie puisse être illuminée Et transmettre à ce monde, La lumière dont il a besoin.

UNE FULGURENCE QUI MARQUE

Chers frères et sœurs, chers amis, ne croyez pas que je suis en train de m’envoler vers un idéalisme béat. Je sais bien de quoi nos journées sont faites, notre quotidien. De sueur, d’efforts et de tristesses surtout ; et de joies souvent modestes et fugaces. Ce n’est pas tous les jours dimanche, ce n’est pas tous les jours, jour de transfiguration !

C’est que les moments où notre être apparaît en pleine lumière, les moments d’épanouissement pléniers ne sont toujours que fulgurants. La lumière jaillit et déjà c’est fini ! D’ailleurs, les disciples en font la cruelle expérience. La lumière surgit, la voix résonne dans le ciel, ils se voilent le visage, relèvent la tête et, nous dit le texte « ils ne virent personne d’autre que Jésus ». Evanouie, la belle vision...

Si le dévoilement est fulgurant, se souvenir pourtant des jours où nous avons brillé du feu de l’amour et de la tendresse de Dieu et savoir que c’est bel et bien possible, eh bien cela donne aux jours ordinaires une autre consistance ; cela les replace dans une lumière nouvelle. Un peu comme lorsque le soleil continue d’éclairer encore un peu la terre, alors qu’il s’est déjà couché à l’horizon.

PRIE POUR LES AUTRES

Tu es mon fils bien-aimé, tu es ma fille bien-aimée ! nous dit le Seigneur. Au travers de ta présence, tu as une lumière à apporter en ce monde. Tel que tu es, avec tes forces et avec tes faiblesses.

Et si tu devais ne plus y croire, prie pour que les autres te le redisent, le constatent à ta place, perçoivent en toi tout ce en quoi tu es capable d’illuminer la terre.

Très simplement, comme un enfant qui s’émerveille des modestes jeux de lumière, des petites étincelles qui jaillissent dans la nuit, aime ce que tu es, aime ce que sont les autres.

Et sois en assuré : au milieu d’un humanité défigurée, les petits éveils fulgurants de nos êtres transfigurent le monde.

Amen. Oui, j’y crois !


Nicolas Besson, mai 2004.

 

 

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