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A l’heure où l’on brûlait de l’encens/Zacharie

Et si c’était par la fin qu’il fallait la raconter, la fameuse histoire du vieux Zacharie avec de simples mots, sans ange pour les proclamer mais avec vous pour les écouter. Ces mots, les voici : « N’ayez pas peur ! »

...ni de votre âge, ni de votre fin de carrière, ni d’avoir travaillé pour rien, ni de vous être dépensé sans compter sans avoir rien engendré d’essentiel.

Et ne portez pas seul ce vide qui vous habite. Vous ne pleurez plus ? Vous ne priez plus ? Qu’importe : Dieu lit autant dans les larmes que dans les yeux secs. Il sait déchiffrer et recevoir le cri du silence. Comme pour Zacharie, au creux de votre être, Dieu connaît et recueille le besoin si intime que vous en taisiez le nom, a cet enfant caché en vous il donnera la vie et le nom, pour que naisse enfin ce qui vous est le plus profondément nécessaire.

Vous n’êtes pas convaincus par ces mots ? Ce ne sont que des mots ? Alors apprenez à sentir les odeurs, là où il n’y a pas de tromperie possible, l’odeur du croissant renvoie au café du matin, l’odeur du bonheur à celui de l’être aimé, mais il y a aussi l’odeur de la solitude ou celle de la haine. Elles ne mentent pas les odeurs.

Alors écoutez l’histoire de Zacharie, à cause des odeurs et des parfums particuliers qu’elle véhicule.

Zacharie est un vieil homme, c’est un prêtre, son activité dansle temple, il la fait régulièrement, chaque fois que c’est son tour, depuis longtemps, toute une vie de fidélité, envers Dieu et envers le peuple, et aussi envers Elisabeth, sa femme.

La foule se tient dehors, lui se trouve dans le lieu saint, à l’heure où l’on brûle les odeurs, l’encens, qui porte tout ce qui peut monter du coeur de l’homme vers Dieu, l’odeur qui porte prière et espérance.

Zacharie prie et porte l’espérance de tout le peuple, mais l’espérance peut-elle être celle de tous si elle ne porte pas en elle un peu des espoirs de chacun ? Des espoirs tout simples, des besoins personnels, même si on a perdu les mots pour les exprimer...

Or justement Dieu connaît bien les parfums, et il sait repérer derrière la magnificence du lieu, ou la richesse d’une prière dite au nom de tous il sait y repérer le parfum particulier de chaque intention, de chaque besoin, même au delà des mots.

D’ailleur, le vieux Zacharie sait il encore le nom de l’étrange sentiment qui l’envahit parfois, de retour après son service, auprès de son épouse Elisabeth ?

Au fil des années, il a connu le sentiment doux de l’honneur, dans sa fonction de prêtre, il a connu l’odeur apaisant d’une vie de couple depuis longtemps liée, et parfois le parfum un peu amère d’un ménage sans enfants.

Mais quoi ? On ne peut pas tout avoir ! Bien sûr on a pu le lui rappeler sans délicatesse, jacqueter par derrière, voire même trouver normal : ils ont une bonne situation sociale, une fonction visible, enviée, on ne peut pas tout avoir !

Mais cette plaie secrète, à Zacharie et Elisabeth, ils n’en parlent plus depuis longtemps, ils n’en parlent peut-être plus entre eux non plus, cette plaie secrète a peut-être cessé depuis longtemps d’interférer dans la prière que le prêtre Zacharie adresse à Dieu, à l’heure où l’on brûle les parfums.

C’est à peine si de tant en temps, un soupir ou une odeur furtive s’élève d’une maison d’un village de montagne de Judas, chez Elisabeth.

Nous y voici ! C’est justement à cause de ce parfum furtif, à cause de cette espérance infime, que le temps a amenuisé petit à petit, et qui s’est mêlée avec d’autres senteurs bien plus fortes, de la vie courante, et d’autres personnes bien plus importantes, c’est à cause de ce petit parfum, que Dieu sait le reconnaître entre mille !

Pour Dieu, il n’y a pas une prière de la campagne, et une prière de la ville, il n’y a pas une prière de la maison, et une prière du temple, l’une éclipsant l’autre, il n’y a pas un parfum d’espoir trop ancien, trop particulier ou trop tenu, que Dieu n’entende. C’est pour cela qu’au delà de la belle prière de Zacharie au nom du peuple et au milieu d’une profusion d’encens, la petite espérance d’Elisabeth d’avoir un enfant, ce petit parfum d’espoir particulier, devenu silencieux, parce qu’elle a sûrement tout essayé à l’époque, tout espéré haut et fort, ce petit parfum, Dieu a su le reconnaître entre mille.

Car Dieu ne se bouche jamais le nez sur les odeurs du monde et des particuliers. Il n’en écarte aucune, toutes lui parviennent, dans une éloquente prière commune, dans une petite prière personnelle, dans un geste sans voix.

Jean-Baptiste, l’enfant accordé à Elisabeth, c’est la réponse de Dieu. Et Jean veut dire « le Seigneur fait grâce ». 1/Et Jean, c’est celui qui court devant le peuple, le précurseur de Jésus 2/ et c’est celui qui répond au simple besoin d’un couple

Jean est réponse au double besoin et au double parfum de la vie d’être humain : 1/ le besoin d’exister en tant que peuple 2/et le besoin d’exister en tant qu’individu

1/le besoin de participer a des projets audacieux aux yeux de tous 2/ et le besoin d’être aimé de ses proches

1/ le besoin de donner notre vie ou de donner de notre personne pour le bien de tous 2/ et le besoin de donner la vie et de la choyer.

Bref,
-  Une histoire qui commence par la fin, avec les paroles de l’ange : « N’ayez pas peur ».
-  Et si nous avons aussi une plaie secrète, comme Zacharie et Elisab,
-  Et même si nous avons perdu les mots pour la dire, ou que notre langue fourche,
-  sachons que son odeur, qui dépasse tous les beaux mots, monte vers Dieu, « à l’heure où l’on brûle de l’encens. »

et dans la multitude d’odeurs ou de prière qui monte vers Dieu au temps de Noël, nous savons qu’aucune n’est éclipsé par une autre, et que Dieu les reçoit toute personnellement.

Ce n’est peut-être pas pour rien que Zacharie veut dire « Dieu se souvient ». Il se souvient et il accueille avec amour. Amen


Luc 1.5-17 Osée 14.2-8 Ephesiens 3. 14-21

Prédication du 13.12.2009/pasteur Didier Heller